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Mises à jour

Une chanson traditionnelle est une chanson qui est fortement liée ou associée à un folklore,
à une culture nationale ou religieuse, voire à une zone géographique.
Elle est généralement chantée de génération en génération.

Enfin, l'heure sonna.

    En 1852, le ministre de l'instruction publique, M. Fortoul, provoquait un décret ordonnant la publication des chants populaires de France ; Champfleury et Weckerlin préparaient leur recueil, qu'allaient suivre de nombreux travaux, sous l'impulsion donnée successivement jusqu'à nos jours par MM. Gaston Paris, Eug. Rolland, H.Gaidoz, Ed. Schuré, Paul Sébillot, Julien Tiersot, etc.

    J'ai été à même de remarquer que le paysan nivernais (je vise surtout le Morvandeau) qui parle patois, s'applique à chanter presque toujours en français. Dans le parler de son village, il me dira les contes, les légendes. Faut-il chanter? Plus de patois, sauf pour quelques chansons absolument facétieuses ou ironiques. Le même fait a été constaté par tous les collecteurs. Je ne parle pas ici de certaines chansons devenues populaires, mais composées par des lettrés ou des demi-lettrés : les adieux du soldat morvandiau, la lettre du soldat, etc.

    Achille Millien - Beaumont-La-Ferrière, avril 1906



Le répertoire de la chanson traditionnelle en français

    Généralités

    C'est un répertoire profondément monodique, tout est imbriqué : la mélodie, la narration, la fonction, le tempérament, la pose de voix, l’ornementation, les micro-variantes.

    La voix

    Le répertoire de tradition orale, en français, est attesté surtout à une voix (soliste ou groupe chantant à l’unisson en réponse à un meneur, par exemple)
    La conduite vocale entendue sur les documents sonores montre que la pose de voix se construit pour cette forme monodique, c’est-à-dire se place de manière à sélectionner les sons harmoniques, et ce, quelles que soient les régions, voire les pays...
    ...La respiration est continue, les interruptions sont fonctionnelles. Elle sert aussi d’accent, on interrompt le mot, c’est aussi, parfois, pour marquer l’importance du texte.

    La narration

    Le texte est important, on le met en valeur au détriment de la « mesure », on n’hésite pas à ajouter des temps supplémentaires si la narration le demande.
    Chanter, c’est surtout raconter ou faire vivre une fonction, un rituel (danser pour battre le sol d’une nouvelle maison, bercer, marcher, travailler.)

    La musique

    La pensée musicale est horizontale, très différente de celle dont nous avons l’habitude aujourd’hui : la verticalité des sons se vit comme une superposition de monodies, ou de lignes narratives. Et non pas comme la réalisation pensée d’accords...

Source : Le répertoire de la chanson traditionnelle en français (article complet) sur le site de la "Compagnie Beline" - Copyright : ©Évelyne Girardon



Caractères des chants populaires Nivernais et du Morvan

Les chants populaires du Nivernais et du Morvan offrent tous les caractères moyens des chants traditionnels recueillis en France et dans les pays de langue française : leur art est fait de simplicité.
Beaucoup d'airs anciens n'ont ni mesure, ni rythme bien déterminés ; ils se terminent souvent sur une autre note que la tonique et peuvent n'avoir pas de note sensible. Simplicité aussi pour les paroles : la rime est remplacée par l'assonance et les subtilités des patois y sont rares. Quant aux sujets développés, à part les grandes complaintes à réminiscences historiques, ils se rattachent à la vie courante.
Pas de recherche et peu d'imagination. Un événement frappe-t-il l'esprit ? Une chanson naît. Achille Millien notant que l'ironie est l'un des traits de notre caractère national, écrivait : « Tous les·faits sont soumis au badinage, à la raillerie, souvent sans pitié, de la chanson populaire ». C'est de l'art vivant, en perpétuel devenir, essentiellement humain ; c'est, en somme, toute l'existence paysanne en chansons, toute la littérature chantée présidant à chacune des heures de la vie et du calendrier. Du berceau à la tombe, des promesses aux épousailles, des semailles aux moissons, de Dieu aux saints : une suite de couplets naïfs, charmants, timides, tendres, clairs, enthousiastes... légers, grivois, musiqués en majeur, en mineur, aux rythmes binaires ou ternaires, souvent mêlés.
Ainsi, « pour une fin unique, trois éléments se conjuguent, verbe, musique et rythme, le dernier emmêlé à chacune des deux autres forces » (cf. Coirault - Notre chanson, op. cil. p. 201-204.). Mais priorité des paroles sur la musique car « seules les paroles appartiennent au poète populaire. La mélodie vient d'ailleurs ».

