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"Dans le Morvan, les ménétriers sont meneux de loup.
Ils ne peuvent apprendre la musique qu'en se vouant au diable,
et souvent leur maître les bat et leur casse leurs instruments sur le dos, quand ils lui désobéissent.
Les loups de ce pays-là sont aussi des sujets de satan..."

George Sand - " Contes et légendes du Berry "


Le glossaire du Morvan - 1878

Ménétré : Celui qui joue d'un instrument de musique. On prononce "menn'tré" ou "meunn'tré".
Fleuteu, fleutou : Flûteur, celui qui joue de la flûte ou de tout autre instrument à vent ; joueur de cornemuse.
Violené : Joueur de vielle, de violon. On donne ce nom à tous les ménétriers de campagne, quel que soit d'ailleurs l'instrument dont ils se servent.
Violouneu : Celui qui joue du violon.
Vionnou : Celui qui joue de la vielle, du violon ou de tout autre instrument du même genre

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Le musicien de village

C'était vraiment quelqu'un le flûteux ou le violoneux de village : loué par tous, envié par la jeunesse, admiré par les filles, il était de toutes les fêtes soit qu'il menât les cortèges au son d'une grande marche, soit qu'il fit danser tout le peuple des campagnes, sur les chaumes ou sous les ramées pour les noces et les apports.

On le disait coureur de filles mais ne se vantait-il pas lorsqu'il parlait de ses bonnes fortunes ? On le disait aussi âpre au gain et l'on assurait que s'il garnissait son instrument d'un flot de rubans multicolores, c'était pour les revendre « à beaux deniers comptant » à de coquettes clientes ou pour les distribuer, coupés en menus morceaux, « toujours moyennant finance », aux invités des noces. Ami de la bouteille, il avait son cri de guerre : « A boire au flûteur ! » Et le Dr Bogros qui, après d'autres, signala le fait précisa qu'« il boit avant la danse pour se mettre, en haleine, pendant pour s'entretenir, après pour se réconforter ».

Le beau sujet de thèse que la psychologie du flûteux qui mettrait l'accent sur la prestance, l'endurance, la vanité aussi de cet indispensable amuseur public, et qui peindrait l'homme qu'il était comme celui qu'il prétendait être... ou qu'on disait qu'il était ; qui le montrerait le verre en main ou l'instrument dans les bras, officiant sur un poinçon, depuis le premier branle « pour dégourdir » jusqu'au dernier quadrille où il n'était plus, souvent, qu'une présence.
Que valait-il comme musicien ? Sans aucun doute, il était artiste, aimait ce qu'il jouait, et quel sens du rythme !

Pierre Grisolle dit « Compagnon »

Pierre Grisolle dit "Compagnon".
Quatrain du poète nivernais Fanchy
(Louis Mirault dit Fanchy)

Compagnon (Pierre Grisolle - 1809-1888) et ses émules avaient un vaste répertoire fait de musiqueries glanées un peu partout, qu'ils interprétaient selon leur propre tempérament : celui-ci aimant les sons nets et pleins, celui-là prodigue de cascades de perles et de trilles savants ou simplement gracieux qui s'égrenaient tout naturellement sous ses doigts. Furent-ils nombreux ceux qui, comme le grand Compagnon, composèrent des airs bien à eux, « d'un cachet et d'une allure très personnels » ? Beaucoup, surtout dans les petits villages du Morvan, routiniers, à l'oreille plus ou moins juste, au souffle court, au poignet mou - sans pour cela perdre de leur superbe - auraient fait rougir saint Genest leur patron, particulièrement au soir d'une longue journée de « dancerie », alors que le vin commençait à faire son effet. Et sur le matin frère ? Sur le matin « sa main s'engourdit, il est vrai ; les yeux se ferment, la tête devient lourde, qu'importe ! Si un grincheux lui fait remarquer qu'il ne donne plus la cadence, qu'il est saoul comme trente-six porcs, il ne se fâche point, il ne rectifie rien : Dansez tanchument ! N'v'inquiétez pas c'qui jue ! ».

Il est à remarquer que la plupart de nos musiciens étaient réputés pour leur esprit, la finesse de leurs réparties. Sans choquer personne, ils lançaient à la cantonade saillies et bons mots : c'est Compagnon qui, à la bichotière (la bijouée) s'écriait « Bichez les gentes et renvoyez les laides à saint Greluchon », lui aussi qui « alors que les couples, se faisant vis-à-vis, vont se croiser et s'entrecroiser encore » précisait la figure par un retentissant « Traversez vos fumelles ! ».

La réputation de nos musiciens, qui s'étendait jusqu'en Limousin, leur attira des élèves enthousiastes, mais impécunieux qui ne pouvaient, par exemple, satisfaire aux exigences d'un Compagnon, grisé par le succès. Il y avait pourtant de bons maîtres, comme ce père Morvand évoqué par le Dr Bogros : lorsqu'il mourut - le joueur de panse - il fut le premier habitant d'un cimetière tout neuf et devait s'ennuyer fort... ce que comprit, l'un de ses élèves qui ne manquait jamais « en revenant des noces, nuitamment selon la coutume, et titubant comme il convient à tout flûteur qui se respecte, d'escalader les murs de clôture du cimetière en friche, et là, sur la tombe abandonnée, il jouait de son mieux un des airs préférés du défunt et réjouissait ainsi l'ombre solitaire de son vieux maître ».

Pierre Grisolle dit « Compagnon »

Pierre Grisolle dit "Compagnon".
Quatrain du nivernais Achille Millien
N'étaient-ils pas un peu sorciers ces hommes qui faisaient si bien se trémousser les filles et se déchaîner les gars, et dont... la musique , « n'était pas humaine » ? Si le vielleux inspirait quelque crainte aux enfants avec cet instrument dont la tête pouvait chanter toute seule, le joueur de panse était, sans aucun doute, poussé par quelque Peut (diable). C'est parmi les flûteux que le Malin recrutait les meneurs de loups assurait-on dans le Morvan, et le Dr Collin a rapporté la tragique légende de la Pierre-Aiguë près Saint-Honoré-les-Bains : un flûteux y fut trouvé un jour en piteux état, avec auprès de lui un gourdin d'aigru (houx) fraîchement coupé. Qui s'en serait étonné ! : « Les flûteux, chacun le sait, partagent leur gain avec le diable, mais tout flûteux est voleur autant qu'un meunier... » ; celui-ci avait voulu tricher et le Peut l'avait corrigé... il n'y avait rien là que de très naturel.

Compagnon avait une musette si douce, et il savait si bien ménager son souffle « qu'il étonnait beaucoup les paysans lorsqu'il leur jouait Le Roi d'Yvetot en leur tenant une conversation suivie - Vous voyez bien, disaient-ils, que c'est le diable qui bouffe dans sa musette ! ». Et le bon poète Hugues Lapaire de rapporter ce fait qui fit beaucoup pour la réputation de Compagnon : « Un jour, revenant de Sancoins où il était allé servir une noce, il se rendait à Saint-Pierre [le Moûtier]. A cette époque, le pont suspendu qui relie Mornay à la route de Saint-Pierre n'existait pas encore. On traversait la rivière en bateau. Ce jour-là, comme la crue était grande, le passeur jugea prudent de ne pas lutter avec le courant. Compagnon, ne voulant pas attendre au lendemain, enfle sa musette, l'installe sur les flots, et se mettant à cheval sur cet esquif enchanté, il aborde heureusement sur l'autre rive ».

Émouvoir ou tout simplement ravir, savoir lire la musique aussi - comme Compagnon -, attirer les filles comme la flamme attire les papillons, « tenir le coup » de gosier comme de poignet... voilà bien puissance non-chrétienne. Qui sait si nos flûteux n'entretenaient pas habilement cette réputation, à moins qu'ils ne tinssent, sérieusement, à jouer leur rôle avec ces vielles à tête parlante et ces panses dont le hautbois s'appelait pied-de-chèvre, le pied du diable.

* * * * *

Extrait de : Le Loup et le vieux Chaperon gris - Pur Jus (Faits et dicts de biberons de Borgoigne) - Alice Poulleau (Mme Alice Guibon) - 1939

Alice Guibon

Au temps où chacun marchait encore avec ses jambes, tuait son « neurin » (1), faisait son pain et serrait des « jaunots », dans le tiroir d'armoire, vivait en Bourgogne l'homme dont le métier était d'amuser les autres, l'homme qu'on appelait le « menêtré », le « meneux de noces ».
Et quel joli métier c'était là, pour qui avait un poil dans la main, une langue bien pendue, et un « estomac à double panse » ! Un métier, bonnes gens, où il suffisait d'arriver quelque part pour voir la gaieté sur tous les visages, où les poulets vous tombaient tous rôtis, où les brocs « du meilleur » s'alignaient sur les tables à rallonges et où l'on n'avait que la peine de dire : « Verse » !
Et ce métier-là, mes amis, de plus, n'usait pas son homme. C'est pourquoi Vivant Péculâ l'avait choisi dès sa jeunesse, et il ne s'en repentait jamais que les « selles ne fûssent relevées ».(2)
A ce régime, sa trogne avait fleuri, son ventre bedonné, sa tête, habituellement inclinée sur l'épaule pour maintenir le violon, en avait gardé le torticolis, et, quelque part qu'on le rencontrât, ses grands bras de faucheux semblaient toujours conduire un quadrille.
Ce n'était pas qu'il fût mélomane... Mais est-ce qu'un « menêtré » avait besoin de savoir la musique ?
Pourvu qu'il sût attaquer aux « apports » le branle :

« Ç'â pas l'état des feilles
De cori les gairçons,
Mâ ç'â l'état des feilles
De r'messer(3) lai mâyon ... (4) »

pourvu qu'il s'avançât, allègre, devant le couple des nouveau-mariés en crincrinant :
« Vins ! vins ! vins ! mailheureuse, vin !
Vins ! vins ! vins ! mailheureuse !...
Te sors de chez gueire, te rentres chez rien...
Vins ! vins ! vins ! mailheureuse... »

on ne lui demandait rien de plus.

(1) : Cochon.
(2) : Expression rappelant la coutume de culbuter les bancs (selles) quand la noce était finie.
(3) : Balayer.
(4) : Maison.

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Les ménestriers du Morvan

 Alain Vieillard

" Alain Vieillard, professeur d'art appliqué aux métiers d'art, musicien connu des Morvandiaux, demeurant à Anost, village de la « Fête de la Vieille », nous offre cet article original. Il retrace l'histoire des efforts soutenus pour toute une chaîne de générations de « sonneurs » qui, depuis le siècle dernier, font la joie des Morvandiaux en animant fêtes et soirées, qui, aujourd'hui, sont reconnus par les autorités culturelles et, pour certains d'entre eux, sont devenus des professionnels et de véritables créateurs. "
Marcel Vigreux

Pour lire l'article en entier, cliquez sur l'image du bulletin de l'Académie du Morvan ci-dessous.

