Le MorvandiauPat Les parlers morvandiaux
Le Morvan Les communautés Les flotteurs Les margotiniers Les galvachers Les nourrices Les conscrits Les musiciens Les "Ailleurs" Le calendrier Le mariage Les danses L'humour Les tissus Les habits La lessive A voir Les parlers
morvandiaux
Les parlers
bourguignons-morvandiaux
Glossaire
bourguignon-morvandiau
Mises à jour

Le patrimoine linguistique morvandiau

Généralités

Langue de ruraux, le morvandeau n'a pas la longue tradition écrite des parlers dijonnais. Moins connu que le parler des villes, le morvandeau a souvent semblé étrange aux voyageurs ; Née de la Rochelle, cité par l'abbé Baudiau, écrivait déjà en 1746 : "Le patois était si particulier qu'on aurait pris les Morvandeaux pour les gens d'un autre continent ; qu'il aurait fallu rester longtemps avec eux, et même s'attacher beaucoup à leurs termes pour les entendre.» En fait, ces parlers sont purement romans et seules des évolutions phonétiques, à la fois novatrices et conservatrices, peuvent leur donner cet aspect étrange qui fait parfois dire à quelques personnes que le morvandeau est d'origine celtique...

...en Morvan, il n'existe aucune grande ville qui puisse donner une direction linguistique, sinon à ses environs immédiats ; Château-Chinon, malgré sa devise ambitieuse, "Petite ville, grand renom" n'est qu'une bourgade ; Avallon et Autun sont sur les confins et ne peuvent pas influencer tout le Morvan,; nous n'allons donc pas trouver un parler à peu près unifié, mais un ensemble de patois qui ont certes des traits communs, mais qui diffèrent parfois profondément ; d'autre part, le caractère montagneux de la région, en dehors des grandes voies de communication, permettra le maintien des langues locales jusqu'à nos jours.

Gérard Taverdet


Caractéristiques propres aux parlers du Morvan

Carte des parlers bourguignons du Morvan

Les parlers bourguignons du Morvan, qu'on rassemble sous l'appellation « morvandiau », sont en fait des variétés du bourguignon influencées par les parlers du Centre-Val-de-Loire, plus à l'ouest. Le « morvandiau » se divise en quatre grandes variantes :

    • le Sédelocien (proche des parlers de l'Auxois)
    • le Morvandiau du nord-ouest (Lormes, Vézelay…) avec des influences des parlers du Centre-Val de Loire
    • le Morvandiau central (Montsauche-les-Settons, Ouroux-en-Morvan, Gien-sur-Cure, Planchez…)
    • le Morvandiau de la montagne (Château-Chinon, Arleuf, Glux-en-Glenne, Fâchin…)
La grande différence entre ces variétés est l'utilisation de « ç'ost » (c'est) au nord d'une ligne Montreuillon-Moux-en-Morvan et de « y'ost » (c'est) au sud de cette ligne, de même le son « j » se transforme en « y » au sud de cette ligne, par exemple « gauger » au nord (prendre l'eau) devient « gauyer » au sud.
De même, selon une ligne est-ouest de Saint-Brisson à La Celle-en-Morvan, on différencie le parler : à l'ouest on dira un « cevau » et « eine çarotte » et à l'est un « chevau » (cheval) et « eune charotte » (charette), d'où l'utilisation du « ç » dans de nombreux textes morvandiaux. Ouvert largement aux influences extérieures (Bourgogne et Nivernais), le Morvan a connu également des forces de conservation (nasalité de type médiévale, maintien de diphtongue de coalescence devant palatale, il constitue une butte témoin du bourguignon (Claude Régnier dans Les parlers du Morvan, académie du Morvan, 1979). Le Morvandiau semble aussi apparenté au francoprovençal, en particulier par la présence d'un pronom neutre issu du latin « hoc » et par l'orientation du vocabulaire, ce qui confirme la thèse de Wartburg suivant laquelle la frontière Oc-Oïl était autrefois bien plus septentrionale que de nos jours (W.V. Wartburg, La fragmentation linguistique de la Romania, trad. Allières Slaka, Paris, Klincksieck, 1967, Bibliothèque française et romane)

Wikipédia - Caractéristiques propres aux parlers du Morvan


Vecteur d'identité et de développement

Que de temps perdu à tergiverser ! A l'heure où chacun convient qu'il est urgent et vital de préserver la biodiversité, sauvegarder le patrimoine linguistique, la parole propre à l'espèce, n'est-il pas d'une égale et évidente urgence pour l'esprit ?
Que de vaines querelles de vocabulaire ! Que de mauvais prétextes pour ne rien mettre en œuvre à l'heure où, comme l'affirme le linguiste Claude Hagège, des milliers de langues sont menacées d'extinction à court terme !
Ne convient-il pas d'affirmer simplement, mais clairement, que chaque mot est une perle rare de pensée humaine et mérite émerveillement, que chaque variété langagière est une unique et précieuse musique, que les plus humbles paroles montent également vers les étoiles ?...
...Alors que l'on nomme l'objet de ce dossier "patois", "parler", "dialecte", "langue régionale", "langue morvandelle", "morvandiau", "morvandiau-bourguignon", ou "bourguignon-morvandiau" (c'est sous cette dernière dénomination que notre langue est officiellement reconnue) est un débat qui , s'il n'est pas sans signification "politique", au sens noble du mot, ne peut en aucun cas être une raison suffisante pour geler, à l'heure des nouvelles technologies, toute action de préservation, de mise en valeur du patrimoine linguistique du Morvan. Cessons donc de cultiver de stériles polémiques chargées d'arrière-pensées et d'a priori.
Non, notre paisible patrimoine langagier ne menace en rien la langue française. Bien au contraire il est à l'échelle européenne un supplément d'âme, une richesse qu'il faut partager et faire fructifier.
Oui, il est tout à fait contre-productif de s'enliser dans des entreprises pointillistes, de s'arc-bouter sur des détails, de s'enliser dans le "localisme", alors qu'il serait urgent de mettre en œuvre, à l'échelle du Morvan et de la région Bourgogne, les moyens modernes de sauvegarde, de valorisation culturelle et, prioritairement, d'élaborer les outils pédagogiques indispensables à la transmission d'un patrimoine en danger !... ...Oui, les cultures régionales sont diversité et leur nécessaire sauvegarde passe par une solidarité consensuelle de tous vers l'acceptation des différences de chacun.