Paroles et incipits verbaux

...La chanson est le baume capable de sécher les larmes et de donner du coeur à l'ouvrage. Cela peut sembler puéril : ces naïvetés, ces gaucheries, cette imagerie de sons et de rimailles. N'est-ce pas la peinture des âmes droites et simples de nos paysans ? Pas de savants accords plaqués sur de grands mots : le coeur vaut mieux que l'esprit. Et le peuple de chez nous chante ce qu'il saisit bien ; il ramène tout à sa propre taille. S'il orne, s'il enjolive, s'il aime le merveilleux, c'est que parure et féérie répondent à ses propres sentiments.
L'emploi du parler local est peu courant, sauf pour des rondes chantées et quelques petites aventures galantes où, pour souligner l'opposition des personnages, alternent français et patois. Millien, qui avait justement remarqué que, si le paysan pouvait dire contes ou légendes en patois, il chantait toujours en français, mettait à part, bien sûr, des compositions non traditionnelles, comme les Adieux du soldat morvandiau...

Source : Folklore du Nivernais et du Morvan - Tome 7 - Jean Drouillet



Questions à : Serge Hureau

Chanteur, metteur en scène, acteur et créateur de spectacles (son premier, Les Habits du dimanche, en 1983), Serge Hureau a fondé et dirige depuis 1990 le Hall de la chanson, Centre national du patrimoine de la chanson, soutenu par l’Etat et la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem).

Est-ce que l’on peut définir ce qu’est une chanson ?

    De toutes les disciplines artistiques, je pense que c’est celle qui est d’abord la plus rassembleuse, la plus populaire. Un objet, constitué d’une mélodie, d’un texte et d’une (ou plusieurs) voix, qui même quand il est écrit reste lié à l’oralité et peut se transmettre facilement...

Est-il possible d’établir une chronologie ?

    -- On peut remonter très loin dans l’histoire avec les chansons, mais c’est, en gros, à partir du Moyen Age, vers le Xe siècle, que l’on commence à avoir des traces de ce que chantaient les troubadours : les exploits des chevaliers, l’amour courtois. Les chansons de fête de village se transmettent oralement, les berceuses aussi, les chants des métiers, des paysans, les chants religieux sur des airs de chanson… Avec des variations selon les régions, les langues de France, les époques. Elles nous disent comment le pouvoir était perçu, comment les hommes et les femmes se considéraient, comment on traitait les enfants, comment s’exprimaient le deuil, le désir…
    -- Ensuite, je dirais que dans la mouvance du théâtre de la foire et des académies de chansonniers, Pierre-Jean de Béranger, à qui nous avons consacré un cycle il y a une dizaine d’années, peut être considéré comme la première grande référence de la chanson ­ « moderne ». Mort en 1857, il a été très populaire à partir du début des années 1800, avec des chansons satiriques, des charges contre les magistrats, les prêtres, des textes sur les gens du peuple, des chansons presque déjà « réalistes »… Georges Brassens le connaissait très bien, Jean-Louis Murat a repris plusieurs de ses textes.
    -- Et puis il y a l’apparition et l’essor des cafés-concerts et des cabarets… C’est un moment très important, en même temps que se construit la ville moderne, l’industrie triomphante, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Les bals et cafés-concerts se développent après 1860, les cabarets un peu plus tard, avec l’ouverture, en 1881, du Chat noir, sur le boulevard de Rochechouart, à Paris, premier au monde.
    -- Autre va-et-vient, comme l'a remarqué le parolier Étienne Roda-Gil (1941-2004), la chanson circule de la salle à manger du seigneur au champ du paysan, constituant ainsi un puissant facteur d'unification de la langue française. Soulignons cependant que le gros des paroles de la chanson traditionnelle française ne remonte pas « à la nuit des temps » mais aux XVIIIe et XIXe siècles. L'analyse musicale plaide néanmoins en faveur d'origines extrêmement anciennes, médiévales, pour des chansons comme La Légende de saint Nicolas ou J'ai vu le loup, le renard, la belette....

La transmission du répertoire ne doit pas se borner à ce dont on se souvient pour un hommage ponctuel ou pour faire de la sociologie sentimentale lors d’une émission de télévision ou de radio. Il faut le faire jouer, le faire chanter. En un mot, le faire vivre, en précieux héritage pour le futur....

