| Le MorvandiauPat | Le Morvant - Le Morvand - Le Morvan |
| Les flotteurs | Les galvachers | Les nourrices | Les tissus | Les habits | La lessive | Le mariage | Les danses | A voir |
Le Labourage Nivernais - 1849 Auteur : Rosa BONHEUR (1822-1899)

Le tableau qui a fait la célébrité de Rosa a été peint sur la commune de Beaumont Sardolles, dans un champ de la ferme : "La Mare". Il apporte la preuve de l'implantation du Charolais dans la Nièvre en 1849 : sur les douze boeufs des 2 attelages, neuf au moins sont de robe blanche. Les boeufs roux sont vraisemblablement de race morvandelle, aujourd'hui disparue.
Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. Référence de l'image : 87EE304 / RF 64
J'aimais surtout le Morvand parce que c'est un pays qui ne ressemble à aucun autre ; les limites en sont profondément empreintes sur le sol ; aussitôt que vous y avez fait un pas, vous ne pouvez le méconnaître; vous le distinguez des autres parties de la France aussi facilement que vous distinguez un prêtre d'un bourgeois ; il est à la surface du royaume comme une île au milieu de l'Océan , comme un clos entouré de murs sur le sol ras d'une vaste plaine.
Si vous venez de Clamecy, à peine avez-vous dépassé la petite ville de Tannay et franchi l'Yonne, que déjà vous n'êtes plus en France ; le milieu qui vous environnait a changé comme une décoration de théâtre. La transition est aussi brusque que si du rivage vous mettiez le pied dans un fleuve ; la physionomie du sol, les moeurs des habitants, leur langage, leurs habitudes, leur costume, n'ont rien de pareil à ce que vous laissez derrière vous; en quelques minutes vous avez fait deux cents lieues.
- Claude Tillier -

Il semble que les habitants du Morvan, dans les parties du massif avoisinant les plaines d'Autun et les coteaux calcaires de l'Auxois aient tenu à bien affirmer l'individualité de leur région.
Nulle part plus que dans cette contrée, l'expression en Morvan ne se rencontre à la suite des noms de lieu. La limite politique d'autrefois, Nivernais ou Bourgogne, les limites départementales d'aujourd'hui, Nièvre, Saône-et-Loire, Côte- d'Or et Yonne, n'ont pu avoir raison de cette sorte de nationalité celtique. Le Morvan demeure moralement autonome dans l'esprit de ses enfants, comme la Bretagne ou la Provence pour les leurs. Si l'émigration des femmes en qualité de nourrices à Paris a grandement modifié les moeurs, l'empreinte celte est restée puissante, on retrouve plus d'un trait de l'existence antique.
- ARDOUIN-DUMAZET -
La classification traditionnelle distingue Bas, Moyen et Haut-Morvan :
Le premier, tourné vers l'Avallonnais, se soude aux pentes bas bourguignonnes de la Terre-Plaine.
Le deuxième, plus caractéristique, comprend toute la région des Huys, minuscules agglomérations prouvant l'éparpillement de l'habitat partout où la terre pouvait se cultiver.
Le troisième, plus aride, est aussi le plus élevé avec les sommets individualisés que sont le Mont Beuvray (810 m), le Prénelay (850 m), le Grand Montarnu (847 m) et le Bois-du-Roi (902 m)
En 1953, les responsables du Comité d'Etude et d'Aménagement du Morvan écrivaient à la page 3 de leur première publication :
(En italique les plus de Jean DROUILLET)
"Au Morvan proprement dit, ont été intéressées les plaines prémorvandelles voisines de l'Ouest et du Nord et, en finitive, l'étude s'inscrit dans le cadre administratif suivant :
Dans le département de l'Yonne : cantons de Vézelay (Dornecy et Pierre Perthuis) , Avallon (Island et Magny), Quarré-les-Tombes, Guillon.
Dans le département de la Nièvre : cantons de Tannay, Lormes, Corbigny (partie "Est"), Montsauche, Moulins-Engilbert (partie "Est"), Châtillon-en-Bazois (Dun-sur-Grandry), Luzy.
Dans le département de la Côte-d'Or : cantons de Semur-en-Auxois (Toutry et Vieux-Château), Arnay-le-Duc (Voudenay), Précy-sous-Thil (La moitié "Sud" du canton), Saulieu, Liernais (La majeure partie "Ouest" du canton).