Les ménestriers du Morvan

Du passé au présent

Extraits :
La tradition, qui n'existe que dans la mesure où elle demeure présente dans la mémoire des vivants, est de ce fait actualisée par force, et malgré l'apparente immuabilité de son fond, évolue dans l'instant de son utilisation.
Lorsqu'il s'agit du patrimoine musical du Morvan, le particularisme local tend à amplifier le phénomène et, plus qu'une pratique codifiée née d'acquis passés incontournables, il nous faut davantage considérer celui-ci comme un ensemble de pratiques différentes, intimement liées à l'identité du pays lui-même.
Ce que représente le massif et ce qu'il a engendré de toute éternité, pauvreté du sol, rudesse du climat, austérité du paysage qui parfois prend l'allure d'une véritable forteresse végétale, mode de vie de ses habitants dont le caractère a été forgé par un contexte historique à part, sont autant de critères qui nous aident à mieux comprendre. Bien qu'il ne soit qu'un, commençant par le granit et la digitale pourpre qu'on nomme ici « gants de notre Dame », et finissant de même, le Morvan divisé, mis à l'écart, semble avoir développé par le passé des coutumes qui lui étaient propres ainsi que des usages particuliers dont certains restèrent uniques.
Galvachers, flotteurs, nourrices, gens de jadis et d'aujourd'hui habitant le bas et le haut pays, tous avaient en commun et possèdent encore le sens profond de leur appartenance au massif, mais parce que les anciens s'étaient regroupés par nécessité en villages serrés, dispersés en autant de clans, suis-je tenté de dire, le Morvan offre une grande diversité dans l'unité. Le ménétrier, qui fut et demeure l'une des faces de cette identité n'échappe pas à la règle ; il s'exprimait selon l'image de son clan, entité marquée, et s'en faisait le champion, sonnant plus par amour-propre que par intérêt...

...Le résultat le plus marquant de cet état fut que l'on considéra les musiciens du Morvan comme une espèce à part, juste sortie des limbes de l'histoire et, alors qu'au début de ce siècle, les bagads bretons défilaient en rangs serrés, que les Berrichons sonnaient la qualité par maîtres classifiés, que l'Auvergne tout entière, du Limousin à l'Ardèche en passant par la Lozère, le Bourbonnais et l'Aveyron, exportait et vendait sa tradition, les nôtres, « horde chevelue, contestataire et débandée », continuaient comme par le passé de pratiquer le jeu des sentiments et de l'individualité. Evidemment, ces différentes approches, dans le grand concert des musiques traditionnelles françaises, engendrèrent une sorte de sélection dans l'esprit du « public », et celles qui, d'une manière ou d'une autre, surent se mettre en avant, favorisèrent considérablement leur promotion. Ainsi, jusqu'aux années soixante-dix de notre siècle, la vielle était devenue essentiellement auvergnate sur les boîtes d'allumettes de la SEITA, le biniou bihan s'était transformé en cornemuses bretonnes aux grands et spectaculaires pardons de Sainte-Anne d'Auray, cependant que « les gars du Berry » pénétraient dans la légende à l'ombre des tours du château de Nohant. Le temps semble-t-il avait jugé, le monde de nos anciens s'était une première fois volatilisé sous les centaines d'obus qui tombaient au mètre carré de la Somme à l'Argonne et l'horreur parachevée à peine trente ans plus tard, paraissait renvoyer à l'histoire l'époque des ménétriers.
Les modes nouvelles, importées ou non, prirent force de la loi et la tradition française, en partie gommée, ne retint plus qu'un nombre limité de grandes lignes très schématisées, un à peu près suffisant au regard du progrès.
Pourtant, la musique du Morvan, trop souvent oubliée dans cette comptabilité, perdura grâce à quelques obstinés.
Il y avait encore des survivants d'une « ère » révolue, sonnant à l'occasion, selon les circonstances, mais qui, du haut de leurs années et parce qu'ils venaient du siècle d'avant, allaient jusqu'au bout de leur passion et de leurs pensées...

...Un demi-siècle s'est écoulé, ou presque, depuis, qu'étant enfant, j'ai eu cette vision de Simon Guénard dit Chaicrot, héritier de la dynastie des vielleux d'Anost ; et j'ai tendance à croire que c'est ainsi qu'étaient les ménétriers de notre histoire. Evidemment, parmi ces survivants, il y en a eu d'autres, différents, mais aucun n'était un homme du commun. Ils avaient vécu ce que l'on pensait être un âge béni pour notre musique et il est regrettable, qu'étant sur leurs fins et voyant le manque d'apprentis, ils soient partis « sonner à Versailles ou bien à Saint-Denis » en pensant que la cause était toute entendue et notre tradition perdue.
Heureusement pour nous, dans ce même temps, des « amoureux », convaincus par la nécessité de tenter de préserver ce qui pouvait l'être, se réunirent au sein de sociétés ou groupes dits folkloriques (bel anglicisme qui signifie littéralement « savoir du peuple » mais qui, hélas, devint trop souvent une épithète dévoyée).
Ces gens, à qui nous devons rendre hommage, maintinrent allumées les braises du foyer et, malgré le peu de crédit que certains leur accordaient ou les railleries dont ils firent parfois l'objet au nom de la modernité, permirent de sauvegarder une base de données qui, pour le futur, devint essentielle.
Leur action, dûment menée, offrit à des sonneurs et des danseurs de qualité l'occasion de s'exprimer ; évitant ainsi la rupture, en devenant les indispensables maillons de cette longue chaîne, expression de notre tradition : leur ténacité, à laquelle on peut attribuer un pouvoir formateur certain, généra pour partie la situation d'aujourd'hui et favorisa la fermentation du levain...

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La renaissance

A partir de la soixante-dixième année de notre siècle (XXème), les braises ainsi entretenues devinrent une flambée, au début assez menue mais dont la chaleur suffit à réveiller bien des pensées enfouies.
Ce phénomène, commun à toute la France, marqua en Morvan le début d'une grande renaissance...
...Brusquement les lumières de la ville n'apparaissaient plus comme étant forcément celles de l'esprit ; et, pour ces arrivants sur le « chantier » qui réclament leur part de vérité, sans refuser pour autant le « d'jeans » industrialisé, la vieille terre recélait tous les trésors cachés.
Ainsi, n'ayant, semble-t-il, rien à perdre et tout à gagner, ils se lancèrent à la recherche d'un passé devenu d'actualité, avec conviction et obstination, chacun possédant ses propres raisons et sa cible privilégiée et, tous manoeuvrant dans la même direction.
Évidemment, dans ces conditions, la flambée devint un beau feu en moins de dix années.

Lai Pouèlée, association alors nouvellement créée et qui venait de diffuser les premiers disques de collectage, fut l'une des clés de ce brutal essor et, pour un temps donné, regroupa en son sein la quasi-totalité de ces « bouteus de feu »...
...Ils se mirent à sonner en toutes occasions, n'importe où, de l'église au bistrot, du bal à la veillée, allant chez les « privés », interrogeant ici, récupérant par là, prônant la liberté d'une musique vivante qui se devait de quitter les musées de la mémoire, d'effacer à coups d'archets, de anches, de soufflets ou de manivelles, l'étiquette passéiste qu'on lui avait donnée...
...On y adjoint enfin quelques cornemuses nouvellement fabriquées et, ce troupeau à peine dégraissé, en partie ignorant des us et coutumes d'ici, se répandit dans les hameaux...
Les vieux sollicités, n'en croyaient ni leurs oreilles ni leurs yeux lorsqu'ils étaient invités à participer à une veillée organisée chez eux. Cependant, au cours de ces soirées, nous n'avons rencontré qu'amitié et bons sentiments parce qu'ils étaient gens du Morvan, et que nous parlions de ce dernier, uniquement...

...Cette toile de fond ainsi tissée où se côtoyaient, pêle-mêle, le climat, les sols et les héritages, les cultures, leur partage, les savoir-faire ancestraux, l'histoire et la légende, les animaux et les habitants passés ou présents, offraient à nos esprits étonnés un monde fascinant que nous n'avions pas toujours soupçonné.
Dans ce dernier, il y avait la place des ménétriers et, à intervalles réguliers, au gré d'une anecdote souvent liée au temps forts de la vie : naissances, mariages, enterrements, veillées, moissons, battoirs ou fenaisons, on nous enseignait un morceau de musique qu'on croyait oublié.
Comme nous n'étions pas des cas isolés, notre groupe grandissant collecta ainsi, en peu de temps, une somme de références qui nous incita à penser que le patrimoine musical du Morvan devait être très conséquent. Aussi notre idée fut de renforcer nos prestations dans cette direction.
C'est alors qu'un événement imprévu vint structurer et organiser le travail des ménétriers.

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    Naisance de l'Union des Groupes et Ménétriers Morvandiaux - UGMM

    Un musicien professionnel, ayant à l'époque pignon sur rue et qui pratiquait pour son commerce un style néo-folklorique, utilisa des airs de notre tradition en en modifiant légèrement la ligne mélodique.
    Fort de cette recomposition, il les déposa à la Société des Auteurs qui, à la première occasion, voulut nous faire payer le droit d'utiliser ce qui nous appartenait déjà en toute propriété.
    C'est au bord du lac des Settons, par un bel après-midi d'été, au lieu-dit « la cabane verte », que, nous étant fortuitement rencontrés, nous décidâmes, Gérard Chaventon et moi, de brandir les enseignes de la révolte ouverte face à ce crime de lèse-tradition.
    Aidés de Jean-Claude Raillard et des Vionnoux, Gérard sonnerait à tocsin auprès des groupes ; et moi auprès des musiciens.
    L'assemblée qui suivit, le 4 novembre à Alligny, dépassa de loin nos prévisions les plus optimistes ; la quasi-totalité de ceux qui s'intéressaient à cet aspect de notre identité étaient présents et décidés à s'organiser afin de résister à l'adversité.
    Il y avait là une centaine de personnes représentant vingt-quatre groupes, renforcés par une cinquantaine de musiciens individuels ; désireux de s'unir dans le cadre d'une même association.
    Comme j'avais, un an auparavant, créé la « confrérie des sonneurs morvandiaux » dont l'intitulé était paru au Journal Officiel le 27 avril 1979, c'est sur cette base remaniée que naquit après concertation « l'Union des Groupes et Ménétriers Morvandiaux ».

    UGMM

    Marc Chevrier fut plébiscité pour mener à bien cette équipée ; instrumentiste d'exception, ses connaissances et son autorité en la matière ne pouvaient être contestées, sa gentillesse, ses compétences juridiques, l'amour qu'il avait porté à notre pays tout au long de sa vie, déterminèrent naturellement ce choix.
    C'était une « première » historique puisque jamais la horde chevelue, contestataire et désorganisée de nos sonneurs, n'avait eu de chef. Evidemment, il n'était pas question pour autant d'abandonner nos pratiques particulières, ni de nous aligner sur un rang pour marcher au pas cadencé, mais c'était une grande avancée et notre petit univers devait, par la suite, s'en trouver bouleversé.
    Lai Pouèlée, dont j'ai parlé précédemment, avait, dès sa création, cherché à mettre en valeur notre patrimoine musical, considérant à juste titre que c'était un moyen approprié pour réveiller les esprits endormis.
    Aussi, à l'initiative de Pierre Léger, une manifestation nouvelle fut montée de toutes pièces et appelée « journée de la vielle ». Cette réunion d'amoureux eut lieu à Montsauche le 21 mai 1978 ; l'ensemble des ménétriers du Morvan d'alors, à savoir une vingtaine de personnes, était de la partie et la centaine de clients qui vint nous écouter sonner ce jour- là, fut ravie...