Extraits de : Serge Hureau : « La chanson française est un patrimoine à faire vivre et à transmettre » - Propos recueillis par Sylvain Siclier - Publié dans "Le Monde" le 25 août 2016



Chansonthèque

Ci-dessous, retouvez les paroles, les partitions ou un enregistrement de chansons entendues dans le Morvand ou le Nivernais

Liste alphabétique des chansons (avec lien)

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Bibliothèque musicale

A.E.P.E.M.

A.E.P.E.M.

L'AEPEM est une association régie par la loi du 1er juillet 1901 ayant pour objet : L’Étude, la Promotion et l’Enseignement des Musiques Traditionnelles des Pays de France. Elle a été fondée en 2004 par Jacques Lanfranchi, Jean-Michel Péru et Philippe Suzanne.

Le trésor oublié des musiques traditionnelles de France

On a peine à imaginer, quand on ne sait pas, la richesse mélodique collectée aux XIX° et XX° siècles par ceux qu’on a appelés les « folkloristes », ethnomusicologues avant l’heure.
Richesse par le volume : 450 mélodies et variantes recueillies dans le seul département de l’Indre par Barbillat et Touraine, près de 2200 mélodies par Millien dans celui de la Nièvre…

Et ce trésor est là, il suffit d’y puiser

....Pour nous, toute utilisation bien faite est bonne à prendre, et il ne nous déplairait pas d’entendre en fond sonore de telle ou telle publicité ou dans tel ou tel magasin une de ces mélodies.
Mais s’il fallait prendre part à ce débat, nous serions tentés de dire que seule l’ignorance peut opposer « racines » et « échange ». En effet, comment peut-on prétendre à l’échange culturel sans rien apporter à l’autre, sans rien maîtriser de soi ? A moins de piller l’autre, ou de s’y soumettre… Reste à « retrouver ses racines », ou pour mieux dire à s’approprier cet héritage, pour mieux échanger et s’ouvrir à l’autre.
Ce qui suppose évidemment une connaissance de cet héritage. C’est ce à quoi notre association essaie de contribuer.

Voici des liens directs vers les mélodies des 3 tomes d’Achille Millien (Littérature orale et traditions du Nivernais) ainsi que des 7 tomes de Achille Millien & Georges Delarue (Chansons populaires du Nivernais et du Morvan).

Achille Millien :
    Tome 1 256 mélodies - Tome 2 305 mélodies - Tome 3 235 mélodies

Achille Millien & Georges Delarue :
    Tome 1 313 mélodies - Tome 2 194 mélodies - Tome 3 215 mélodies - Tome 4 243 mélodies - Tome 5 212 mélodies - Tome 6 224 mélodies- Tome 7 21 mélodies


Retrouvez, également, d'autres mélodies de toute la France dans cette bibliothèque musicale.



Les monologues

Rejetées par les folkloristes, ignorées par l'histoire littéraire, il existe toute une série d'oeuvres classées généralement dans la rubrique "néofolklorique". Ces oeuvres mériteraient une étude approfondie. Ces quelques lignes ne sont qu'un début d'inventaire des productions morvandelles de ce type et plus particulièrement des monologues et des monologues chantés.

Quelques généralités

    1 - La production de ces oeuvres se situe dans la 2e moitié du 19e et début du 20e siècle.
    2 - Les oeuvres ont un auteur local (connu ou non) qui n'est, semble-t-il, ni un paysan ni un érudit mais un "intellectuel local" aussi à l'aise dans la culture orale que dans la culture écrite.
    3 - Elles sont majoritairement écrite en morvandiau.
    4 - Elles sont nettement plus longues que les chansons traditionnelles. Il faut entre 10 à 15 mn pour les interpréter. Elles constituent une mise en valeur individuelle des interprètes capables de mémoriser et de restituer ces textes. lls sont connus à la ronde et invités dans les batteurs, les noces ...
    5 - Elles font généralement alterner une partie chantée et une partie déclamée ce qui suggère peut-être des influences de l'opérette.
    6 - Ce qui rend particulièrement intéressante ces oeuvres "néofolkloriques" (dont l'origine écrite tant des paroles que de la musique ne fait aucun doute) c'est qu'elles ont suivi le cheminement habituel des chansons traditionnelles : elles ont "folklorisé". Elles se sont transmises de bouche à oreille, de cahier de chanson à cahier de chanson et elles ont subi les mêmes distorsions que les oeuvres populaires plus anciennes. On a ainsi noté des versions mélodiques différentes du célèbre "José Frisanon" écrit en 1890.
    7 - Ces monologues sont également intéressants pour le regard qu'ils portent sur le milieu qu'ils expriment. A l'image de leurs auteurs à cheval entre deux cultures, ils se moquent d'un milieu qu'ils aiment Ils s'identifient à lui tout en prenant une certaine distance. Ils sont le reflet des mutations du monde rural d'une époque.
    8 - Revisiter ces productions un peu décalées (comme l'a fait avec brio Rémi Guillameau cette année 1991 avec José Frisanon) ne peut-il pas nous aider à mieux comprendre les mutations du présent ?