Dans le département de la Saône-et-Loire : cantons de Lucenay-l'Evêque (moins la vallée de l'Arroux),Autun (Monthelon et Tavernay), Saint-Léger-sous-Beuvray, Issy-l'Evêque, Gueugnon."
Ce massif représente une superficie de 2 700 kilomètres carrés environ, c'est-à dire à peu près la deux centième partie de la France. Voici ce qu'écrit à ce sujet Onésime Reclus :
"Un deux centième seulement ; pourtant si quelque cyclone de puissance mondiale le déracinait et l'emportait, si quelque gouffre l'avalait, si de gigantesques érosions le diluaient à la minute - certes, il se dilue, mais à l'infinitésimale - il y aurait du grabuge en France ; petit de taille, mince d'épaules, il vaut plus que sa stature, car il appelle, il dévie beaucoup de vents, il dispense beaucoup de pluies, et ses rivières, recours contre la sécheresse, importent à la Loire, comme à la Seine."
* * * * *
Le décret n°2004-69 du 16 janvier 2004 ((modifié par le décret n°2005-1333 du 28 octobre 2005) relatif à la délimitation des massifs inclut les cantons du Morvan dans le Massif Central.
Ainsi, le massif du Morvan couvre administrativement une superficie de 513 442 hectares et comprend les 19 cantons suivants :
Région Bourgogne
Département de la Côte-d'Or : cantons de Liernais, Précy-sous-Thil, Saulieu.
Département de la Nièvre : cantons de Château-Chinon, Châtillon-en-Bazois, Corbigny, Fours, Lormes, Luzy, Montsauche-les-Settons, Moulins-Engilbert.
Département de Saône-et-Loire : cantons de Bourbon-Lancy, Issy-l'Evêque, Lucenay-l'Evêque, Mesvres, Saint-Léger-sous-Beuvray.
Département de l'Yonne : cantons d'Avallon, Quarré-les-Tombes, Vézelay.

Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, par une société de savants et de gens de lettres. Tome 13 / sous la direction de M. W. Duckett - Date d'édition : 1853-1860
MORVAN / MORVANT ou MORVENT, contrée montagneuse située entre la Bourgogne et le Nivernais, et comprise aujourd'hui dans les départements de la Nièvre et de l'Yonne. Vézelay en était la capitale. Les habitants se nomment eux-mêmes du nom peu harmonieux de Morvandiaux.
- COMMENT S'ÉCRIT MORVAND - Armand BILLAUD
Morvand ne s'écrit pas avec un D ! Voilà vingt fois que je vous le dis… C'est agaçant d'avoir toujours à répéter la même chose… !
- Oh ! oh ! on se fâche ici, dis-je en entrant dans les bureaux de Monsieur X, juste au moment où, sur un ton peu gracieux, il apostrophait en ces termes un de ses commis, jeune indigène de Brassy, en train de clore une enveloppe à l'adresse de Saint-André en Morvand.
- Mais figurez-vous, s'écria Monsieur X en me tendant là main, que je ne puis lui mettre en tête que Morvand ne prend pas de D.
- Il écrit d'instinct…, il faut lui pardonner, à ce pauvre petit Morvanneau.
- Morvan…nneau... comment morvanneau ! Morvandeau, Morvandeau voulez-vous dire.
- J'ai dit morvanneau : Pourquoi diable voulez-vous dire morvandeau, puisque vous voulez supprimer le D à Morvand ?
- Ah! ce n'est pas une raison, cela !
- Ce n'est pas une raison péremptoire, j'en conviens, mais c'est une raison tout au moins plausible, et certainement logique.
- Mais enfin, on ne met jamais de D à Morvan !
- On , qui on ? Au surplus, d'où vient ce mot ? Savant étymologiste, dites le moi ?
- Ah certes, les origines présumées ne manquent pas. Certains auteurs prétendent que Morvand vient de Morvinus, nom d'un lieutenant de César, à qui une partie du pays aurait été donnée après la conquête. - Adrien de Valois rapporte, d'après un ancien manuscrit, du monastère de Musci, que Saint Heptad, évêque d'Auxerre, qui vivait vers 530, étant obligé de fuir, se cacha dans les bois du Mor-vent. Adrien de Valois, qui écrit Mor-vent, prétend que ce nom avait été donné au pays, parce qu'il y fait souvent du vent, parce que le vent y mord !