Pierre Léger Secrétaire de "Défense et Promotion des Langues d'Oïl" - 1980


L'accent morvandiau

L’accent morvandiau se décèle entre mille : une grande musique toute en nuances. Sur cet accompagnement, le Morvandiau chante soit le français émaillé d'expressions locales empruntées ou non au patois, soit le patois lui-même.
L'intonation est élevée, la dominante étant fournie par l'r. Le Morvandiau ne roule pas des perles..., il roule des pierres, des pierres précieuses. Frotté par la langue à la naissance des dents, l'r dans sa bouche s'équarrit avec virilité et distinction.
L'accent morvandiau détache nettement les syllabes l'une de l'autre. L’a, pour s'y conformer, doit s'accentuer plusieurs fois ; il se bâille. L'o bref s'ouvre ; il claironne. Les nasales jouent un rôle important : elles s'étirent, s'accrochent, se suspendent : ain, s'ouvre dans l'esquisse d'un sourire ; ou, s'incurve ; an, se présente en dos d'âne ; eu, se prélasse ; i, bénéficie de points d'orgue.
Quant à la phrase, tantôt elle s'achève en savant decrescendo, tantôt elle se relève sans apparente terminaison. Ce ne sont que montées, glissades, fantaisies, jeux divers pour l'adoucissement d'un accent qui, sans cela, serait rude.
On étonne le Morvandiau en lui affirmant que son accent est pratiquement inimitable. Il faut être Morvandiau et, comme lui, posséder l'art de rapprocher sans heurt des contrastes violents.
A noter qu'éloigné de sa petite patrie, le Morvandiau ne perd jamais son accent, cet accent qui, en même temps qu'un certificat d'origine, est une garantie de qualité.


Le patois morvandiau

Si certains termes ont été oubliés, le paysan, celui qui est demeuré vraiment fidèle à sa terre, a conservé son parler. Aujourd'hui, encore un peu, ce sont les mots au son du sol natal qui se gravent les premiers dans la mémoire des enfants et ceux-ci, la classe de chaque jour à peine terminée, ne connaissent déjà plus entre eux la langue nationale.
Autun et Château-Chinon n'entendent guère d'autre langue les jours de foire, d'apport, de comice ou autres manifestations réservées aux populations avoisinantes. Quoique ne l'employant qu'accidentellement, l'habitant de ces villes en fait l'immédiate traduction. Le vétérinaire se déconsidérerait en affectant l’ignorance. Monsieur le Maire également, et aussi Monsieur le Curé, heureux d'y rencontrer plusieurs mots bas-latin. Le médecin doit en connaitre les subtilités. L'avocat, le notaire, l'avoué, l'huissier, ceux-là que leur titre de "maitre" si tue en marge du commun, ne doivent rien ignorer du langage d'éventuels clients. Quant à l’instituteur, parfois d'origine paysanne, il ne saurait oublier la forme première de ses balbutiements.
Le patois morvandiau est composé de vieux français et de quelques mots d'origines diverses. Comme tous les dialectes français, il vient du latin. Parlé dans toute la Gaule après la conquête, ce latin évolué, transformé, est devenu le français du Moyen-Age. Il est encore celui du Morvan. "Le langage contemporain de nos campagnes, souvent considéré comme grossier et incorrect, fut en son temps du très bon français, du français tel qu'on le lit encore avec plaisir dans les plus illustres monuments de l'ancienne littérature".
Le patois morvandiau n'est soumis à aucune règle fixe. Tel s'impose ici qui disparait là, sans que l’entendement en soit troublé. Dans ce parler, dominent l'adoucissement des gutturales et des labiales, un grand emploi des chuintantes. Le Morvandiau supprime les liaisons du langage habituel. Il est ennemi des liaisons courantes, mais il en a d'inattendues. Des devenant dâs, il dit "dâs roeufs, dâs rânes, nos raimis" (des œufs, des ânes, des amis). Les finales des mots sont en ingue (paingue, potingue, traingue), iau (corniau, siau, viau, mantiau...).

    A - se diphtongue souvent : ai (lai, aivant, aiprès).
    C - est parfois remplacé par ch ou qu (ichi ou iqui) et inversement ch s'adoucit en s (ceval, cemise, cépiau, cemingue)
    D - se supprime dans les formes en drai (vourai, tonrai)
    E - devient a (varre, pardu, piarre) ou o (môler, vorser )
    G et J - se transforme en z (aubarze, zeuce = juchoir, zor, zouli)
    I - en j (Djeu)
    L - en i dans quelques cas (bié, pieu, pieue )
    O - devient ou et ou devient o (por, cor)
    Oi - devient oué ( toué, moué)
    R - disparait : frée, zinde, mée, pée
    S - s'affermit en ch (d'chu pour dessus, chi pour ici )
    U - devient eu (eune, leune)
    V - se supprime dans les formes ouver (trouer, couer )
Dites dremir pour dormir, berbis pour brebis (oueille en patois), gueuriotte pour griotte, froumi pour fourmi : ce sont des métathèses courantes.
Le langage varie d’ailleurs d'une partie du Morvan à une autre. On note des différences entre les parlers de Château-Chinon, Lormes, Montsauche, Saulieu, Quarré-les-Tombes et Lucenay-l'Evèque. Aussi existe-t-il plusieurs mots pour désigner un même objet, tels :
    - aigouja, aigru, aigueriau, aiguerion, argolet = houx
    - formage, freumaige, fromaige, froumaige, froumaize = fromage
    - gaille, galine, gamelle, treue = truie
    - gravissot, hiâvre, hiarre ou hierre = lierre
    - méger, mézer, miger, miser, minger, m"zer = manger
    - sauce, sauche, sauge = saule
    - seuce, cheuche, chuche, nuche = souche
A Saulieu, les mots à finale eau se terminent en ais (eais), et aux confins du Morvan Bourguignon en a (aa, bia, coutia à Anost). A Ouroux, la syllabe oi fait ouais (bouais, mouais, pouaire), ce qui ne se produit pas à Mhère, commune limitrophe. Enfin, dans une partie du Morvan Nivernais (Moulins-Engilbert, Saint-Léger-de-Fougeret...), on dit las, das, mas, tas, sas.
Il résulte de ces diverses prononciations une certaine incompréhension de notre patois pour qui n'est pas de la région, surtout aux environs de Chaumard, Lavault-de-Frétoy, Glux... Cependant, on s'y "haibitchue" assez vite.
Avez-vous l'esprit de contradiction ? Exultez : un chevau, des chevals. Souffrez-vous ? Vous avez mau. Dites une serpent, un vipère, un dinde, un froumi, un noix.
Le patois morvandiau a des affinités avec les patois berrichon, bourguignon. Il présente également des analogies avec le patois lorrain dans certains caractères de sa prononciation. On distingue un parler morvandiau bourguignon (Alligny) et un parler morvandiau nivernais (Arleuf).