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Les instruments

Nos paysans ne connaissaient autrefois que deux instruments, souvent joués en duo, avec une fantaisie touchante, au mépris de l'harmonie : la vielle et la musette auxquels s'ajouta le violon. Dès le milieu du XIXème siècle la clarinette était connue et appréciée, surtout aux veillées, et vers 1900, au témoignage de Blin, l'accordéon - d'origine autrichienne - se répandit dans toutes nos campagnes, en même temps que les orchestres de cuivres contre lesquels vitupérait Achille Millien :

Non, l'orchestre de cuivre à la danse rustique
Ne saurait convenir... Et moi je ne connais
Que la vielle champêtre et la musette antique
Pour bien mener bourrée ou branle en Nivernais

La vielle

Sites internet :
Historique de la vielle
Découverte de l'intrument - Apprendre la vielle à roue par internet ?... C'est aujourd'hui possible grâce à coursdevielle.com !

Instrument très ancien, on la croit née d'un perfectionnement de la Rote des bardes gaulois qui accompagnait les chants des druides.

Vielle
Entre les mains des mendiants au XVIème siècle après avoir été la Chifonie des ménestrels, elle entre à la cour de Louis XIV au Grand Siècle, fastueusement décorée de bois précieux et de nacres.
Mais comme la noblesse, elle est victime de la révolution de 1789 et redeviendra l'instrument des mendiants et des musiciens ruraux au XIXème siècle. On ne la trouvera plus que dans les pays du centre de la France : Massif Central, Berry et Morvan.

La vielle à roue, dont il reste peu d'exemplaires dans notre région, eut une grande vogue jusqu'à la guerre de 1914 ; le mérite en reviendrait à la famille Pajot, de Jenzat en Bourbonnais, qui aurait substitué aux vielles plates en usage vers la fin du XVIIIème siècle « la vielle ronde à bateau ou vielle de Janzat qui supplanta vite ses devancières ».
Comme la caisse de l'instrument est formée de neuf lames de bois de deux couleurs (brun et jaune rouge), la vielle fut longtemps appelée chitrouille en Nivernais. On connaît la forme « pastèque allongée » de la vielle que décrit ainsi Gaston Rivière :

Dessin d'une vielle

« Le dessus de la caisse bombée est recouvert d'une mince plaque de sapin qui constitue la table de résonance. Sur cette table est fixée la boîte du clavier. A la droite de cette boîte, dans un évidement de rectangle long passe la roue-archet dont l'axe est fixé d'une part au milieu supérieur droit (joue droite) de la caisse (fileté à cette extrémité on y vissera la manivelle munie de sa poignée) ; à l'autre extrémité le pivot de cet axe est supporté par un chevalet intérieur collé dans la caisse. Fait suite à cette roue, et à sa hauteur, le grand chevalet des chanterelles. Le cordier de ces chanterelles est fixé au bord de la caisse par une patte, venue de la masse, qui, le maintient en position oblique convenable. De chaque côté, avant et arrière, entre le grand chevalet et la roue, sont également placés deux autres chevalets, le premier, en avant, pour reposer les bourdons et le second, en arrière, pour reposer la mouche. Enfin, collés latéralement à l'extrémité gauche de la boîte du clavier, deux autres chevalets dits oreilles supporteront en avant les bourdons et en arrière la mouche et la trompette dite coup de poignet. Faisant suite à la boîte du clavier, et collée à la joue d'assemblage des côtés de la caisse, une pièce de bois, travaillée, évidée, incurvée, se terminant en sculpture de tête féminine, constitue le logement des chevilles où viennent s'enrouler les cordes aux fins de tension et de réglage. Trois boutons d'attache sont fixés à la caisse. Ils servent de pivot d'accrochage à la courroie de ceinture en position assise, à la courroie de suspension en position debout. La roue est recouverte d'an protecteur nommé couvre-roue. Couvercle du clavier, couvre-roue, cordier, sont de même, bois et même teinte d'ébène. Ils peuvent être ornementés, incrustés de motifs de nacre ou d'ivoire, comme les bords de la table de résonance... ».

Ajoutons quelques détails à cette description précise : la vielle, qui est en ut, et dont la chanterelle principale est accordée en ré, comporte dix cordes : deux chanterelles - pour le chant - passant dans le clavier, deux bourdons placés au côté extérieur de la caisse, la mouche et la trompette (ou coup-de-poignet) placées au côté intérieur, à l'opposé, des bourdons, plus quatre cordes métalliques dites timbres de résonance placées parallèlement et à plat sur le bord extérieur de la table. La roue est tournée dans une bille de bois dur, érable, alisier, sorbier, buis... et plus elle est large, plus la sonorité est, puissante.
C'est la roue, mise en mouvement par la manivelle tournée de la main droite, qui frotte sur les cordes comme l'archet du violon : les doigts de la main gauche, poussent les touches du clavier (d'une étendue de deux octaves) qui appuient horizontalement sur la corde par l'intermédiaire de petits morceaux de bois appelés sauteriaux. Le rôle de la trompette est, primordial ; cette corde est posée sur un petit chevalet mobile en forme de sabot, parfois appelé le chien, lequel, agité, par les vibrations de la corde donne à la vielle le son caractéristique qu'on lui connaît.

Fête de de la vielle à Anost

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La cornemuse

Définitions du " Glossaire du Morvan " - De Chambure - 1878 :

    - Panse : cornemuse dite également « panse de beurbis » parce que l'instrument dont il s'agit est ordinairement fabriqué avec la peau du ventre d'un mouton. Il y a moins d'un siècle, les panses étaient de toutes les fêtes. Elles remplissaient de leur rustique bourdonnement les échos de nos montagnes. Bossuet justifie le nom que les Morvandiaux donnent à leur antique instrument lorsqu'il dit : " Au-dessous du poumon est l'estomac qui est un grand sac en forme d'une bourse ou d'une cornemuse."
    - Cornemuse : nom de l'instrument essentiellement morvandeau que nous appelons aussi « panse » à cause de l'espèce de vessie qui renferme le vent. Cornemuse à grand ou petit bourdon, muse, musette ou chalemie, les diverses dénominations disparaissent devant les progrès du violon.
    - Cornemuseu : joueur de cornemuse. Comme on le voit au mot qui précède, la cornemuse a été appelée tout simplement muse et musette. Notre « cornemuseu », en conséquence, n'était désigné souvent que sous le nom de « museur ».
    - Chevretié : joueur de cornemuse, musicien de village. En quelques lieux « cheveurtié » par métathèse. Chevrette est un des anciens noms de la cornemuse.
    - Fleuter, flûter : jouer d'un instrument quelconque où l'on souffle.
    - Fleuteu,fleutou : flûteur, celui qui joue de la flûte ou de tout autre instrument à vent : joueur de cornemuse.

Par contre, De Chambure n'a jamais noté le nom qu'on nous a cité un jour au café de Glux-en-Glenne.
Dans la Saône-et-Loire toute proche, on appelait la cornemuse « lai couille ai trois vits » :
- Le bout bien raide et long qui n'est autre que le bourdon, c'était les 20 ans
- Le bouffoir, toujours raide, mais plus petit, les 40 ans
- Quant au pied de chèvre qui accuse une nette descente, les 60 ans et plus.
La cornemuse en Morvan - Jean Blanchard - Lai Pouèlée - 1984


Site internet spécial : Historique de la cornemuse

Instrument des bergers, elle fit danser les filles de Sparte et Lacédémone devant les autels de Diane. On la retrouve partout où les Celtes venus d'Asie se sont fixés, même temporairement.

Cornemuse
Les ménestrels en jouèrent dans tous les châteaux d'Europe avant qu'elle apparaisse somptueusement parée d'or et brillants à la cour de Louis XV et la Pompadour.
Oubliée pendant la révolution, elle ne subsiste que dans les pays à ascendance celtique marquée : Écosse, Pays de Galles, Bretagne, Asturies (Espagne), Abruzzes (Italie), Auvergne, Berry et bien sûr notre Morvan.

La cornemuse appelée généralement musette, était plus connue généralement notre région sous le nom de panse ou panse d'oueille (l'outre étant en peau de mouton). En Morvan c'était aussi la vèze, la zouarne ou, plus simplement, la flûte, l'instrumentiste étant le flûteux ; dans la réglion de Nevers c'était la cornadouelle, par analogie avec le hautbois d'écorce, ou encore le bourdon.

Dessin d'une cornemuse

Nos musettes à bouche, qu'il ne faut pas confondre avec les musettes à soufflet, furent jadis fort réputées si l'on en croit Rabelais écrivant dans son « Pantagruel » (III - XLVI) : « Plus dict qu'elle sera villaticque et plaisante comme une belle cornemuse de Saulieu ou de Buzançay ». Qu'était donc cet instrument merveilleux ? Saulieu, s'il eut ses sonneurs, eut-il jamais ses luthiers ?

Y eut-il beaucoup d'instruments sortis des mains de nos sonneurs ? Il est certain que beaucoup de musettes utilisées en Nivernais, et en Morvan vinrent d'ailleurs : Jenzat, en Bourbonnais, en fabriqua, concurremment avec les vielles, leurs « compagnes habituelles », qui se répandirent chez nous dès le début du XIXème siècle.

Composée d'une outre en peau, qui est aujourd'hui souvent en caoutchouc, notre musette comprend quatre chalumeaux de longueur et de grosseur différentes. Le plus petit, dit porte-vent, sert à souffler l'air dans le réservoir ; le plus important, appelé justement hautbois ou pied-de-chèvre, percé de huit trous, « permet l'exécution de dessins mélodiques » ; les autres sonnent à vide : c'est le bourdon qui fait la basse et la chanterelle qui donne l'accord.

La musette - notre cornemuse - était l'instrument-roi, et l'on entourait le flûteux d'une telle considération qu'il en perdait toute modestie. On sait que le joueur de panse faisait fi du violon et qu'il n'acceptait la vielle que comme accompagnement.

Edmond Bogros - 1873
Nous venons de nommer le flûteur. Arrêtons-nous un peu à cette figure originale. Aussi bien, le flûteur est un type encore, et il faut se hâter de l'esquisser, demain, du train dont vont les choses, il ne sera plus qu'un vulgaire ménétrier.
L'instrument du flûteur est la musette (1) un bel instrument, à notre humble avis ; le flûteur partage naturellement cette opinion. Il fait peu de cas du violon, méprise souverainement le piano, et n'accepte la vielle que comme accompagnement. Pour lui, la musique n'a réellement qu'un organe sérieux, c'est sa musette. Il faut entendre aussi avec quel enthousiasme il en parle ; il faut voir de quels soins tendres il l'entoure, et avec quel air de béatitude et de recueillement il se fait chanter à l'oreille une ritournelle réussie.
(1) La musette morvandelle est l'ancienne « chevrette », dont on se servait principalement aux XII, XIII et XIVème siècles.