- Ce ne sont point, je suppose, ces belles raisons là qui vous font défendre à votre employé d'écrire Morvand avec un D ?
- Non, assurément. Je ne rapporte tout cela que pour mémoire, et je ne donne ces étymologies que pour ce qu'elles valent ; mais il en est d'autres : Fortunatus, dans sa vie de Saint-Germain; évêque de Paris, vers 496, parle d'un village appelé Morvennum situé dans les environs de Cervon. Adilon, qui écrivait vers la onzième année du règne de Clotaire, en parle également, et le place dans la campagne où se trouve aujourd'hui Cuzy, entre Cuzy et Cervon.
- Dans son annuaire de la Nièvre de 1806, Gillet, juge suppléant en la cour de justice criminelle, qui rapporte ces dires, prétend que le nom de Morvand vient probablement de ce village de Morvennum, qui devait se trouver à peu près dans la ligne de démarcation entre le sol argileux et l'arénacé. "On serait tenté de croire, ajoute-t-il, que Morvennum est Lormes, parce que cette petite ville paraît ancienne et que les autorités que l'on vient de citer n'en parlent aucunement, mais il faudrait plus que des conjectures pour s'arrêter à cette idée."
- C'est aussi mon avis.
- D'autres auteurs, Gruter, Pictet, de Belloguet, plus judicieux à mon avis, ont recherché dans la langue celtique l'origine du nom de ce pays habité jadis par les Celtes, et prétendent que ce nom vient de Mawr ou Mor, qui veut dire grand, haut ; et Pen, tête, cime, qui, avec la permutation du p en v, a donné Monven, hautes cimes.
- Hautes cimes allons donc cher ami, c'est beaucoup trop prétentieux pour nos pauvres petites montagnes morvandelles, dont la plus élevée n'atteint pas même mille mètres ! J'admettrais cette étymologie si ce nom avait été donné aux cimes alpestres ou aux pics pyrénéens…mais à nos jolies petites taupinières qui, sur la surface du globe, doivent faire l'effet des aspérités d'une écorce d'orange!..... jamais ! Combien je préfère l'explication de dom Bullet….
- Ah les écrits de dom Bullet "corpus ineptiarum !"
- Eh ! oui, dom Bullet ; je sais qu'il est aujourd'hui complètement discrédité, mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cas particulier, l'étymologie qu'il donne me semble préférable à toutes les autres. L'altitude de nos montagnes morvandelles n'est pas assez élevée pour avoir des glaciers ou des neiges éternelles, et le manteau blanc, dont chaque hiver les couvre, fond et disparaît rapidement aux premiers rayons du soleil de printemps. Aussi, de quelque côté qu'on regarde leurs crêtes boisées, on les aperçoit se détachant sombres et noires sur l'horizon. C'est pourquoi dom Bullet prétend, non sans raison, que Morvand veut dire Montagnes noires et vient de deux mots celtiques mor, qui veut dire noir et ven ou vand, - avec un D, cher ami, - qui veut dire montagne. La même étymologie est attribuée au Morven écossais, montagne du comté de Caithness célèbre dans les poésies d'Ossian.
- Hum !... Peut-être dom Bullet a-t-il raison. Oh je ne suis pas convaincu ; mais enfin, je suis comme Montaigne : je doute. Petit ajouta M. X, en se tournant vers son commis, écris, si cela te plait, Morvand avec un D.
- Oh ! M'sieu, c'est déjà fait, riposta le gamin.
Dans son histoire de Château-Chinon, publiée en 1864, Bogros écrit "Morvand". Dans la seconde édition de son livre "À Travers le Morvan", le "d" a disparu.
MorIon utilise le "d" dans son "Excursion» de 1872, il le supprime dans ses "Promenades", de 1921. Lennel, professeur au collège d'Avallon, dans son étude de géographie, choisit Morvan, mais il se demande s'il ne serait pas aussi juste d'employer Morvand.
Le Grand Larousse écrit Morvan et Alligny-en-Morvand. L'annuaire du téléphone de 1957 : Planchez-en-Morvan et Saint-Hilaire-en-Morvand.
La carte d'état-major, selon les éditions, porte Morvan ou Morvand. Les Ponts et Chaussées, eux aussi, varient.