Les éléments celtiques de notre langage ne sont pas très nombreux : sur les douze à quinze mille mots employés dans notre langue, il ne reste que 25 ou 30 mots celtiques ; ce sont balai (genêt), cala (noix), honce (porc), pitte (jeune poulette), quôa (houx)... La plupart des mots proviennent simplement du vieux français ; tels sont couette (lit de plume), se douler (se plaindre), champleure (robinet), ouaille (brebis). L'étymologie latine est d'ailleurs quelquefois nette : condômer (dompter), frigoler (faire griller), hocedé ou hozdé (aujourd'hui), jamas (jamais), piécher ou pleisser (dresser les haies), selle (chaise), mas (plus), crot (trou), boutrou (ruche en paille), crôpe (copeau), vialet (sentier), se fervier (s'égarer), plot ( billot), ambruer (se mettre en route). Peu de noms d'origine étrangère : caffe (impair, italien), champier (combattre, allemand), compire (pomme de terre, anglais), égrou (héron), guincher (boulanger, allemand), jolées ou ziolées (fête et festin, ancien nordique).
Disons enfin que le patois morvandiau est rempli de métaphores :

    - déchirer le moulin = se pencher avec prétention et gaucherie
    - être propre comme un oignon = c'est très très propre
    - une oie = une demoiselle
Tel qu'il est parlé aujourd'hui, avec ses expressions surannées, et ses formes archaïques, le patois morvandiau tend plutôt à l'euphonie qu’à la rudesse. On ne peut lui refuser une douceur, une sonorité dans les désinences et même une sorte de molesse toute particulière. Il permet d'exprimer avec beaucoup de charme les sentiments les plus tendres.

Tel qu'il est parlé aujourd'hui, avec ses expressions surannées, et ses formes archaïques, le patois morvandiau tend plutôt à l'euphonie qu’à la rudesse. On ne peut lui refuser une douceur, une sonorité dans les désinences et même une sorte de molesse toute particulière. Il permet d'exprimer avec beaucoup de charme les sentiments les plus tendres.
Qu'on juge du pittoresque du patois morvandiau par ces quelques vers empruntés à l'œuvre de Joseph Lagrange, natif de Saint-Hilaire-en-Morvan, humble semeur de blé devant l'Eternel

      "Chix grands boeufs sont drès lé, musisau bas et bèvant,
      Aicopiés deux é deux par de fortes corroies
      Qu'un zog de boués de fouel ertint solidement.
      Dans lé cor de lé farme où pataugeant les oies,
      On éjuste le soc au varsoué reluisant.
      ... Les chix bêtes s'en vont en radissant lé chaine
      Qui tire l'évant-train, et l'âge se démène
      Chu son montant mobile aux cahos du semin.
      Papillon ! Eh ! Vermoué, ça n'vé guère é c’métin,
      Et toué Lombard, lé-bas, étend vouèr toun échine.
      Y vas vos feurtasser, car y veux qu'on turbine.
      Allons, Chavost, Courtin ! Tro-lo lo lo tro-lo !
      ... Tot le zor... sans faibiesse
      O s'en vont d'un pas sûr ertorné lés sillons
      Où pu tard Massidor zaunira lés mouchons !"


Recherche d'une graphie pour la langue morvandelle

Rechercher une graphie pour la langue morvandelle constitue un des axes de travail retenu dans un de ses ateliers, par l'Université Rurale Morvandelle, organisée chaque année par "Lai Pouèlée", puis l'UGMM. Au sein de DPLO (Défense et Promotion des Langues d'Oïl), ces associations ont œuvré au cours de ces vingt dernières années, pour la pratique, la diffusion et la connaissance du morvandiau, ainsi que pour sa reconnaissance officielle désormais acquise sous l'appellation de "bourguignon-morvandiau", comme langue. Le travail sur la graphie qui nous intéresse plus particulièrement s'est opéré sur la base du parler de chacun des participants de I'URM.
Le fait que des habitants de la commune de Cervon (Nièvre) aient participé, au cours de réunions informelles à l'élaboration de cette graphie a influencé cette présentation, notamment pour le vocabulaire : exemple dans le texte. "inne" pour "elle" et "el" ou "ê" pour "il".
En toute hypothèse, les recherches doivent se poursuivre et des travaux sont à accomplir avec des linguistes et les locuteurs.
La graphie représente en effet un thème de débats ouvert qui se fonde sur deux séries de questions :

    - doit-on et peut-on rechercher une graphie pour une langue essentiellement orale ? - doit-on et peut-on élaborer une graphie unique pour une langue qui comporte une grande diversité locale de parlers ?
Pour ce qui est de la nécessité de rechercher une graphie, la première observation est que toute langue est par essence orale ; l'écrire représente un moyen évident d'assurer sa transmission (notamment par son enseignement), d'autant plus nécessaire que cette langue est menacée.
Pour ce qui est de la possibilité d'élaborer une graphie, l'histoire des langues montre qu'à une certaine période de leur existence, des règles sont fixées pour en stabiliser la forme écrite.
Pour autant, doit-on élaborer une graphie unique là où existe une variété de vocabulaire ? Une même graphie facilite la lisibilité des mots à la fois pour ceux qui pratiquent cette langue, dans ses diverses formes, et pour ceux qui ne la connaissent pas ou pas bien.
Exemple : dans "çhanté", écrit selon la graphie proposée ci-après, le phonème initial mêlant sifflement et chuintement de façon variable selon les pays, est rendu de manière plus spécifique et moins ambiguë que dans les graphies "santé" ou "senté" retenues par certains, la cédille marquant le sifflement. Mais une graphie unifiée n'implique pas ipso facto l'unification du vocabulaire, donc pas la fabrication d'un "morvandiau de synthèse".