Tout bon flûteur doit savoir faire lui-même sa musette. II la taille dans le bois de poirier le plus irréprochable ; l'incruste d'étain, comme un Arabe son fusil, et se complaît, les jours de noces, à faire flotter à son bourdon les rubans les plus multicolores. Il est vrai que ces rubans, il les revendra à beaux deniers comptants à ses coquettes clientes, ou les distribuera, coupés en menus morceaux et sous couleur de jarretière, mais toujours moyennant finance, aux invites des deux sexes.

Un bon flûteur fait des élèves, et, chose plus extraordinaire, des élèves reconnaissants. Le flûteur pourtant n'est point parfait. Cette perle a une tache. Tout le monde connaît certaine légende que Gavarni met dans la bouche philosophique de son « Thomas Vireloque » eh bien ! appliquez-la au flûteur et elle sera irréprochable :
« Le mouton a la clavelée, la poule a la pépie, le flûteur a ....la soif »
et en effet, c'est sa maladie, elle est chronique et incurable. Aussi, comme les barons du moyen-âge, notre héros a-t-il son cri de guerre : A boire au flûteur ! et il boit, avant la danse, pour se mettre en haleine, pendant, pour s'entretenir, après, pour se réconforter. En résumé, c'est une figure épique et qui mérite un dithyrambe.
Offrons-le lui :

Le vieux flûteur
Robuste rejeton du chêne druidique,
Plus superbe qu'un roi de sa cour entouré,
Le vieux barde est debout sur son trépied rustique,
Possédé de son dieu, comme l'oracle antique,
Et par son dieu transfiguré !

En place, les danseurs !... Dans l'ardeur qui l'enfièvre
Il redresse son front par l'âge appesanti ;
Son doigt impatient court sur le pied-de-chèvre,
Et du rude instrument que caresse sa lèvre
Le prélude est déjà sorti.

Cornemuse

Le rubis bourguignon dont sa trogne étincelle
Se feint de feux plus vifs sous son puissant effort :
Il souffle....et l'ouragan que son thorax recèle
Emplit l'outre aux flancs noirs pressé sous son aisselle,
Et le chant vibrant prend l'essor.

En avant, les danseurs !...Hurrah !... la belle fête !...
On crie, on se bouscule, on trépigne, on bondit....
Mais lui tranquillement dodeline la tête,
Et pareil à Borée, excitant la tempête,
Sa joue en panse s'arrondit.

Il souffle ! et l'harmonie à flots bruyants s'écoule ;
L'ivresse croit, le sol tremble, impassible et grand
Il souffle et soufflera sous son tonneau, s'il croule !
C'est le roc de granit sourd au bruit de la houle,
À sa fureur, indifférent !

Peut-être est-il bercé d'un doux rêve de gloire ?
Peut-être songe-t-il, d'un noble orgueil gonflé,
A son nom qui vivra dans l'immortelle histoire?...
Non....il a soif et songe au bon coup qu'il va boire
Après avoir si bien soufflé.

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L'accordéon diatonique

Origine - Wikipédia

Comme beaucoup d'instruments modernes, l'accordéon est né du foisonnement d'inventions du début du XIXème siècle.

Accordéon
Nous devons le nom « accordéon », ou plutôt accordion à Cyrill Demian (brevet de 1829) mais l'instrument à anches libres qu'il a inventé devait son nom au fait que chaque touche produisait un accord (différent selon le sens du soufflet) : accord-éon, instrument qui produit des accords. Cet instrument était destiné à accompagner le chant avec une harmonie simple.
Le principe est néanmoins posé par son invention, un petit instrument avec un soufflet actionné par le musicien, comportant des touches... et surtout ces touches produisent des accords !
L'instrument va rapidement être copié par d'autres inventeurs ou constructeurs d'instruments de musique, et modifié : chaque touche du clavier « chant » ne donnant plus qu'une note unique et non un accord, ceux-ci étant conservés au clavier « accompagnement ».

Le succès de ce nouvel instrument, l'accordéon, va être fulgurant, il s'imposa vite comme l'instrument favori des gens de la campagne. Actuellement il est populaire par excellence du Centre de la France.

Petit reportage photo à l'intérieur d'un accordéon diatonique

Fête de l'accordéon à Luzy

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Le violon

Le violon est un instrument de musique à cordes frottées. Constitué de 71 éléments de bois (érable, buis, ébène, etc.) collés ou assemblés les uns aux autres, il possède quatre cordes accordées à la quinte, que l'instrumentiste, appelé violoniste, frotte avec un archet ou pince avec l'index ou le pouce (en pizzicato).
Sa création remonte au XVIème siècle. Très vite popularisé, on le retrouve dans le Morvan.

Vers 1860, Dargneau le violoneux de Guipy et Jothine le cornemuseux de la Goutte-au-Charme près Crux-la-Ville, formaient une solide équipe, très appréciée dans tout le Bas-Morvan, équipe à laquelle Jean Devauges consacra une page délicieuse (Journal de la Nièvre - 14 juin 1914) :

« Avant la dernière bourrée, Dargneau frottait son archet de colophane et Jothine, les joues comme un triton, gonflait sa peau de bique à la faire éclater... Alors, après un simple clignement d'yeux, comme des augures. Jothine et Dargneau partaient tous les deux à la fois, comme deux diables déchaînés. Le biniou (sic) s'entendait jusqu'à Cervon, jusqu'à Lormes. Les vieux doigts noueux claquaient vertigineux sur les trous et les coups d'archet de Dargneau fulguraient comme des éclairs. D'abord, en de fiers attitudes, les gars rythmaient, cadençaient les pas ; puis les musiciens pressaient la mesure, les danseurs, eux aussi, pressaient leurs mouvements. Dans le jour finissant, la musique retentissait plus sonore, plus éclatante... Et c'était la furie jusqu'à ce que les musiciens lancent une note finale, connue de tous, qui laissait filles, et gars d'un seul bloc, comme pétrifiés ».

Pierre Hervé
Pierre Hervé

Pierre Hervé :
« Le violon, dans un bal traditionnel, doit être capable d'assurer à lui tout seul la mélodie, l'harmonie et la cadence, comme le faisaient nos anciens pendant des heures durant. C'est ce savoir-faire qui est la source du style. »

Pierre est un mythe ! Pierre s'est formé auprès des anciens violoneux d'Artense et du Morvan. Il est resté pendant de nombreuses années le seul violoniste du Morvan capable d'animer un bal. Son sens du swing, sa capacité à donner la cadence et la générosité qu'il met dans sa musique suscitent un véritable engouement chez les danseurs. Pierre fait partie de Marinade, Sédéloc, des Frangins d'Accord et des Violons du Morvan.



Fête du violon à Luzy

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Portraits de quelques vielleux

Le barde Léon Jacob

Commis-voyageur en folklore morvandiau
LE BARDE LÉON JACOB
possède une arme secrète
pour faire danser le branle aux Dijonnais

A 60 ans bien sonnés, M. Léon Jacob a conçu de vastes et ambitieux dessins. Il a pris le Citroën et s'en est venu à Dijon. En descendant du car, il a regardé la ville et, comme feu Rastignac contemplant Paris, il s'est écrié : « A nous deux ! »
Car il a juré d'annexer Dijon au Morvan.
Son arme secrète - ce conquistador morvandiau a mis tous les atouts dans son jeu - est un instrument bizarre qui possède des touches de piano, des cordes de violon et une manivelle de moulin à café. Il en tire des sons vifs, aigrelets et doués de pouvoir diabolique qui vous donne une irrésistible envie de lever la jambe en cadence.
Mais vous avez deviné qu'il s'agit d'une vielle ! C'est sur celle-ci que Léon Jacob compte pour subjuguer les Dijonnais et en faire d'authentiques Morvandiaux.

Léon Jacob
Léon Jacob avec le groupe "Valentin" en 1958
Son raisonnement est simple ! Le jour où les Bourguignons sauront danser le branle au son de la vielle, ils seront d'authentiques Morvandiaux, et la Bourgogne cédera le pas au Morvan : C.Q.F.D. ! Léon Jacob, c'est le Morvan fait homme ! Discutez cinq minutes avec lui, et, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, il vous aura démontré par A + B que la France n'est autre qu'une banlieue du Morvan. Et si par hasard vous entendez dire qu'il s'est constitué quelque part du côté d'Arleuf (prononcez Arleu) une république autonome du Morvan (pour rire, bien sûr), vous pouvez parier un « Kir » qu'à sa tête vous trouverez Léon Jacob avec sa vielle en bandoulière, sa biaude, ses sabots et son visage épanoui et matois de gars nourri du « grapiot » national morvandiau.
Le Morvan, je le répète, c'est Léon Jacob, et Léon Jacob, c'est le Morvan.
Il a des références, et des solides. Il a vu le jour à Corancy, près de Château-Chinon, avant de se faire naturaliser « Arleuquin », c'est-à-dire citoyen d'un sacré pays de bagarreurs, Arleuf. Plus tard, il a été maître d'école et, avant d'apprendre le français à ses élèves, il a dû lui même potasser le morvandiau, qu'il parle aussi couramment qu'un académicien le français.
Quand a sonné pour lui l'heure de la retraite, il s'est fait barde. Son premier soin a été de se munir de l'accessoire indispensable à son nouvel état social. Pas question de lyre pour ce poète en sabots. Ce qu'il voulait, c'était une vielle. Il a fini par la dénicher et, servi par un solide atavisme, a rapidement acquis le « coup de poignet » sans lequel il n'en eût tiré que d'inharmonieux miaulements. Commis voyageur en folklore morvandiau, il a trouvé à Dijon des alliés enthousiastes ! L'Amicale des Enfants du Morvan l'a accueilli à bras ouverts. Il est devenu un pilier du « Groupe Valentin » et je vous assure que le jour où les Morvandiaux descendront dans la rue, cela fera un joli branlebas ! Tout le monde suivra le barde. Et ça bardera !
Car Léon Jacob n'est pas un vielleux comme Lazarre Pasquelin, d'Arleuf, qui était si décati qu'il jouait tout de travers, et qui répondait quand on le lui faisait remarquer : « Danchite don chument. Voicuppez pas de c'qui joue » (traduction libre : contentez-vous de danser, et ne vous occupez pas du reste).
Et ça « bardera » le soir où les Morvandiaux de Dijon descendront dans la rue.
« Bourgogne Républicaine », de Dijon (1951). J. VOITOUT.