Il y a donc incertitude entre deux graphies. Chacune d'elles, d'ailleurs, a ses partisans, parfois passionnés.Baudiau, l'historien de notre pays, tient pour Morvand. Voici les raisons qu'il donne pour justifier son choix. "Nous avons cru devoir l'admettre comme plus conforme à la source celtique et se prêtant mieux à la formation du nom Morvandeaux. En écrivant Morvan, on devrait, il nous semble dire Morvanneau".
L'album du Nivernais emboîte le pas à Baudiau, ainsi que Charmasse, de la Société Eduenne, et Duvivier, le poète d'"Une Voix du Morvand".
Les dictionnaires géographiques de de Soultrait, de Faye, de Vallière emploient également le "d". Le partisan le plus acharné de cette graphie est certainement Armand Billaud. Un chapitre entier de son intéressant "Un Coin du Morvand" est consacré à la défense du "d". À vrai dire, il ne fait qu'appuyer les arguments de Baudiau.
Il faudrait une page entière du journal pour publier la liste de tous les auteurs ayant préféré l'autre graphie. Citons, au hasard, quelques noms Vauban, Guy Coquille, Courtépée, Née de la Rochelle, Dupin, Amédée Julien, Achille Millien, de Courmont, Roupnel, Levainville, Drouillet.
Littré, les guides, les publications officielles, en général, suivent leur exemple.
Dans son glossaire, de Chambure a défendu cette forme avec la plus grande énergie. Il regrette ce qu'il appelle "la barbare intrusion du d". C'est, dit-il, "une innovation qui ne s'appuie sur rien et que rien ne justifie".Que faut-il penser de cette controverse ?
Laissant de côté, aujourd'hui, la question étymologie, il nous faut rechercher les formes les plus anciennes du mot Morvan.
La plus antique, à notre connaissance, est trouvée sur une inscription romaine, datant du IIIe siècle : "Morvinnus". En 388 et 696, nous retrouvons également Morvinnus. En 887, apparaît "Morvennum". Ce n'est que plusieurs siècles plus tard que nous voyons écrire "Morvinto" et "Morvant". En 1155, Cussy-en-Morvant ; en 1296, Marigny-en-Morvant ; en 1477, Montigny-en-Morvant.La graphie Morvand, avec le fameux "d", ne se trouve pas avant le XVIIIe siècle. Elle est probablement le résultat de la transformation du "t" du Moyen Age, en "d".
Les formes les plus anciennes sont donc favorables à Morvan. Morvinnus a naturellement abouti à Morvan. C'est d'ailleurs l'avis, bien des fois répété, de l'abbé Meunier, ancien directeur du laboratoire de phonétique expérimentale du Collège de France. Pour lui, de Morvinnus, il ne peut sortir que Morvan. Il prétend que c'est "un enfantillage de vouloir orthographier Morvan avec un "d" postiche. Que diriez-vous, ajoute-t-il, d'un instituteur qui obligerait ses élèves à écrire avec un "t" clou et bijou, parce qu'on dit cloutier et bijoutier ?".
Le problème est probablement plus complexe qu'il en a l'air. Là encore, nous demandons l'avis de notre éminent confrère Claude Régnier.
Est-il bien utile de rappeler que les humoristes ont adopté l'orthographe "mord-vent» ? Evidemment, ils ont été inspirés par le fameux vent du Morvan, que nos amis bourguignons appellent "Morvange". Avec un "g", qui semble bien postiche, lui aussi.
Du celte "Mar" : noir et "Vand" : montagne, le Morvan est un massif montagneux français situé en Bourgogne, aux confins des départements de l'Yonne, de la Nièvre, de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire. Le point culminant du massif du Morvan est le Haut Folin (901 mètres).
C'est à tort que la plupart des géographes écrivent Morvan, car l'étymologie la plus probable de ce nom est Mor et Vand, mots celtiques qui signifient Noires-Montagnes. L'habitant du Morvand s'appelle Morvandeau, qui se prononce Morvandiau et qui a pour féminin Morvandelle.
Dom Bullet prétend que Morvan veut dire montagnes noires et vient de deux mots celtiques: "mor", qui veut dire noir, et "yen ou vand", qui signifie montagne. La même étymologie est attribuée au Morcen écossais, montagne du comté de Cathness, célèbre dans les poésies d’Ossian.
De nos jours, c’est la proposition de Dom Bullet, bien que ses compétences en celtologie aient été discutées, qui semble prévaloir. Bogros (A travers le Morvan) la trouve parfaite, du moins comme image.