L’élaboration d'une telle graphie est possible à la double condition :

    - de procéder à une analyse des caractéristiques des différentes variantes qui permette l'établissement des passerelles graphiques entre elles ;
    - de faire des choix cohérents sur les signes utilisés.

Les ateliers de I'URM ont fait ceux de :

    - ne recourir ni à une écriture phonétique ni à des signes graphiques non utilisés en français, contrairement par exemple à ce qu'on retenu les Wallons ;
    - de privilégier une graphie qui se réfère au français et en garde "l'image visuelle" y compris clans le nombre de lettres pour les mots proches de leur équivalent français ; pour les autres, assez nombreux, des logiques de ressemblance ont été retenues.
L'argument, invoqué par certains, de la diversité des parlers ne peut nous dispenser de rechercher une graphie harmonisée.Au contraire, car toutes les langues du territoire français, que ce soit le breton, le corse ou l'alsacien, comportent des variantes locales ; leur enseignement a nécessité un travail d'harmonisation.
Ce texte a pour objet de présenter un certain nombre de réflexions et d'orientations qui sont le fruit d'un travail collectif. Il ne prétend pas à l'exhaustivité. Dans des conférences et articles précédents, dont le texte est paru dans "L’Almanach du Morvan" ou "Le Morvandiau de Paris", la présentation de la graphie est toujours effectuée à partir de récits simples, écrits spécialement. L’un d'entre eux retraçait la légende de la Belle Pierre en forêt de Montreuillon dans la Nièvre. Le site a été détruit lors d'une opération d'enrésinement, mais la Belle Pierre a été sauvée : elle gît au bord d'un chemin de randonnée : c'est celui-ci que nous vous proposons d'emprunter pour illustrer cette présentation de la graphie.

Peurmenons nô en les bôès daivant que le lôp y sôet.

Êy en ai de vô que counaissont l'histôèe de la Baele Piarre, çte grousse piarre (dreudique ?) tôt en long qu'ai, ,d'aiprée lai lézeînde, beurdolé quanqu'eûn atelaize de douze boeux onze byancs pei eûn nôèr, lai çharryaut vée l'égyi-e de Çarvon. Inne n'ot pu drait-lài làivô que l'Malîn l'aivaut encrotée pô lai gairder. Inne n'ersembye pu dijée ài lai tombe de lai Demôèzaele de lai Chaume. Pu de byau fôyards àilentôr (paissé ài lai shileuse pô les beuçherons teurqs), pu d'esvotos shu sai fôrçhe. Mâ inn' ot lài ! anvec eûn écrityau, shu le çhemîn de randounées que dévole vée le Gué Boussard, lî qu'ai bên trôué le môèyen, au miyeu des sapins de laraigner enteurmi quiques çhâgnes et aiguerioux d'antan, mâ pu de méelers, pu de tchus de sinze bên byos ài mezer quanque l'hivar airive.
Pô eune traivarse vô vlài en l'yeu- çhatyau de Toeursol, putôt shu des fâs de piarres aimoncelés, les ceuss que n'ont pas été empoortés pô des 4X4. Doumaize, l'escayer aivaut de lai maizesté y ai quiques années ! Pôr en shu du pyan d'yau conte les feux, çai peurait éete féérique. Mâ pu de seigneus ! Les mâtes des yeus, ç'ot les taichons. Dlài, i peuvons erzôènde le Gué Boussard pô lai loze du Mau Pas, laivô que Pairpeillots pei "Bên Crayants" se sont maissaicrés pô l'Aimôr de Djieu. Qué djieu ?
Y'en aivaut pyein en les bôès de fayards d'aure fôès, çui des queurtiens, pei des fées, des vaudreilles, lai chôauçhée byance et les cavayers fantômes de lai forée. Aiçhteue, ç'ot des escôaides de chôuaux au gailop shu le çhemin des Varnets, pei des "esqwads" ài reuees et ài moteus ronfyants, vô bên les bôlides du railye de l'Anguison que viyont sec ài draite, ài gauçhe shu Çarvon.
Mâ le pu sôvent, tôt ot tranquiye. Ê vô fauraut veni- au pont shu lai riviée en lai breume du maitîn. Dedpei que les enteurpreneus teurqs (ç'ot lai promoçhion !) ont feil tôt côper, l’endrait ot môèns sombe, rnôèns "fantaismaigôrique" ... Mâ yai môèns de verghyas ! Pei les aigacias, les balais, les éronces ont bên aimendé.
Aiprée, shu le çhemin de Peurché, coume lai riviée, i sarpentons entremi sapins, varnes et çharmes, sô eün teunel de tolles.
I sarpentons, ç'ot le mot que conveint, pace que de lai sarpent, y en ai pôr ichi. Frée ! ç'ot qu'i sons en eune vraie gorze, sôs les roçhes. Pô mau temps y en ai bên que beurdolont zeusqu'en yau. Mâ les pu grousses reseutont zeuçhées pôr en shu de nô : les "zèves" (ptéet bên les "elfes" pace qu'ê y ai coume des ptiotes téetes en lai roçhe) lai grousse leuzarde, lai tortchue, pei tôt lai haut shu le çhemîn du taichon, lai roçhe ài vipées de laivô qu'i trévôèions I'Anguison, pei qu'i l'eîntendons, meurmeurer coume shi qu'i étains ài cootyé.
Lai riviée s'en vînt, s'en vai, traivarsée pô eune pyançhe qu'ai rôêté quanque le pée Michel étot pôr deshu. Patatra le vlài shî brament aishitu en yau coume l'contaut son gars le Philippe !
Aiprée eûn grand viraize de lai riviée que pçho ài pçho meuze le çhemîn, inne airive en les prâs de fond, nayés l'hivar sôs yau, vô bên lai yaice (noote patinôèe de gamins). Inne lonze les bêns noumé Bréottes et Beurdolôèe zeuqu'au gauthyer. Ai gauçhe lai grand riviée en caiscade, ai draite le côlis que meusarde vée le biée. È s'ertrôuont ài Peurché aiprée le Môlîn. Shu le çhemîn ai gauçhe lai pyèshie deveint trasse, les vaiçhes pei le tauyau nô ergardonr : ài draite, les çhaumes laivô que les âbes ne pôssont djiée, minme pas les sapins pyantés daivant lai guerre. Des piarres, des épeunes, des roçhes, cett'lai du "trône du ptiot rôè" làivô que mon grand'pée rn'aishitaut ! Pôr en shu, le çhamp de lai çhaume, çhamp ài seiye pei ai treuffes, des treuffes que gamins i feurbotains, les tiyant pô les cui- sôs lai ceinde.
En dessôs, lai viéle carriée de Nandon pei trôès majons.
Au carôaize, shi au yeu d'ailer drait shu Peurché, vô ermontez shu Çarvon ê y ai, en les bôès, lai Fontaine de Pimpôère zaimà ài sec, les fôssas du Çhatyau (y en ai pôrtôt des çhàtyaus) fôssas bên visibyes bên erbeuillès pô les san-yers, pei quiques piarres du yeu- villaize : les autes, minme l'équeusson, é sont ài Peurché. Lài, au villaize le çhemin de randounée vai prend lai rue vée Çarvon.
Môè, le guide, i rn'airéete pô bôè- eûn côp. Shi vô vlez, vô peuvez ailer en l'haut du villaize, ài lai farrne Vauban, lai fanne de lai Çhaurne que, tôs les zôrs, lai Dernôèzaele laishait pô ailer feié pôèniteince ài lai Baele Piarre, qu'è pyeuve, qu'è neîze ... Vô counaissez l'histôèe. Mà inne ne côraut pas lai peurtanteine pô les çhernîns coume nô.