Léon Jacob, dont les ancêtres sont originaires d'un hameau de la commune d'Alligny-en-Morvan (un groupe de maisons porte encore le nom de Puits Jacob), fut, vers 1920, l'un de mes instituteurs à Alligny-en-Morvan. Dès cette époque il commença à intéresser et à inviter ses élèves au folklore.
Revenu grand mutilé de la guerre 1914-1918, il organisa dans notre petite commune les premiers galas au profit des anciens combattants et victimes de la guerre. Il fit appel à tous les talents et nous fit, avec quelques camarades, débuter très jeunes sur les planches.
Léon Jacob, qui fut aussi le vielleux du groupe folklorique « Les Galvachers » de Château-Chinon et du groupe « Valentin » de Dijon, est décédé en 1964.
« Le Morvan Coeur de la France », tome II - page 485 - J. BRULEY


...Sa fille est institutrice à Dijon. Veuf il décide de venir habiter chez elle et il s'installe à Dijon. Et il faudra un concours extraordinaire de circonstances pour qu'il devienne le barde que nous avons connu et admiré.

Léon Jacob
Léon Jacob
Le groupe des Enfants du Morvan, alors Groupe Valentin, organisait avec l'« Appui Fraternel des Enfants du Morvan » un bal annuel à la Salle de Flore. Or cette année 1951, Roger Saynac et les organisateurs du bal ont l'heureuse idée d'y inviter le Père Jules et son fils, musiciens du groupe des Galvachers du Morvan de Château-Chinon et amis d'enfance du Léon Jacob.
Apprenant l'arrivée du Père Jules en ce mois d'Avril 1951, il l'invite à souper chez lui ce soir-là et l'on se rendra ensemble au bal. Et la nuit se terminera aux aurores trouvant le Père Jules et Léon Jacob attablés chez les enfants, jouant tour à tour de la vielle.

Désormais celui qu'on appellera affectueusement le Père Jacob, se consacrera entièrement à cette vielle et au folklore morvandiau. A 61 ans plus de temps à perdre. Il faut trouver une vielle, deux vielles. Il dénichera deux "Pageot" de Janza: la « Vieille » objet de tous ses soins, et le « Vieux », une énorme vielle qu'il entourera également de toute son attention. Il va jouer de 12 à 14 heures par jour retournant fréquemment dans sa maison de Château-Chinon et vers ses amis pour y glaner un conseil.
Mais l'élève est devenu un maître qui retrouve un à un les airs de jeunesse, ceux que les gamins de son âge, puis les gamins de l'école fredonnaient, ceux que sa mère chantait. Et c'est ainsi qu'il va sauver de l'oubli de nombreux airs et pas qui auraient disparu à jamais. Le plus célèbre est certainement le Branle des Gui'lannés, cette coutume de Carnaval de la région d'Arleuf. Et puis il retrouve les pas du Quadrille morvandiau.
Avec le Père Mâchin il constitue l'orchestre des Enfants du Morvan. La fille de Léon Jacob, Madame Hervé danse et dirige ce groupe Valentin. Mais on l'appelle d'un peu partout. Avec le Père Jules et les Galvachers il s'en va en Pologne en 1955, en Russie en 1957, puis en Tchécoslovaquie, avec les Gas Du Ts'arrolais De Jaonny Furtin. C'est dire si on apprécie sa vielle.

Avant de jouer il essaie longuement ses instruments. Son « Vieux » a un son plus profond mais il n'aime pas le temps froid et humide. Alors il choisit sa « Vieille » plus douce, plus triste. Il taille lui-même ses chevalets, au couteau.
Il compose des morceaux à partir de réminiscences de jeunesse: Ma Polka, Ma Scottisch, Ma Valse, Ma Mazurka. Il arrange un vieil air pour nous laisser « Le pas des patineurs »...

Il nous quittera, entouré de l'affection des siens, et de l'admiration de tous ses amis folkloristes, le 11 Octobre 1963. Et il est retourné dans son Morvan au milieu de ses amis, dans le petit cimetière de Château-Chinon près de sa maison.
Sa fille maintenant en retraite à Daix, nous a communiqué toutes les recherches de son père et nous avons pu ainsi poursuivre sa tâche. La « Vieille » a même participé à notre émission Les musiciens du soir en Juin I974. Que Madame Hervé sache que tous les Enfants du Morvan apprécient le travail effectué par Léon Jacob et qu'ils sauront conserver son souvenir.
Robert MONIN - Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 28 - Janvier / Février 1978

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Philibert Bourdiau

Il est né le 28 novembre 1879 dans la région d'Autun, très précisément à Etang Sur Arroux, où la famille Bourdiau était installée depuis très longtemps.
Dès l'âge de 14 ans le jeune Philibert s'intéresse à la vielle. A l'époque il y a plusieurs vielleux dans chaque village, dans chaque hameau sans compter les cornemuseux ou autres violoneux. Et puis son père ne joue-t-il pas lui-même de la vielle ! Et son oncle n'est-il pas un de ces vielleux qui animent chaque fête ou réunion du vieux Morvan ? Dans la famille Bourdiau, bon sang ne saurait mentir et nous verrons qu'en 1977 il en est toujours de même.
Le tout jeune vielleux apprend seul, en cachette. Le plus souvent il se réfugie dans les bois qui entourent la ferme paternelle. Monsieur Bourdiau père ne plaisante pas sur la question du travail et bien que vielleux, il craint que la passion naissante de son jeune fils nuise à ce travail exigeant de la ferme. La vie est si dure en Morvan. Profitant du moindre répit, du plus petit temps libre, notre jeune musicien, bercé depuis l'enfance des vieilles ritournelles mille fois entendues aux veillées d'hiver, apprend très vite. Il a "de l'oreille" et vite, très vite acquiert un coup de poignet incomparable.
Un beau jour, son père est obligé de se reconnaître en son fils et de constater ces dispositions merveilleuses. Désormais, c'est en toute liberté qu'il pourra se consacrer à sa vielle. Longtemps il jouera pour lui, pour son bonheur, puis pour faire plaisir autour de lui. Les bois d'Antully l'entendront ainsi jouer jusqu'au régiment.
Et c'est ainsi qu'il jouera jusqu'à la veille de sa mort à 85 ans, en 1965 réussissant à maintenir autour de lui une tradition qu'il défend avec amour et passion.
Il avait à sa disposition la vielle héritée de son père, vielle qu'on se transmettait de génération en génération. Mais il en possédait maintenant deux autres. Deux « Pajot » comme celle de son père datant de 1878. Pour chaque sortie il se livrait à la même cérémonie. Une soigneuse inspection de chaque instrument précédait le choix définitif. Chacune avait un surnom. Il y avait particulièrement « La Douairière » qu'il maniait avec infiniment de respect. Il lui arrivait cependant de n'être pas satisfait de l'une ou l'autre, lorsqu'elle se montrait par trop récalcitrante sur un accord. Il s'ingéniait à les sortir à tour de rôle pour, semblait-il, ne pas créer de jalousie entre elles. C'est dire que ses vielles avaient une âme pour lui.
Il aimait tous les airs de son enfance, tous les morceaux de son vaste répertoire. Il préférait cependant certaines complaintes qu'il jouait avec beaucoup de sensibilité. Quand il jouait un morceau, il était tout à sa musique.
En 1959, sollicité par des personnalités, il accepte de faire profiter de son expérience des jeunes d'Autun et préside au lancement du groupe des Morvandiaux d'Autun. A 80 ans il n'épargnera pas sa peine. Les jeunes l'aiment beaucoup. Pour eux c'est "Le grand-père". Deux groupes sont ainsi formés qui profitent largement de son enseignement et de ses riches souvenirs : les jeunes enfants et les adultes vont ainsi répéter et se produire avec lui jusqu'en 1963. Son aide est désintéressée - est-il utile de le dire - autant que précieuse. Qui à Autun, aurait pu faire cet énorme travail de transmission des traditions autre que lui ! Sans lui, combien d'airs et de ritournelles auraient disparu ?
Tout en lui n'était que bonté et loyauté. Il faisait bon vivre auprès de lui et si malheureusement, il faut se quitter un jour, le souvenir, malgré les années, reste profondément vivace pour les siens et dans tout l'autunois.
Madame Orphelin-Bourdiau, sa fille, l'accompagna tout au cours de ses dernières années car elle avait hérité la passion de famille pour la vielle. Elle dirige maintenant un groupe de jeunes enfants à Decize et continue ainsi l'oeuvre de son père. Nous la remercions particulièrement de son aide qui nous a permis de faire revivre le souvenir d'un grand musicien du Morvan.
Philibert Bourdiau - 28 novembre 1879 / 9 mars 1965
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 25 - Mai / Juin 1977

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Claude Godard

Claude Godard : dit « Le vielleux de la Grande-Montée »
Claude Godard

Né à Antully, sur le plateau, aux Plaines de la Ruée, il s'était marié et installé à Curgy dans l'Autunois et une carte postale des Ets Combier le représente monté sur une table de café, assis sur une chaise, comme les musiciens de l'époque avaient coutume de le faire.

Comme tant d'autres musiciens de l'époque il avait appris en cachette de son père, à tenir une vielle, à rôder son coup de poignet. C'est que devenir musicien : vielleux ou cornemuseux, n'était pas jugé très recommandable. Relisez « Les Maîtres sonneurs » de Georges Sand. Les cornemuseux étaient souvent considérés comme gens peu fréquentables, détenant des « pouvoirs », pour ne pas dire suppôt du diable pour nombre de campagnards. N'oublions pas que le héros des Maîtres Sonneurs, cornemuseux de son état, vint mourir en Morvan sous les coups de ses collègues morvandiaux. On aimait les musiciens certes, mais on les redoutait en cette fin de XIXème siècle. Et lorsqu'un enfant, un adolescent empoignait une vielle ou une cornemuse bien des parents manifestaient leur opposition.

Et c'est ainsi que le jeune Claude Godard, se sauvait par la fenêtre, le soir, lorsque la famille était couchée. Il avait une vielle cachée on ne sait où, pas plus qu'on ne connaît l'origine de cet instrument.

Très taciturne, il ne s'exprimait qu'avec son instrument. En dehors de son travail, il tenait avec sa femme Jeanne Godard, un petit café au milieu de la « Grande-Montée » sur le chemin de Nolay à Autun. Là, chaque dimanche, il montait sur sa table et jouait jusqu'au soir pour les jeunes gens des alentours. Jamais il ne quittait ce chapeau qu'on lui voit sur la photo Combier prise en début de siècle.