Morvan étant un nom de famille très répandu dans tous les départements bretons, j’ai cherché à savoir sur le lieu même, quelle signification donnait-on au nom Morvan. Presque toutes les personnes interrogées n’avaient aucune connaissance que "mor" pouvait signifier "noir", qui se traduit en breton par "du". (Pen-du = tête noire, par exemple). "Du" peut être pris également dans le sens d’obscur, ténébreux, et il est hors de doute que le français deuil dérive de ce mot celtique.
Le radical "van" se retrouve dans "ar vanten" = la montagne, ou "ar vonten" (Finistère), suivant prononciations locales (colline se traduisant en breton par miner).
Pour les Bretons, "mor" ne peut signifier que "mer": Morbihan = petite mer, par exemple (voyez également ar-mor-ique, larmor, etc.).
Les rivages de la mer ne bordant pas notre vieux massif, pour mes interlocuteurs bretons, une seule étymologie est apparue possible : Mor-van = mer de montagnes.
La première idée qui vient à un homme doué d’un peu d’esprit d’observation, me déclarèrent-ils en substance, c’est de comparer une grande étendue plissée à peu près régulièrement a la mer, à condition bien entendu d’avoir vu la mer...

Le nom de Morvand vient, ou d'un village appelé autrefois Morvennum, dont il ne reste aucun vestige, et qu'on suppose avoir existé entre Corbigny et Lormes, près de Cervon et de Cuzy, ou de deux mots celtique mor, mer, et man, en construction van, apparence, figure par allusion à l'immensité de bois dont ce pays montueux est couvert.
Morvan est aussi un nom d'homme, c'est la traduction du français Maurice (1).
Note de Joseph BRULEY - (1) En ce qui concerne cette note (le nom ou prénom MORVAN = Maurice) je n'ai pu lire, à mon grand regret, dans le manuscrit de M. Cluni de Maltèse, le nom de l'étymologiste. (Je crois qu'il s'agit de Legonidec, mais je ne suis pas certain). Quoi qu'il en soit, je suis persuadé que nous devrons abandonner l'étymologie MORVAN = NOIRES MONTAGNES (ou Montagnes noires) et qu'il faudra adopter MORVAN = mer de montagnes ou de collines ou MORVAN = apparence ou ressemblance à la mer, en raison de l'opulente toison forestière qui couvre ses sommets et ses pentes, et qui donne, sous la brise, la parfaite apparence de la mer.
Une thèse sur le Morvan, déjà ancienne mais non dénuée d'intérêt, donnait au nom la signification celte de "montagne noire". Maurice Constantin-Weyer l'indiquait dès 1929 dans "En Morvand". Les érudits celtisants consultés n'ont jamais confirmé cette affirmation hasardeuse et il a fallu les enrésinements de la fin du XXème siècle pour sérieusement assombrir nos paysages. Ne pas oublier cependant que les pollens de résineux retrouvés dans nos tourbières laissent à penser que ces essences n'avaient pas attendu Napoléon III puis l'ONF pour occuper le terrain... Le Petit Larousse consacrait d'ailleurs cette étymologie fantaisiste.
Si de nombreux toponymes du Morvan sont bien d'origine gauloise ou celtique (Dun. Huis. Glenne), il semble que le nom même du pays soit encore orphelin d'ascendants étymologiques sérieux même si l'interprétation "montagne noire" est souvent reprise ici ou là sans fondement. Dans son travail (1978) sur les noms de lieux de Bourgogne, Gérard Taverdet est prudemment discret sur la question.
Bien que l'on s'accorde sur le sens global de la syllabe Mor, plus ou moins rattaché au relief dans des racines prégauloises, rien ne permet d'attribuer au nom Morvan ces origines-là. Et si cela était, Vind ou Vand y signifie ... "blanc" (cf. breton et gallois gwen ou gaélique ban dans lequel le b devient bh et se prononce v) tandis que "noir" relève de la syllabe Du.
Pour les Bretons, Morvan est un prénom masculin (avec un féminin Morvana) fêté le 22 septembre. Un chef breton du IXe siècle. Morvan, fut l'adversaire de l'empereur carolingien Louis II le Pieux et trouva la mort en 818 contre les troupes franques.