Promenons nous dans les bois avant que le loup n'y soit.

Il y en a parmi vous qui connaissent l'histoire de la Belle Pierre, cette grosse pierre (druidique ?) tout en long qui a, selon la légende, roulé quand un attelage de douze bœufs, onze blancs et un noir, la charroyait vers l'église de Cervon. Elle n’est plus là, à l'endroit où le Malin l'avait enterrée pour la garder. Elle ne ressemble plus guère à la tombe de la Demoiselle de la Chaume. Plus de beaux hêtres alentour (passés à la tronçonneuse par les bûcherons). Plus d'ex-voto sur son tronc fourchu. Mais elle est là ! Avec un écriteau, sur le chemin de randonnée qui dévale vers le Gue Boussard, lui qui a bien trouvé le moyen, au milieu de sapins, de se faufiler entre quelques chênes et houx d'antan : mais plus de nèfles, plus de nèfles bien blettes à manger quand l'hiver arrive.
Par un chemin de traverse, vous voilà dans le vieux château de Teursol, plutôt sur un amoncellement de pierres, celles qui n’ont pas été emportées par les 4X4. Dommage, l'escalier avait une certaine majesté il y a quelques années. Au-dessus du plan d'eau contre les incendies, ce pourrait être féerique. Mais plus de seigneurs ! Les maîtres des lieux ce sont les blaireaux. De là, on peut rejoindre le gué Boussard par la loge du Mauvais Pas, où les protestants et les catholiques se sont massacrés pour l'amour de Dieu. Quel Dieu ?
Il y en avait plein dans les bois de hêtres d'autrefois, celui des chrétiens, et des fées, des sorcières, la chevauchée blanche et ses cavaliers fantômes de la forêt. Maintenant, ce sont des escouades de chevaux au galop sur le chemin des Varnets, et des "quads" à roues et à moteurs ronflants, ou bien les bolides du rallye de l’Anguison qui virent à droite, à gauche sur Cervon.
Mais le plus souvent, tout est tranquille. Il vous faudrait venir au pont sur la rivière dans la brume du matin. Depuis les entrepreneurs turcs (c'est la promotion) ont fait tout couper, l'endroit est moins sombre, moins fantasmagorique. Mais il y a moins de verglas ! Et les acacias, les genêts, les ronces ont bien grandi.
Après, sur le chemin de Précy, comme la rivière, nous serpentons entre sapins, vernes et charmes sous un tunnel de branches.
Nous serpentons, c’est le mot qui convient, parce que du serpent il y en a par ici. Frère ! c'est que nous sommes dans une vraie gorge, sous les roches. Par mauvais temps, il y en a bien qui basculent jusque dans l'eau. Mais les plus grosses restent juchées au-dessus de nous, les "zéves" (peut-être bien les elfes parce qu'il y a comme des petites têtes dans la roche), le gros lézard, la tortue et là-haut sur le chemin du blaireau, la roche aux vipères, d'où l'on aperçoit l’Anguison et que l'on entend murmurer comme s'il était à côté.
La rivière s'en vient, s'en va, traversée par une passerelle qui a tourné quand le père Michel était dessus. Patatras ! Le voilà "bien assis" dans l'eau comme le racontait son fils le Philippe.
Après un grand virage de la rivière, qui mange peu à peu le chemin, elle arrive dans les prés de fond, noyés l'hiver sous l'eau, ou bien sous la glace (notre patinoire de gamins). Elle longe les bien nommées Bréottes (les Bruyères) et Beurdoloée (le ravin où l'on fait la culbute), jusqu’au Gauthier. A gauche la grande rivière qui musarde jusqu’au bief. Ils se retrouvent à Précy après le moulin. Sur le chemin à gauche, la haie plessée devient haie vive, les vaches et le taureau nous regardent : à droit, les chaumes où les arbres ne poussent guère, même pas les sapins plantés avant la guerre. Des pierres, des épines, des roches, celle du "trône du petit roi" ou mon grand-père m’asseyait. Au-dessus, le champ de la chaume, champ à seigle et a pommes de terre que gamins, nous dérobions, les arrachant pour les cuire sous la cendre.
En dessous, la vieille carrière de Nandou et trois maisons.
Au carrefour, si au lieu d'aller droit sur Précy, vous remontez sur Cervon, il y a dans les bois la Fontaine de Pimpoirier, jamais à sec, les fossés du château (il y a partout des châteaux) fossés bien visibles et bien retournés par les sangliers et quelques pierres du vieux village : les autres, même l'écusson, sont à Précy. Là, au village, le chemin de randonnée va prendre la route vers Cervon.
Moi, le guide, je m’arrête pour boire un coup. Si vous voulez, vous pouvez aller à la ferme Vauban, la ferme de la Chaume, que, tous les jours la Demoiselle quittait pour aller faire pénitence à la Belle Pierre, qu'il pleuve, qu'il neige vous connaissez l'histoire. Mais elle ne courait pas la prétentaine par les chemins comme nous.