Sa seule fantaisie connue fut de surnommer sa vielle « Titine ». Mais on venait le demander de très loin pour « mener » une noce car malgré son caractère peu liant, il n'y en avait pas deux comme lui pour le faire. Il fallait le voir animer le bal, soulever jeunes et vieux de leurs bancs par la musique qu'il tirait de sa « Titine » toute enrubannée. Il excellait particulièrement dans la Sicilienne, la Polka piquée, la Gigue, et surtout le Quadrille. Nous avons retrouvé des gens qui l'ont connu (la mère de Mme MONIN est la nièce de Claude Godard) et qui racontent comment Claude Godard exécutant son quadrille, entraînant tout le monde, jeunes et moins jeunes. On le lui faisait recommencer plusieurs fois de suite.
Et c'est ainsi que Claude Godard jouait encore de la vielle jusqu'à sa mort, à la veille de la guerre 1939-45.
Robert Monin - Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 26 - Septembre / Octobre 1977

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Henri Goguelat

Pour la première fois dans notre « Portrait d'un musicien du Morvan », nous avons un « Parisien » qui, suivant la coutume a dû quitter très jeune son pays pour descendre gagner sa vie à la ville. Nous connaissons bien le problème pour avoir dû nous aussi, les dijonnais, quitter notre petite patrie.
Certains, restés au pays, font la fine bouche avec les exilés. Mais nous les originaires, nous savons que nous mettons tout notre cour à défendre cette terre natale ou celle de nos parents. Et M. Goguelat est un de ceux là.

A 12 ans comme tous les gamins du Morvan il fallait partir au travail chez un fermier, parfois sans passer le certificat. Et à la ferme, le travail était dur, pour le gamin de 12 ans. Il fallait pourtant penser à la détente et il s'acheta vite un accordéon de cent sous. Cent sous, une thune, 5 francs de la Belle Epoque ! Cela représentait beaucoup de journées et de mois de travail à la ferme.
Mais à I7 ans il faut partir pour Paris car l'ouvrage manque en Morvan. Après quelques métiers divers ; il devient cocher de fiacre et avec le progrès chauffeur de taxi. Un de ses meilleurs souvenirs sera d'avoir conduit le Prince de Galles dans Paris.
Et la musique ??? Eh bien il l'a abandonnée à son arrivée à Paris quand il entendit les orchestres parisiens. C'est qu'à l'époque on cachait plutôt ses origines provinciales par peur d'être en but aux moqueries.

Henri Goguelat

C'est seulement vers 40 ans qu'il se met à jouer de la vielle. Il a rencontré des morvandiaux, fait partie d'une société d'originaires et bien sûr, là, le ridicule ne joue plus. Le pays et ses traditions sont au contraire remises à l'honneur. Et c'est avec Jean-Marie Guillier un célèbre cornemuseux, un « crac » selon M.Goguelat, qu'il va jouer en public pour la première fois. Une extraordinaire carrière l'attend alors et il cite entre autres : les fêtes des sociétés Paris-Morvan, La Morvandelle, Nivernais-Morvan, Berrichonne, Croquants du Périgord. J-M. Guillier disparu, il joue avec les Frères Clément, Maurice et Henri au diatonique, le Père Clément de la polka à Clément, avec Lucas, celui de la mazurka à Lucas, avec Roger Gauthey et enfin Roger Berthier l'actuel accordéoniste de la Bourrée Morvandelle de Paris.
Avec l'un ou l'autre de ces musiciens, il s'illustre dans le Festival des Provinces Françaises de 1946 aux Jardin du Luxembourg pendant 3 jours, par deux fois sur la scène de l'Opéra, au Lutétia, au Continental, à la Maison de la Chimie.

Il illustre à des milliers d'exemplaires le fameux calendrier des P.T.T. 1951. Un de ses plus curieux souvenirs est une noce de cul de jattes chez « Convert » à Nogent sur Marne où l'on est arrivé à danser la bourrée.

Et puis, et puis il est revenu de la capitale vivre une retraite heureuse à Boutenot, hameau de Planchez près de ses vieux copains, les Frères Clément que nous voudrions présenter dans ce journal. Dès qu'on a besoin de lui, comme par exemple pour « Musiciens du soir », en 1974, il est là avec sa vielle. Il joue souvent à Panecières, Les Settons, au Chalet du Montal, à Planchez.
Il a composé de remarquables morceaux : Mon bel ami, Hortense.
Il est né il ya 85 ans, depuis le 24 octobre, en 1892, dans le pays de la fameuse bourrée, Ouroux-En-Morvan...

...Avec toute notre respectueuse admiration.
Les Enfants du Morvan
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 27 - Novembre / Décembre 1977

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Marc Chevrier

Marc Chevrier est né dans la Nièvre, à Dommartin, le 27 janvier 1923, dans la maison familiale, au lieu dit "La Croix Feuillée". Les familles paternelle et maternelle ont leurs racines ancrées à Dommartin et à Saint-Péreuse, bien implantées sur le granit morvandiau. La famille Chevrier n'a guère bougé depuis plus de deux siècles.
Du côté paternel, les grands-parents Chevrier-Malcoiffe tiennent une auberge. Emile, le père de Marc, fonde en 1911 un commerce de vins. La famille maternelle est originaire de Saint-Péreuse, à 4 km de Dommartin, et les grands-parents Benoît sont agriculteurs sur un domaine d'une vingtaine d'hectares.

...Il a fait ses débuts à la vielle pendant la guerre en 1942-1943. Son père Emile était souvent demandé dans les mariages pour chanter, comme c'était la coutume quand on ne pouvait pas avoir les services d'un musicien. Il n'y avait pas de tradition musicale instrumentale dans la famille.
En 1942, Jean, son frère cadet, commence à jouer de la vielle , débuts difficiles et ô combien ingrats sur cet instrument... Marc, qui joue déjà du violon, décide d'essayer et se prend au jeu. Il prend alors des conseils auprès de l'instituteur de Dommartin, François Lancery.
Mais, comme le dit François Lancery dans un collectage enregistré, l'élève a rapidement dépassé le maître et Marc affirme vite son style et sa cadence en animant veillées, bals et mariages pour les amis et les connaissances dans la commune de Dommartin et dans les villages alentour.
Monté à Paris fin 1945 pour suivre des études de droit, et entrer dans la vie professionnelle, le mal du pays le pousse à retrouver d'autres originaires. Il entre à la Morvandelle en 1947, et c'est l'occasion de rencontrer d'autres musiciens : musiciens du Morvan, Henri et Maurice Clément (le père et le fils), Roger Berthier, le Père Goguelat, Louis Laveille, la famille Mazoyer et aussi musiciens d'autres régions (Berry, Auvergne,...). Marc joue donc avec Henri Clément, dont il disait que c'est avec lui qu'il a "chopé la cadence", et ce coup de poignet si caractéristique.
L'amitié s'installe, et avec Maurice Clément, fils d'Henri, accordéoniste aux solides bases musicales, il va commencer à noter un certain nombre de partitions et rassembler le répertoire de la région de Château-Chinon, Planchez, Villapourçon. Ils font du "collectage" avant l'heure, recueillant le répertoire d'Henri Clément, ainsi que celui de Louis Jules à Château-Chinon et de Roger Berthier de Villapourçon. Marc Chevrier s'est constitué plusieurs recueils de partitions manuscrites au fil des années, classant ces partitions par région et par type de danse. Pour lui, ce patrimoine musical est un bien commun à tous ceux qui s'y intéressent, et il diffuse largement des copies de ses cahiers. On en trouve toujours des exemplaires chez les uns ou chez les autres, encore utilisés.

Dans les années 50-60, les banquets d'originaires et les bals traditionnels montent en puissance à Paris. Marc Chevrier joue souvent dans ces bals qui sont l'occasion de retrouver des personnes de toutes les régions du Centre, à la Mutualité et à la mairie du VIème entre autres. C'est à cette époque qu'il fera notamment connaissance avec Maurice Foulatier et ses frères, musiciens de la région de Châteauroux. Il découvre un autre style de jeu de vielle et il voit et entend de fameux vielleux : Gaston Guillemain, Gaston Rivière, André Dubois, Jean Roux, Hubert Foulatier... et a l'occasion de jouer avec eux. Sa puissance de jeu de vielle (il était un "sonneur" au plein sens du terme) et sa capacité à rassembler en ont fait un meneur de bal.

Marc Chevrier

Eté 1962, inauguration du Chalet du Montal à Dun-les-Places, au bord de la Cure.
De gauche à droite, assis : Henri Clément, Maurice Foulatier, Marc Chevrier, Maurice Clément.
Debout : le frère d'Auguste Dizien, Guy Bonin, Joseph Bruley,
Monsieur Emery (maire de Dun-les Places), Auguste Dizien.
Malgré ou peut-être à cause de tous ces contacts avec des Berrichons, Bourbonnais et Auvergnats, il reste fidèle à son jeu caractéristique et surtout à l'accord en sol/do, cher à son cour. En effet, devant la brillante suprématie des vielleux bourbonnais et berrichons, beaucoup de vielleux adoptent à l'époque l'accord en ré, caractéristique de ces régions au détriment de l'accord traditionnel en sol/do que l'on trouve ailleurs. On doit en grande partie à Marc Chevrier la persistance de cet accord aujourd'hui. Il marquera une exception de taille à cette règle d'accord auquel il tenait.
Début des années 70, très pris par sa profession, Marc Chevrier ralentit ses activités musicales dans le monde traditionnel, ne jouant qu'à l'occasion de rencontres amicales. Il ne résiste pas au plaisir de jouer les bals des fêtes de La Fiole, ancêtre de la Fête de la Vielle peut-être, avec entre autres, Henri Clément et Maurice Foulatier.

Beaucoup de musiciens souhaitent le rencontrer : il ne refuse jamais de passer un après-midi avec qui le lui demande lors de ses passages à Dommartin. C'est ainsi que, par exemple, Alain Vieillard, Patrick Godard, Rémi Guillaumeau, Louis Jouvet, entre autres, ont eu l'occasion de passer un bon moment avec lui. J'ai retrouvé une lettre de Philippe Berte-Langereau qui lui demande conseil pour l'achat d'une vielle, un petit mot de Pierre Joachim le remerciant de ses conseils pour les paroles et la musique de sa composition. Marc attache une grande importance à la transmission d'un savoir-jouer de l'instrument. Mais pour autant, il n'a pas une vision passéiste de la musique traditionnelle et l'approche différente que peuvent en avoir certains l'intéresse. Il organise, dans le cadre de l'amicale des vielleux cornemuseux du Centre, des réunions pour les membres parisiens de l'association, qui apprennent un répertoire commun et trouvent ainsi l'occasion de jouer ensemble avec les conseils des musiciens plus chevronnés que sont Marc Chevrier et Maurice Foulatier.

Pour Marc Chevrier, jouer de la vielle était une forme d'expression de toute une tradition et d'un patrimoine musical régional. C'était également une manière de vivre, d'exprimer ses sentiments, d'aller vers l'autre, de partager des moments de vie et d'émotion. C'était la magie de se retrouver, le temps d'une bourrée ou d'une valse, dans un beau paysage du Morvan.
Les annales des pays nivernais (N° 143) - Marc Chevrier (27/01/1923-04/01/1980) - Le vielleux du Morvan par Michèle Chevrier-Reuge

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Portraits de quelques violoneux

Marie Renault

La Famille Renault, famille de Musiciens :

Le Père Renault était né à Conforgien, hameau de Saint-Martin-de-la-Mer près de Saulieu. Et il mourut à 70 ans en 1913, à Marnay, sur la commune d'Alligny en Morvan.
Claude Renault eut donc 7 enfants, 6 fils et une fille Elisa.
Adolphe, Jules, Jean-Marie, Louis, Antonin, Eugène, comme leur père, s'intéressèrent à la musique traditionnelle, sauf Antonin.
Claude Renault (joueur de violon) était connu de toute la région car il jouait sur tous les bals. Adolphe, Jules, Eugène et Jean-Marie suivant leur père, choisirent le violon mais Louis préféra l'accordéon diatonique.