Grand spécialiste de l'étymologie celtique, Albert Deshayes précise que ce nom se compose des termes mor "grand" et de van qui serait l'"adouci" de man et à rapprocher du latin manus au sens de "pouvoir, autorité" plutôt que du sens "bienveillant".
Un site breton, Saint-Maurice sur Laïta, près du Pouldu, était appelé Morvan par quelques vieux saumoniers cornouaillais rencontrés dans les années soixante. Certains en feraient d'ailleurs l'équivalent celtique de Maurice bien que le prénom Maoriss existe et soit celui d'un saint Maurice né en 1113 et mort en 1191 après avoir été abbé d'un monastère de la forêt de Carnoët fondé par le duc Conan IV. Cette forêt borde d'ailleurs la Laïta... Le prénom, fêté le 5 octobre, vient du latin Mauritius et le saint breton était invoqué pour les rhumatismes.
Enfin, une interprétation toute scandinave ferait de Morvann la "mère des eaux" ; nos rivières ne coulent-elles pas vers les trois bassins de la Seine, de la Loire et de la Saône (la Dheune a des eaux morvandelles) ?
On peut rêver...
L'imaginaire occupe donc pour l'instant la place laissée vacante par les gens sérieux. Nous en avons rajouté. Lecteurs, à vous!
L'histoire écrite n'ayant pris contact avec la Gaule qu'à partir de la conquête romaine, ce décalage nous prive très certainement de la clé de cette énigme, du moins de sa preuve formelle. Nous possédons, néanmoins, deux jalons attestant l'utilisation de ce nom durant l'empire romain :
- 2ème ou 3ème siècle de notre ère : MORVINNICO, inscription trouvée à Rome sur une stèle funéraire dédié à DM - AEMILIO M0RVINNICO AEDUO (Soc. Eduenne - communication de M. MOWAT - séance du 6-10-1880) ;
- 696 - MORVINNUS PAGUS (cartulaire de l'évêché d'Autun).
Ces termes prouvent que ce nom devait être employé couramment aussi bien par les individus que par l'administration ecclésiastique héritière de sa devancière romaine qui désigna par Morvan une division territoriale à l'intérieur de l'Eduie. Nous sommes alors tentés d'envisager un lien, autre que purement géographique, entre ce nom et notre vieux massif.... Remarquons, au passage, sur la carte du Haut Morvan, tout au long de la ligne sommitale aboutissant à Bibracte, les innombrables noms de lieux constitués à partir de noms de famille : les Diolots, les Doridots, les Courreaux et même les Morvans (le Moulin des Morvans). Si leur formation fut beaucoup plus tardive, cette pratique put néanmoins être le résidu d'une tradition antérieure, s'attachant à désigner les différentes familles constitutives de la tribu MORVAN !
Ainsi ce nom de Morvan pourrait être celui d'un ancêtre commun, d'un chef mythisé d'une famille qui vint s'installer sur notre sol lors d'une vague celtique et qui choisit peut-être ces montagnes, considérées comme inhospitalières, parce qu'elles lui rappelaient le sol qu'il avait quitté, justifiant par une démarche sentimentale une implantation dans une région économiquement défavorable. Encore que vivant de chasse et d'élevage et rendant leur culte dans des sites naturels, forêts, montagnes, sources, notre région dut leur paraître particulièrement riche !
... Sous les bannières du régionalisme, de l'écologie, du retour aux sources, nous tentons enfin de nous extirper de l'hypnose romaine. Alors nous redeviendrons peut-être capables de retrouver les messages occultés et ce nom Morvan pourrait constituer une main tendue par dessus "2000 ans de servitude". Ne serait-il pas réconfortant de retrouver sous ce nom, non seulement de belles montagnes mais aussi un peuple vivant, une origine humaine et commune à cette grande famille de morvandiaux qui résiste encore dans ses particularités ethnologiques les plus profondes au grand brassage un peu trop banalisant de notre époque.
«C'est un beau pays que le Morvand; là, vit une race d'hommes âpres et rudes comme la nature du sol, à la physionomie pleine d'expression, tranchée comme elle; des hommes à la taille moyenne, trapus et bien proportionnés; à l'allure libre et alerte, à l'air vif et rusé, à l'instinct prompt et hardi, à l'imagination forte et ardente; des hommes à la vie de fatigues et de tranquillité....» - Voix du Morvand
«Ils sont grands et robustes, assez bien faits, assez bons hommes de guerre quand ils sont une fois dépaysés» écrivait l'immortel Vauban, dans sa Description de l'élection de Vézelay.