En nous référant à des mots du texte, il est possible de faire ressortir quelques caractéristiques du morvandiau et la manière dont les participants à l'URM les ont transcrites graphiquement. La présentation traitera d'abord des consonnes, puis des voyelles, enfin des syllabes et des mots.


1. La graphie des consonnes

Caractéristiques :
1.1.
La première. Le morvandiau est une langue mouillée " (exemples : yau, écrityau, verghyas, yeu ... La mouillure existe dans bien d'autres langues, notamment dans les langues slaves, où elle se traduit par des signes spécifiques. Le choix de ne pas recourir à des signes non utilisés en français a conduit il retenir la graphie, "y". Il avait été préconisé "j tréma" : en effet dans le mot "morvandyau" la prononciation de la mouillure se situe entre "iau" et "jau" : mais les claviers d'ordinateurs refusent "j tréma". Le "y" est destiné à marquer la différence avec "i". La finale ne se prononce pas comme celle d' "idiot", évidemment !
Cette mouillure est plus ou moins marquée selon les parties du Morvan. Elle existe si l'on se réfère au français :

    1.1.1. Par transformation de "eau" en "yau" (vyau, syau, pyau ...) en ouest et centre Morvan, "yae" en sud Morvan ou "yai" autour de Saulieu, où un "vyau" est un "vay" qu’il a été proposé d'écrire avec un "y" pour garder un rapport graphique avec les autres parties du Morvan.
    1.1.2. En substitution de "l" : "cavayer" (cavalier), "escayer" (escalier), "pyan" (plan), "pyançhe" (planche), "byanc" (blanc), "byos" (blet) le s final se justifiant par le feminin "byosse" et le dérivé "byosson", "yeu" (lieu), "Sauyeu" (Saulieu), mais aussi "qyar" (clair), "qyé" (clé).
    Après g, c'est «gl" qui devient "y" : "yaice" (glace), "seiye" (seigle), "san-yer" (sanglier), "éghyi-e" (église).
    1.1.3. En substitution à d'autres consonnes :
    Notamment "r" en ouest Morvan : "tiyer" (tirer mais aussi arracher pour les "treuffes", traire les "vaiçhes"), "viyer" (virer), "hiyeux" (heureux , ailleurs, "heru"), "çhaiyot" (chairiot), "tauyau" (taureau)…
    Mais aussi "s" : "mâyon" (maison, "mâjon" en ouest Morvan, de même pour "râyin", "râjin"), "ê diyont" (ils disent, on dit).
    1.1.4. Par modification de consonnes "c" et "r". Dans ce cas deux propositions de graphie : "tyu" ou "tchu de sinze" (cul de singe-nèfle), "tyuer" ou "tchuer", "tyorde" ou "tchorde" (tordre). La graphie en "tch" parait mieux rendre le phonème morvandiau
    De même pour "g" et "d" : "dyeu" ou "djieu" (dieu), "dyabye" ou "djiabye" (diable), "dyée" ou "djée" (guère). La tendance est à retenir le "dji".
    1.1.5. Par palatalisation de n : "çhagne" (chène), "frâgne" (frène), "gn" qui existe en français étant préféré à "ny" (chânye) ; en fin de mot la palatalisation est très différente selon les parties du Morvan, la formule retenue de ce fait a été d'accentuer la voyelle précèdent le "n" "çhemin" (chemin) plutôt que "chemingne" une meilleure solution serait le (avec la tilde), mais il déroge à la règle posée par l'atelier : pas de signe extérieur au français. Autre possibilité "nh". Le h a été retenu par d'autres régions pour la mouillure en général "lh" à la place du "y", mais cette graphie relève plutôt des langues d’oc.
    A l'inverse de cette palatalisation, le morvandiau nasalise certains "n" ou "m" en français : "an-née" (année), "an-nimau" (animal), "hon-mes" (avec une hésitation "hon-mes" au pluriel, "houme" au singulier - pas entre "fonne" pour femme au singulier et au pluriel), "pon-me".
    Pour "n" dans "ien", "en" ou "an". Des règles complexes ont été répertoriées qui vont de la disparition du "n" "estreument" (instrument), "bègne" ou "bé" (bien dans certaines parties du Morvan, à une transformation en "oin" ou "bên, aîn".
    1.1.6. Globalement l'usage du "y" pour marquer la mouillure s'est largement répandu, car il donne satisfaction dans la plupart des cas, mais toute règle doit admettre des exceptions et "y" reste de lecture difficile dans les mots en "bl" "ple" "cl" : "ersernbye" (ressemble), "simpye" (simple), "çarquye" (cercle)... "simplhe" conviendrait-il mieux ?

1.2. Deuxième caractéristique : le morvandiau "chuinte" là où le français "siffle" et inversement.
De plus en morvandiau sifflement et chuintement se mêlent comme en polonais, par exemple, même s'il existe des sifflements et des chuintements identiques à ceux du français. C'est pourquoi il est apparu nécessaire de trouver des graphies spécifiques pour ceux qui différent tout en respectant "l'image" du mot par rapport au français
Il est proposé :

    1.2.1. Dans la relation entre les phonèmes "ch" et "s" (ou "z") :
    1.2.1.1. Le sifflement dans les mots commençant par (ou comportant) une chuintante en français est transcrit par "çh" (pour certains le "h" équivaut à une consonne muette) : "çhatyau" (château), "vaiçhe" (vache), "çhien" (chien), "côèçhot" (cochon), "çheu" (chez), "çharçher" (chercher), "cuiçher" (coucher), "çharrayer" (charroyer), "çhaume" (chaume), "chagne" (chène), "beuçheron" (bùcheron)…
    1.2.1.2. Le chuintement des mots commençant par (ou comportant) une sifflante en français est transcrit par "sh" pour conserver l'équivalence avec le "s" français "shi" (si) ou "shi" (si, tellement), "shu" (sur), "laisher" (laisser), "bisher" (biser, embrasser), "poushon" (poisson), "shoeur" (sœur)…
    1.2.1.3. La graphie "ch" quand la prononciation ne comporte pas de mélange avec une sifflante : "ichi" (ici, en nord Morvan "iqui").