Pierre Léger - L'almanach du Morvan 1991 - Lai Pouèlée



Comptines pour enfants, un double sens réservé aux adultes...

On s’en doutait un peu mais quand même ! "A la claire fontaine", "Une souris verte", "Il court il court le furet"...Toutes ces comptines qui ont bercé des générations d’enfants ont un sens caché, très loin de l’innocence et de la mièvrerie qu’on leur prête. Bienvenue dans un joli monde empreint de violence, d’érotisme et de politique ! "Une souris verte" ? Une horrible histoire de soldat torturé...
La question va désormais tarauder des milliers de parents et de grands-parents : puis-je chanter sans arrière-pensées "Une souris verte" ou "La Mère Michel" à mes enfants sans craindre un "dépucelage auditif " traumatisant ? En apprenant la véritable origine et signification de certaines comptines, difficile effectivement de faire comme si de rien n’était !

Scène de torture

    On apprend ainsi que - selon les historiens - la célèbre chanson "Une souris verte" ferait référence à un soldat vendéen (soldats qu’on appelait à l’époque "les souris ") qui aurait été traqué par les soldats républicains pendant la Guerre de Vendée (1793-1795) puis torturé de façon atroce puisqu’il fut plongé dans l’eau et l’huile bouillante....

Fin des maisons closes et libertinage

    Autre chanson aux origines "historiques" : "Nous n’irons plus aux bois" ("les lauriers sont coupés...").
    Elle date du XVIIe siècle quand Louis XIV décide de fermer les maisons closes pour éviter la propagation des maladies qui touchent les ouvriers travaillant dans le jardin de Versailles. On reconnaissait ces maisons aux lauriers accrochés à leurs façades.

Une gâterie refusée

    Et que dira cette maman en découvrant que "A la Claire fontaine", chanson traditionnelle du XVIIIe siècle, parle en fait de la colère d'un jeune homme repoussé par sa bien-aimée à qui il a refusé...un cunnilingus !
      "J'ai perdu mon amie
      Sans l'avoir mérité
      Pour un bouquet de roses
      Que je lui refusai..."

Un curé "olé olé"

    Ou encore "Il court il court le furet" : composée sous Louis XV, il s’agirait en fait d’une contrepèterie paillarde (Il fourre, il fourre le curé) et anticléricale (elle désigne le cardinal Dubois, principal ministre d'État, dont les mœurs étaient réputées très légères...)

C'est pas le chat qu'on a perdu...

    Et que dire de "Au clair de la lune", la berceuse qu’on a tous chantée au moins une fois à un enfant mais qui parle en fait des problèmes d’érection masculins avec cette "chandelle morte".... Même la "Mère Michel" ne résiste pas à ces analyses ! On compatissait sincèrement à la perte de son chat mais cette comptine popularisée en 1820 et qui serait à l’origine une chanson militaire, parlerait en fait de la virginité perdue ou supposée perdue (car sur cet aspect, plusieurs versions existent) d’une femme d’un certain âge.

Des chansons de veillée

Comment expliquer que de telles chansons aient traversé les siècles en étant présentées comme des comptines destinées aux enfants ?
Au moment de leur création, "ces chansons s'adressaient autant aux parents qu'aux enfants" explique Serge Hureau, auteur, avec Olivier Hussenet, d'un livre intitulé "Ce qu'on entend dans les chansons - Des berceuses aux grands succès du répertoire" (Ed. Points, Collection Le Goût des mots). "Elles se chantaient à la veillée quand tout la famille était réunie... Elles n'ont l'air de rien mais elles disent des choses terribles".

Article rédigé par Chrystel Chabert - France Télévisions - 17 févr. 2018