Jacques-Félix BAUDIAU écrit en 1854 :
Vivant jadis comme leurs aïeux au fond des bois, sans communication avec ses voisins, ne quittant presque jamais le coin du monde où il était né, ne connaissant, n'aimant, ne chérissant que soun endret, son cliocher, sai maïon/i>, il se faisait alors remarquer par sa nature âpre et rude, par ses manières brusques et peu polies. Un tempérament sanguin, disposé aux phlegmasies, une circulation active du sang, une peau ferme et colorée, une sensibilité exaltée, conséquences de l'air vif qu'il respire, annoncent ordinairement l'homme énergique et capable de grandes actions, mais aussi l'homme ardent, colère et passionné.
...Livré à lui-même, et lorsqu'il n'est pas sous l'influence des passions, le Morvandeau est doux, généreux, hospitalier. Son secours et ses bons offices sont acquis à l'étranger qui parcourt le pays; il partagera même volontiers avec lui son maigre repas sans espoir de rétribution. Mais vif comme l'air qu'il respire, naturellement peu endurant envers ses voisins, il s'emporte, se fâche, se querelle pour des motifs souvent futiles.
Processif et chicaneur, un léger délit, un arbre mitoyen, un cours d'eau, les limites d'un champ ou d'un pré, une injure échappée dans le feu d'une dispute, deviennent presque toujours une cause de procédure et une source de malheurs pour les familles. En effet, un premier procès, par suite de l'esprit de vengeance naturel au Morvandeau comme à l'Écossais, auquel il ressemble, en engendre beaucoup d'autres qui, la plupart du temps, ne finissent que par la ruine de l'une et quelquefois des deux parties... Très-défiant en matière d'intérêt, l'habitant de nos montagnes se montre, en fait de chicane, extrêmement crédule et facile à exploiter. Aussi, malheur à lui lorsque, poursuivant quelque acte de vengeance, il tombe entre les mains de personnes peu délicates; son avoir est sacrifié.
Généralement sobre et économe, néanmoins, ainsi qu'Ammien Marcellin le rapporte des anciens Celtes, il se passionne aisément pour le vin, et, lorsqu'il s'est laissé subjuguer par la funeste habitude de la boisson, il ne connaît plus de bornes.
...Habile dans l'art de feindre, il s'est fait reprocher la duplicité et le mensonge. Curieux et avide de nouvelles, il s'insinue doucement, interroge indirectement, va, revient, tourne sans cesse jusqu'à ce qu'il sache ce qui pique sa curiosité.
Ami du merveilleux autant qu'irréfléchi, il admet comme vrais des contes souvent ridicules, quelquefois absurdes, et les propage, a son tour, avec une étonnante rapidité.
Doué d'une imagination vive et ardente, il s'exprime avec facilité, aime la conversation, et, dans sa grande démangeaison de parler, s'il ne sait autre chose, il s'entretient de son voisin, mais avec plus de légèreté que de méchanceté.
...Néanmoins, ils jouissent généralement d'une santé robuste, vivent long-temps, et toujours avec un teint frais et vermeil. Il n'est pas rare de trouver des nonagénaires et même des centenaires conservant encore toutes leurs facultés intellectuelles. Ces avantages sont dus à leur frugalité habituelle, à la vie calme et tranquille qu'ils ont menée jusqu'â nos jours, à la limpidité de l'eau, leur boisson ordinaire, et surtout à la pureté de l'air qu'ils respirent.
...Les Morvandeaux, en général, sont industrieux, intelligents et adroits. Leurs occupations ordinaires sont : l'élève des bestiaux, l'exploitation et le flottage des bois, le charroi dans les forêts et l'agriculture, pour laquelle ils montrent aujourd'hui du goût et du zèle.



Chant scolaire : LA MORVANDELLE (Sur l'air du : "Galant de la Nannette") - BOUCHOR et TIERSOT - Chants populaires pour les écoles, 3è série, p. 30 (Librairie Hachette).