    1.2.2. Un traitement particulier pour des mots ambigus dans leur prononciation ou des cas particuliers :
    1.2.2.1. "eûn pçho" (un peu) compromis entre "eûn pcho", "eûn pso", "em'so" (et bien d'autres graphies très éloignées de l'étymologie latine pourtant réelle), "aiçhteue" ou "aiçhteure" (maintenant, littéralement à cette heure).
    1.2.2.2. Une graphie "s" ou "z" devant un "t" après sifflement ou chuintement : "aizeter" ou "aizheter (acheter).
    1.2.2.3. Une graphie "est" pour les équivalents des mots français en "st" : "estatchue" (statue), "estaçion" (station), mais il y a hésitation à cause d'un chuintement léger d’où "eshtatchue (?)

    1.2.3. Dans la relation entre les phonèmes "z" et "j".
    D'une manière générale, à "j" (ou "ge" et "gè") corresspond "z" en morvandiau, mais plus ou moins marqué :
    "lézeinde" (légende), "sinze" (singe), "aitelaize" (attelage), "mezer" ou "m'zer" (manger), "doumaize" (dommage), "loze" (loge), "villaize" (village), "zu" (joug), "zeuçhé" (juché)…
    A l'inverse, en ouest Morvan, "j" correspond à "s" entre voyelles en français : "oujau" (oiseau), "oujon" (oison).. . Et "j" existe dans des mots typiquement morvandiaux : "jouper" (sauter), "joûler" (souffler)…

    1.3. Le morvandiau transforme "x" en "s" : "esempye" (exemple), "esvoto" (ex-voto), "espyiquer" (expliquer)…

    1.4. Le morvandiau transforme "c" (k) en "g" : "aigacia" (acacia), "gousse" (cosse), "grâpyau" (crêpe)...

    1.5. Le morvandiau roule les "r" (pas besoin de graphie spéciale) au point de les transformer en "l" à l'occasion : "peuriéle" (prière) ou de les avaler en ouest Morvan : "frée" (frère) (voir 1.7.)

    1.6. Le morvandiau a diverses prononciations du "l" : mouillé (voir 1.1.), molle et dure. Cette dernière le différencie également du français, "lâs" pour les, en centre et sud Morvan se prononce "l-Ias" et le devient pratiquement "ël-l" "ël" a été proposé pour "le". Enfin à "al" français correspond "au" : "chôuau" (chevau), "mau" (mal), "zôrnau" (journal)...

    1.7. Le morvandiau supprime des consonnes dans beaucoup de mots :
    Souvent le "r" en particulier en ouest Morvan : "pée" (père), "âbe" (arbre), "heuler" (hurler), "histôée" (histoire), "vée" (vers), "riviée" ou "riyée" "erviée" (rivière), "shu" (sur), "pô" (pour, mais aussi par) et spécialement en terminaison de verbes à l'infinitifs : "encrai" (croire), "fini" (finir), "bôè" (boire), "prend" (prendre). Là ou la suppression se traduit par un allongement de la syllabe on utilise soit "e" soir- (tiret). Mais aussi "s" : "éghyi-e" (église), "çhô-e" (chose)
    "d" "venredi" (vendredi), "fauraut" (faudrait), "vôraut" (voudrait)
    "l" "quiques" (quelques), "soolei" (soleil), "mié" (miel) et beaucoup d'autres lettres en général en fin de mot : "bé" (bec), "neu" (neuf), "boeu" (boeuf), "sôé" (soif), "co" (coq)
    "v" "yeu" (vieux) ainsi que dans les voyelles diphtonguées (voir 2.3.)

    1.8. Le morvandiau ajoute des consonnes, surtout en début de mot : quelques exemples :
    "d" "daivant" (avant), "dedpei" (depuis).
    "v" "vô" ou "lâivô" (ou et où), "vu" (eu en ouest Morvan).
    "r" "ru" (eu en centre et sud Morvan), "roeux" (œufs).


2. La graphie des voyelles

Deux caractéristiques essentielles du morvandiau par rapport au français :

    - Posséder des voyelles intermédiaires par rapport aux voyelles françaises entre "a" et "o", "a" et "e", "o" et "en", "i" et "u"…
    - Utiliser des voyelles allongées et des diphtongues plus nombreuses qu'en français.
Dans cet article il n’est pas possible de présenter la gamme complète des voyelles er des diphtongues recensées. On notera simplement que :

    2.1. Au "a" français correspond souvent le "ai" morvandiau : "lai" (la), "lâi" (la), "vaiçhes" (vaches), "aiprée" (après), parfois "o" "dévoler" (devaler), à "e" français correspond souvent "a" "piarre"(pierre), "tarre" (terre), "farme" (ferme), "sarpent" (serpent). De même pour "é" ou "ai" "i vâs" (je vais), "fiar" (fier), "qyar" (clair), "mâte" (maitre). Exemples de cette double correspondance "zaimâ" (jamais), "traivarse" (traverse), "l'hivar airive" (l'hiver arrive)…
    Pour "e", "é", "è" français autres sons intermédiaires en "a" et "e" "paele" (pelle) ou entre "a" et "o" "fâyard" (hêtre), "prâ" (entre pra et pro pour pré) mais aussi, souvent "o" morvandiau : "prot" (prêt), "toter" (téter) et les mots en "et" : "byos" (blet) ou "ette" "çharrotte" (charrette), "linottes" (lunettes) également un son intermédiaire entre "o" et "e" : "poercé" (percé), "boerzer" (berger) ou un "e" allongé en "eu" "queurrien" (chrétien)
    À "ai" "ais" ou "ait" en fin de verbe corrrespond souvent "au" "aus" ou "aut" : "i çhantau" (je chantais), "çharrayaut" (charroyait), "teu venaus" (tu venais).