Mais ce fut surtout Jean-Marie qu'on appelait simplement Marie, qui s'illustra dans la région. Marie Renault naquit à Pierre-Ecrite en mai 1882. Avant la grande guerre, il travailla dans la culture puis comme tant d'autres jeunes morvandiaux de son âge, dut un jour partir pour Paris. Là il devint cocher d'un avocat parisien.
Il dut connaître là nombre de musiciens morvandiaux car il joua dans de nombreuses fêtes, bals et noces de Paris. La guerre terminée il voulut retrouver le Morvan natal et il acheta l'Hôtel du Lion d'Or à Saulieu. C'était alors un relais très important sur la route de Paris.
Et c'est là qu'il reprit bien souvent son violon et fit danser ses clients de son café-restaurant. Bien sûr il jouait de routine comme tant d'autres musiciens d'oreille du Morvan. Mais il ne se contentait pas de jouer, il chantait en s'accompagnant de l'archet.

Vers les années 1950, avec un ami Charles Gauthier Huissier, qui animait le Groupe Artistique, il apprit les danses morvandelles de son enfance aux jeunes de Saulieu. Aidé en cela par son frère Louis qui lâchant l'accordéon montrait les pas tant de fois vus dans leur enfance à tous deux. Et c'est ainsi qu'une section folklorique vint s'adjoindre au Groupe Artistique bien plus ancien. On leur doit par exemple une danse très caractéristique de la région de Saulieu : « La Patinée de Saulieu ».

Décédé en Octobre 1964, à Saulieu, de nombreux musiciens parlent encore souvent de Marie Renault et de la famille Renault.

Renseignements recueillis par Gérard Chaventon du Groupe des « Jeunes Morvandiaux » de Saulieu, héritiers directs de Marie Renault, auprès de Louis Renault âgé de 94 ans ancien facteur de Saulieu et de Monsieur Brulard gendre de Marie Renault.
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 34 - Mars / Avril 1979

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Jean-Marie Jarillot

Jean-Marie Jarillot est né à Viévy, commune d'Arnay-le-Duc en 1907. Il habite ensuite à Dracy-Chalas, hameau de la même commune où son père était sabotier.
Un violoneux de Villeneuve, commune de Voudenay, Jean-Marie Degain, venait "jouer les noces", marchant bien sûr devant les mariés. Le jeune Jean-Marie, comme tous les gamins, courait le long du cortège pour entendre la musique, le violon qui le prenaient tout entier. Le soir, il prenait un bâton et le frottant sur son bras en guise d'archet il fredonnait les airs qu'il avait entendus. Cela devenait, selon lui, une véritable obsession.
Son père lui dit un jour : "Puisque tu veux jouer du violon, va donc voir ta tante à Vitteaux, elle en possède un et peut-être qu'elle voudra bien te le confier !"

Jean-Marie Jarillot
Après bien des discussions et des hésitations, la tante fit cadeau du violon au neveu ravi. Maintenant il fallait mettre des cordes et surtout. apprendre à jouer.

Or à Magnien près d'Arnay, habitait un très bon violoneux, Jean-Marie Gaudry surnommé Toby. Le gamin décida donc d'aller le voir et de lui demander d'y placer des cordes. Mais le maître ne voulut pas commencer l'apprentissage. Il n'avait, parait-il, pas la patience nécessaire. Jean-Marie se contenta d'observer le jeu des violoneux et peu à peu il se mit à jouer.
Lors d'une rencontre le Toby lui avoua qu'il n'aimait pas montrer ce qu'il savait faire par manque de patience certes, mais aussi par jalousie. Ce qui ne l'empêcha pas de faire de grands compliments à notre débutant. Ils devinrent de bons amis et ils jouèrent très souvent ensemble par la suite.

Jean-Marie Jarillot fit ainsi de nombreuses noces et beaucoup de bals. Parti à Paris à l'âge de 25 ans, il devint chauffeur de bus. Madame Jarillot est originaire de Villiers en Morvan. Venu le temps de la retraite ils vécurent à Brazay en Morvan pendant une douzaine d'années. C'est là qu'en 1969 il joua pour la noce du Gérard de Sauyeu. Il méritait bien que je lui consacre ces quelques lignes.

Il a un répertoire très conséquent et de ce fait très précieux pour nous. Son jeu est très sûr, enlevé, agréable, très cadencé et très dansant. Je souhaite que les jeunes violoneux morvandiaux profitent bien de ces conseils.
...Il a été enregistré par la Pouélée en 1977 et on peut l'entendre jouer "La marche de Degain" et une scottisch sur le volume 2 de "Chanteurs et musiciens de villages" et la polka de l'Henri Charlot sur le volume 3.
Le Gérard de Sauyeu (Gérard Chaventon)
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 43 - Janvier / Février 1981

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Portrait d'un cornemuseux

Paul Lavault

Paul Lavault
Mémoire Paul Lavault
MAÎTRE SONNEUR DE VIELLE ET DE CORNEMUSE
par Jean Bouquette et Marcel Moutet

Vents du Morvan N° 25 - Avril 2007

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Portrait de quelques acordéoneux

Fernand Loriot

Son vrai prénom n'était pas Fernand mais Albert. Il était fréquent alors que la voix populaire vous donne un prénom différent de celui du baptême.
Donc Fernand Loriot, car il n'était connu que sous ce nom, est né au début de ce siècle, en 1901, à Dun Les Places au coeur du Morvan.

Sa mère, suivant l'usage si fréquent en Morvan, allait se placer à la ville comme nourrice. Et c'est ainsi qu'un jour, alors qu'elle revenait d'un placement en Belgique, sa maman lui rapporta un accordéon diatonique à dix notes soit 6 touches et 4 basses. Un jouet avec lequel Fernand allait apprendre à jouer dès l'âge de six ans.

Accordéon Dedenis

Les années passèrent. Le jouet ne suffisait plus à notre musicien en herbe. A côté de chez lui habitait et travaillait un sabotier. Et le fils de cet artisan, sûrement moins doué que Fernand, possédait un magnifique diatonique Dedenis. Ah comme il en avait envie de cet accordéon ! Il fallait trente francs à notre jeune Fernand ! C'était beaucoup pour l'époque. Mais, enfin, il put l'acheter et commencer à jouer vraiment.

Pendant la guerre de 1914-1918, encore bien jeune, il se mit à jouer à l'Hôtel du Morvan de Dun les Places. Après la guerre les bals reprenant, le jeune homme prit l'habitude de faire danser tous les jeunes des alentours. Il jouait en compagnie d'un vieux violoneux, le Père Caumont, qui s'il refusait de « faire les bals » était de chaque noce pour la conduite de la mariée et le bal qui suivait il y avait encore, avec le Fernand, un joueur de vielle du Morvan monté à Paris, mais qui venait en vacances au pays. C'était le Gueniffet. Heureux temps où l'on oubliait par tous les moyens les horreurs de 14-18.

Les années heureuses continuent pour le Fernand et en I926, il se marie et abandonne Dun Les Places pour Précy-Sous-Thil. Il s'installe là, dans un hôtel-restaurant où il vivra pendant 51 ans et qu'il ne quittera que pour une heureuse retraite en 1977.
En 1928 on le connait comme musicien et il va faire partie de la fanfare de Précy. Et lui le musicien d'instinct va apprendre la musique à 27 ans. Il se met au solfège et jouera du baryton. Mais quand il reprend l'accordéon les vieux airs sont toujours là. Comme tous ceux qui jouent de routine il a une oreille très fine et très fidèle. Il sait reproduire aussitôt un air qu'il entend. Il apprend un morceau nouveau au baryton et puis le joue de routine au diatonique.
Combien de fois, dans son hôtel de Précy lui demande-t-on de prendre son accordéon ? Il est de tous les banquets et de toutes les noces. Et son répertoire est très important dans le folklore ou le moderne.

Actuellement, il joue encore à l'occasion des fêtes du troisième âge. Il utilise maintenant un accordéon Hohner des années 1940. Il a bien voulu nous faire bénéficier de toute son expérience de vieux musicien authentique du Morvan en enregistrant deux airs pour le quatrième disque de Lai Pouelée. Et après lui nous jouerons encore longtemps sa « Patinée » et son branle des vieux dans une version différente de celle que nous connaissions.

Tous nos remerciements à Gérard Chaventon des « Jeunes Morvandiaux de Saulieu » qui a recueilli tous ces renseignements auprès de Fernand Loriot.
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 35 - Mai / Juin 1979

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Pierre Mâchin

Le Père Mâchin

Il était le lien avec notre passé. Symbole parfait du morvandiau du début de ce siècle, par son parler, son comportement, ses réflexions. Il sut par sa disponibilité, son enthousiasme, transmettre tout ce que sa mémoire avait enregistré, musiques, chants, coutumes, histoires et événements vécus à sa façon.
Les Enfants du Morvan lui doivent beaucoup et personnellement je lui suis redevable d'une bonne partie de ma passion pour le folklore.

Il naît en I907 dans une famille de mineurs, très pauvre, à Saint-Pantaléon, village proche d'Autun. Dès 12 ans, sans certificat d'études comme tant d'autres à cette époque, il travaille « au jour» à la mine puis, plus tard, au fond. Mais, un oncle paternel veille sur lui. C'est un musicien qui depuis son adolescence anime mariages et bals de village de la région, d'Etang à Toulon sur Arroux et la Grande Verrière où il emmène souvent le jeune Pierre qui mémorise tous les vieux airs morvandiaux mais aussi les danses nouvelles.
Et puis il n'a qu'à tendre l'oreille. Sa mère lui fredonne souvent, la Valse du Perroquet ou la Polka Cas-cadet. Un vieux mineur de Poil qui « se pique » à chaque descente sur le Champ de Mars d'Autun, braille interminablement « L'Cani d'la Bassie » - le canard dans l'évier - Tout lui est bon. Il fréquente avec l'oncle, les « pont d'arroutins », braconniers accoutumés à écumer l'Arroux et lui apprennent les aventures du Jacques au Luti, qui s'est fait prendre avec des nasses au Pont des Séquets de la chanson, près de Laisy. Lorsque l'oncle disparaît, la tante lui confie l'accordéon DeDenis que Pierre nous léguera avant de quitter le groupe.
C'est alors que vers I8 ans il « joue » à son tour noces et bals montés. Avec émotion il évoque son arrivée au village à pied ou en vélo. Ainsi à Curgy il se souvient d'une entrée mémorable, accordéon en mains et tous les jeunes derrière lui, jusqu'au café Moulin, où l'on payait à la danse coupée par moitié. Le garde champêtre tendait alors la corde pour libérer le parquet et faire payer la danse suivante.