Le 31 octobre 1903, l'Amicale des Instituteurs et des Institutrices de la Nièvre avait invité à la fête et à son banquet annuels M. Dessez, inspecteur d'Académie dans le département depuis 1900, et le poète Maurice Bouchor qui avait déjà publié ses deux premiers recueils de Chants populaires pour les Ecoles. Au dessert, M. Dessez se leva et, dans un charmant discours, prit aimablement le poète à partie : il avait chanté toutes les provinces françaises, mais n'avait rien dit "de cette petite Suisse française qu'est le Morvan, rien de cette partie si riante de la plaine de la Loire qu'est le Nivernais... L'omission est grave, elle nous est douloureuse, il faut la réparer", dit M. Dessez. Et il pria l'Amicale de la Nièvre de se joindre à lui pour demander à l'ami des instituteurs la composition d'une Nivernaise. — "D'une Morvandelle ! cria une voix dans la salle. — Soit !" répliqua M. Dessez. Et, pour renseigner le poète, il esquissa à grands traits le passé du Morvan, le suprême effort des Gaulois au sommet du Beuvray à Bibracte ; la IIe Croisade, "cette héroïque folie", et le mouvement communal, nés au pied de la basilique de Vézelay ; le travail de Vauban, notre compatriote ; le soulèvement du 5 décembre 1851 pour résister au coup d'Etat. Il décrivit les rivières morvandelles et le flottage, évoqua le départ des nourrices pour Paris.
"M. Dessez m'ayant soufflé tout ce qu'il fallait dire, écrit le poète, un instituteur de la Nièvre ( C'était M. Méténier, instituteur à Avril-sur-Loire qui, sous le pseudonyme de Jean Stramoy, venait de publier le recueil où figurait Le Galant de la Nannette ) m'offrit un bouquet de mélodies morvandelles. J'en cueillis une qui sentait bien le terroir ; elle aussi me parla du Morvan à sa façon ; et je n'eus pas grand chose à faire, comme vous voyez, pour rimer la chanson que vous allez entendre."

1 - Allons, les Morvandeaux,
Chantons la Morvandelle !
Chantons nos claires eaux
Et la forêt si belle,
La truite aux bonds légers dans les roseaux fleuris
Et notre bois flottant qui vogue vers Paris
2 - Il souffle un âpre vent
Parmi nos solitudes ;
On dit que le Morvan
Est un pays bien rude ;
Mais s'il est pauvre et fier, il nous plaît mieux ainsi,
Et qui ne l'aime pas n'est certes point d'ici.
3 - On veut la liberté
Dans nos montagnes noires ;
Nos pères ont lutté
Pour elle et non sans gloire ;
Rêveurs de coups d'Etat, Césars de quatre sous
Les braves Morvandeaux se moquent bien de vous.
4 - Jadis - on nous l'a dit -
Surgirent nos ancêtres
Brisant le joug maudit
De leurs avides maîtres ;
Ils firent bien danser les moines leurs seigneurs,
Repus de leurs misères et gras de leurs sueurs.
5 - Pourtant nous subissons
Un reste de servage.
Pourquoi ces nourrissons
Privés du cher breuvage ?
Gardons, ô mes amis, nos femmes auprès de nous :
Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous !
6 - Allons, les Morvandeaux,
Chantons la Morvandelle,
Les bois, les prés, les eaux,
Aimés d'un coeur fidèle,
Nos bûches qui s'en vont, - Paris s'en chauffera,
Nos gas et leurs mamans, - Paris s'en passera !
"Comment le Capitaine eut peur" - Conte de Claude Tillier - 1842
Le Morvand - J-F Baudiau - 1854
Les populations forestières du centre de la France : Morvan, Bas Nivernais, Puisaye - Comte de DAMAS D'ANLEZY - Octobre 1907
Le Morvan Coeur de France - Joseph Bruley
Vents du Morvan N° 6 - Michel Hortigue - Joseph Pasquet
Un coin du Morvand (Le canton de Lormes) - Armand BILLAUD - 1900
Pays de Bourgogne N° 109 et 110 - 1980
Folklore du Nivernais et du Morvan - Jean Drouillet
Recueil de Chants populaires du Nivernais (Deuxième Série)
L'almanach du Morvan - 1980 - Lai Pouèlée
Voyage en France - Ardouin-Dumazet
Hé pourquoi pas ! Ces pages sont un cumul de plusieurs documents qui me sont passés entre les mains.
Par envie de trouver divers renseignements sur le Morvan au même endroit.
Par désir de communiquer.
Parce que cela me fait plaisir...
Un petit mot ! Alors c'est ici : Marcelot @ Le MorvandiauPat.fr