Mais comme tant de jeunes morvandiaux il désirait quitter la mine pour un emploi plus stable d'autant qu'il s'était marié. Entré « au P. L. M », le mineur devient chauffeur sur les locomotives. Ainsi, lui qui voulait tant quitter le charbon doit, presque toute sa carrière, assurer la chauffe de sa machine derrière le mécanicien. Le plus rude des métiers de cheminot répétait-il souvent ! Après un court séjour en Morvan où il continue à jouer du diatonique pour les fêtes, Il connaît successivement Ambérieu, St Gervais, Lyon, Nevers puis Dijon où il vivra dans sa maison de Chenôve. Ses plus beaux souvenirs seront ses passages à Vallorcine ou au Fayet où on l'attend régulièrement pour faire danser au son de danses savoyardes mais aussi de bourrées de son Morvan.
Or, dès 1946 il se retrouve aux côtés d'un autre accordéoniste, Gonin et de Roger Saynac pour créer le groupe Valentin des Enfants du Morvan, qu'il quittera seulement quelques mois avant sa mort. Il participe avec le vielleux Roger Gauthey aux rares sorties et arbres de Noël mais à partir de 1966 et avec le renouveau, de notre ensemble, il sera de toutes les émissions télévisées et prestations importantes. Ainsi à Etang sur Arroux pour la sortie de l'enregistrement télévisé de « Noce en Morvan », après plusieurs rappels des spectateurs, il sera si heureux qu'en sortant de scène, il plongera dans le vide des coulisses, se brisant une côte. Et surtout ne rien dire à Madame Mâchin !

Retraité il ne vit que pour sa musique, enregistrée dans sa cave sur un petit magnétophone à bande car, chez lui, il énerve son épouse, ne sachant jamais poser son instrument. Dès qu'il retrouve un air il m'appelle ou arrive a la maison. Le bus Chenôve-Varennes est direct mais il s'arrête au Drapeau pour faire le plein de litres de vin a Intermarché, toujours sans rien dire à Mme Mâchin. Tout un après-midi,- et j'avoue qu'il y en eut de très longs - passé à écouter histoires en patois et musiques, toujours aussi enthousiaste il se revoit jouant la Valse des Mâles Lapins, imitant leur piétinement, la Polka du Balai, la Mazurka de la Fiole et tant d'autres, tentant de me communiquer son amour du folklore. Il a même composé une très entraînante Valse du Morvan ou la Huchonnette avec Roger Gauthey.


Valse des montagnes du Morvan
Interprétée par Le Père Mâchin
Disque "Danses et chants traditionnels du Morvan" - 1975

Après avoir tant chauffé ses monstres depuis les tenders, la S.N.C.F reconnaît enfin le mérite de son cheminot distingué par amélioration apportées, au fonctionnement de sa loco. Ainsi peut-il passer ses dernières années aux Ateliers de Perrigny. Et c'est là qu'il perfectionne la plus originale des batteries avec une pédale reliée à son pied par une courroie. Lorsqu'il sort son instrument, il fixe une sorte de clochette sur le couvercle de la caisse et installe la pédale. A chaque mouvement du pied, la pédale soulève une tige qui vient frapper la clochette et donc scander la mesure au grand plaisir des danseurs. Hélas, si Mme Mâchin fidèle à une recommandation formelle du Père Mâchin, on l'appelle ainsi depuis longtemps, nous donne son dernier accordéon, elle ne peut retrouver ces accessoires qui lui assure une certaine popularité.

Vidéos contenues dans "Répertoire d'un joueur d'accordéon à Chenôve" - N° inventaire Mpo : 1263-05 - Enquêteurs : Gérard Chaventon, Pierre Faure - Informateur : Pierre Machin


Valse du mâle lapin
Interprétée par Le Père Mâchin
Disque "Danses et chants traditionnels du Morvan" - 1975

Et dire, qu'un soir d'Estivade, le présentateur d'un ensemble dijonnais, annonça qu'on allait danser « La Polka du Père Machin comme un machin, appelée ainsi parce que son compositeur était inconnu ». Ceux qui me connaissent savent combien j'en pus en être... offensé ! ! !. En réalité Pierre Mâchin ignorait qu'il jouait la Polka de Savault. Mais désormais elle passera à la postérité sous son nom.

Et surtout en prononçant son nom placez trois ^^^ sur le a.
Robert Monin - Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 24 - Mars / Avril 1977

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Henri Clément

Il est né à Boutenot, un hameau de Planchez, le 24 Avril 1902 au coeur du Morvan. En ce début de siècle les musiciens des villages sont très nombreux et dès leur plus jeune âge, les enfants ont l'occasion d'entendre les vielles, cornemuses, et les accordéons diatoniques qui se répandent dans les campagnes.

Et c'est ainsi que vers l'âge de 8 ans, sa grand-mère lui fait cadeau d'un accordéon jouet ramené de la ville, accordéon sur lequel il va jouer les airs si souvent entendus. Il a une excellente oreille et il pourra jouer dans les noces bien avant de partir pour le régiment. Il aura réussi à trouver un instrument. C'est qu'en 1914 son père est parti pour le front. Il a 16 ans. Un voisin possède un accordéon diatonique Dedenis qui coutait 28 francs (une somme en 1914). Il prête l'instrument à Henri qui va l'user en jouant surtout pour les permissionnaires. Il va d'ailleurs user un second instrument, l'accordéon de l'Octave Renault, un musicien d'Ouroux en Morvan.

En 1916, il trouve un vieux violon sans chevalet, sans archet. Mais qu'importe. Il répare, rafistole et se met à gratter les cordes. En peu de temps il sort la Polka Piquée et comme cet instrument lui plaît beaucoup il progresse à pas de géant. C'est le violoneux de toute la région qu'on demande un peu partout. C'est qu'en 1918 les noces sont nombreuses malgré les vides creusés dans les rangs des soldats morvandiaux particulièrement éprouvés par les grandes batailles. Vingt deux noces en 2 ans seulement autour de Planchez - Ouroux !!! Il faut le voir conduire le cortège de la mairie à l'église au son du violon. Et puis après le repas c'est le bal où, juché sur une table, il empoigne son accordéon.

En 1922 on le retrouve sous l'uniforme ; en soldat d'occupation de l'Allemagne qui renaît de ses cendres. Il se procure un accordéon Honher et il joue maintenant sur deux rangs. Il anime les bals de l'armée où il est remarquablement apprécié. Et puis il revient à Boutenot pour s'y marier en 1924.

Henri Clément

Mais le Morvan ne le nourrira pas. Il faut penser à s'expatrier vers la capitale où il arrive le 1er Mars 1925. Pendant quarante années il va travailler dans la même maison de tissus. Il a emporté ses instruments et les premiers groupes folkloriques de la capitale font très souvent appel à ses services. Il paraît dans le groupe Paris-Morvan qui deviendra Nivernais-Morvan, la Bourrée Morvandelle, les groupes berrichons et auvergnats car il assimile tout avec une étonnante facilité. Il joue notamment avec Gaston Rivière et Marcel Foulatier.

L'heure de la retraite sonne en 1964 et le 1er aout, il regagne son Morvan natal. Il organise les grandes Fêtes Morvandelles de la Fiole-Boutenot de 1964 à 1970 avec Octave Renault où l'on peut admirer la reconstitution de scènes de battoir, de noces de l'ancien temps, la démonstration de vieux métiers artisanaux du Morvan. Et il continue à jouer pour son plaisir et le plaisir de nombreux spectateurs avec le remarquable groupe des Montagnes Noires d'Ouroux. Et c'est ainsi qu'il a participé à la Fête du 75ème anniversaire de l'Appui Fraternel des Enfants du Morvan le 24 Mai 1974 à Dijon.

Il a conservé son violon, son accordéon mais il joue aussi de la vielle. Son accordéon actuel a été fabriqué par un artisan italien, Pierre Maria installé Rue de Charonne à Paris. Il date de 1945.

Pendant 40 ans il a joué avec son voisin et ami Henri Goguelat qui nous a fait le grand honneur de nous raconter sa vie dans un récent numéro de ce bulletin. Mais surtout c'est le Clément de la Polka à Clément que nous allons jouer cette année encore à l'étranger : à Berlin, en Suisse pour les deux festivals auxquels nous participerons. Sa polka figure sur un disque de la Bourrée Morvandelle de Paris. Il nous a transmis de nombreux airs du Morvan qu'il a arrangés avec son ami Goguelat.

Souvenirs recueillis par notre ami Gérard Chaventons des Jeunes Morvandiaux de Saulieu que nous remercions bien vivement.
Bulletin de liaison entre les membres du groupe folklorique des "Enfants du Morvan" - N° 30 - Mai / Juin 1978 - Henri Clément (1902 - 1984)


    En 1924, il se marie à Planchez et "monte" à Paris comme beaucoup de Morvandiaux pour trouver du travail. Il entre dans une maison de textiles qu'il quitte à la retraite pour son retour en Morvan en 1964. Durant ces 40 années "parisiennes", il a une activité musicale importante : des bals, des concerts, des banquets dans les salles des fêtes des mairies parisiennes pour les sociétaires des différentes régions du centre, Paris-Morvan, La Morvandelle, Nivernais Morvan, les amicales du Berry, d'Auvergne, les groupes folkloriques. Il participe aux spectacles de Maryse Martin et de Georges Blanchard. Il joue avec différents partenaires, Henri Goguelat, Louis Laveille, Maurice son fils, Roger Berthier, Michel Salesse, Marc Chevrier, Maurice Foulatier.

    L'amitié entre les familles Chevrier et Clément est grande. Après 1964, nous ne manquons jamais d'aller voir en famille, Henri Clément et Madame Clément à Boutenot pendant les vacances passées à Dommartin. Madame Clément nous préparait de délicieux "quatre heures", avec un "quatre-quart" qu'elle faisait spécialement pour moi, elle savait que j'adorais son gâteau... Je me rappelle avec émotion des formidables moments musicaux qui se partageaient entre les trois musiciens : Henri, Maurice et Marc...
    Les annales des pays nivernais (N° 143) - Marc Chevrier (27/01/1923-04/01/1980) - Le vielleux du Morvan par Michèle Chevrier-Reuge

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Sources

Page réalisée sur la base des documents :
A travers le Morvand - Edmond Bogros - 1873
Folklore du Nivernais et du Morvan - Jean Drouillet - 1962
Statistique de la commune de Fretoy - Jean Simon - 1883
La cornemuse en Morvan - Lai Pouèlée - 1984
Bulletins de liaison des membres du groupe « Les Enfants du Morvan »
Les ménestriers du Morvan - Alain Vieillard - Bulletin N° 42 - 43 de l'Académie du Morvan - 1996
Les annales des pays nivernais (N° 143) - Marc Chevrier / Le vielleux du Morvan - Camosine - 2010

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La lessive
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