    2.2. Pour les autres voyelles simples :
    À "i" correspond le plus souvent un "j" fréquemment allongé, mais aussi "ei" "feille" (fille) ou "eu" "gueuryotte" (grillotte), "gueuryot" ou "greuillot" (grillon).
    À "u" correspond souvent "eu" : "breume" (brume), "eûn", "eune" (un, une), "beuçheron" (bûcheron), "teunel" (tunnel)…
    Il existe en morvandiau une voyelle intermédiaire dure entre "i" et "u" graphiée "i" : "li" (lui), "shi" (entre shi et shu pour si = tellement) : "ti" (mot intraduisible de renforcement : "teu vas ti feie çài (est-ce que tu vas réellement ou tout de suite faire ça ?)

    2.3. Pour les voyelles allongées, fausses et vraies diphtongues et pour la voyelle "o" souvent diphtonguée, le système comprend en morvandiau :
      "ei" ou "ée" pour "é" allongé "éeté" (être), "téete" (tête), "méeler" (mèler en français néflier), "prée" ou "prei" (prés), "feit" (fait).
      Mais aussi pour "ui" français "pei" (puis - utilisé le plus souvent dans le sens de "et")
      "ai" pour "oi" "drait" (droit), "fraid" (froid)
      "ôè" pour "oi" "môè" (moi), "bôés" (bois), "bôé" (boire), "nôér" (mais aussi "nâer"), "autefôés" (autrefois), "môéns" (moins)
      Pour "ei" : "pôéne" (peine), "pôéniteince" (pénitence)
      Et pour "ou" : "môéçhe" (mouche)
      "ou" pour "o", le plus souvent devant deux consonnes : "grousse" (grosse), "boune" (bonne), "counaissont" (connaisent), "coume" (comme) mais aussi "oues" (os)
      Pour "oi" : "moushon" (moisson), "poushon" (poisson), "nouyotte" ou "noujotte" (noisette)
      Pour "ui" : "roushau" (ruisseau), "boushon" (buisson)
      Pour "eu", "oeu" ou "eur" : "nou" (nœud), "quoue" (queue), "étoule" (éteule), "çhaissou" (chasseur), "pioeçhou" (piocheur), "bavôéssou" (parleur)
      - "ôu" pour "ouv" : "côuer pour (couver), "trôuer" (trouver), (ôu équivaut au "w" des Wallons qui n’a pas été retenu à cause de son ambivalence en français : wagon-watt)
      - "ô", "o" long pour "ou" en français : "sôs" (sous), "tôt", "tôs" (tout, tous), "côper" (couper), "zôr" (jour), "tôzôrs" (toujours)
      De même pour les pronoms "nô" (nous,complément car nous sujet se dit "i" en morvandiau."nô" sans s car il n’y a pas de liaisons, "vô" (vous)
      - "eu" pour "ou" : "i peuvons" (nous pouvons, mais pouvoir se dit "pôuôèe", "teuçher" (toucher)
      rarement "ui" pour "ou" : "cuiçher" (coucher) alors que cuisse se dit "queushe".
      - "oe" pour "o" (voir 2.1.) "qyoeche" (cloche)
      "â", "ae" ou "ay" avec ou sans mouillure selon les parties du Morvan : "ouyâe", "ouyay" (oiseau)

    2.4. Suppression de voyelles :
    En dehors du "e" muet, très courant, que l'on peut rendre par une apostrophe, le cas le plus fréquent est devant un "l" : "mlaide" (malade), "v’lài" (voilà), "vions" (voulons)

* * * * *

3. Les syllabes et les mots

3.1. Pour les syllabes la caractéristique la plus nette du morvandiau est l'interversion des lettres par rapport au français, surtout la lettre "r" :
    - "re" devenant "er" ou "ar" : "ersembye" (ressemble), "erzôènde" (rejoindre), "erveni" ou "arveni" (revenir), "ervôé" (revoir)
    - à l’intérieur d'un mot : "queurier" (crier), "peurne" (prune et prenne), "queurtien" (chrétien)… mais à l'inverse : "dreumi" (dormir), "fromer" (fermer)

3.2. Pour ce qui est des mots, plusieurs remarques
    - Certains ressemblent à des mots français avec un sens différent (les faux amis) : les "treuffes" bien connues, le "feurlon" qui est le bourdon (le frelon étant le "guichard" en morvandiau)
    - Certains apparaissent loin du français même s'ils ont une parenté avec lui "quitçhô-e" (quelque chose), "mayiçhau" (maréchal ferrant), "aishitu" (assis, en ouest Morvan l'on va dire : "shite-tôè" pour assieds-toi)
    - Certains résultent d'une sorte de "morvandellisation" liée aux caractéristiques de prononciation : "queultcheure" (culture), "fontçhiounâr" (fonctionnaire), "mizricorcle", "maizesté", "écarnaiçion" (Baudiau dans la traduction de la Bulle lneffabilis)
    - Enfin beaucoup de mots n’ont pas de rapport avec le français : "tolle" (branche), "taichon" (blaireau, "tejon" en espagnol). Pour ceux-là il n'y a évidemment pas de rapport graphique avec le français : c'est leur prononciation qui dicte la graphie

Jean-Claude Rouard



Quelques données de linguistique morvandelle du Bas-Morvan nivernais

La présente étude se fonde largement sur les prononciations du Bas-Morvan nivernais. Elle présente donc un caractère de relativité. Mais elle répond à un souci d'harmonisation de l'écriture, prenant en compte la spécificité de la prononciation morvandelle des mots.
Le morvandiau ne résulte pas, comme certains l'ont laissé croire, d'une déformation du français, mais au contraire, d'une évolution propre des mots, se fondant sur la manière de parler. On retrouve dans celle-ci beaucoup d'analogies avec d'autres langues européennes. Certaines d'entre elles, les langues slaves par exemple, utilisent des signes spéciaux dits "diacritiques" (divers accents en particulier) pour exprimer les différences de prononciation. A titre d'exemple la mouillure dont nous parlerons plus en détail, est rendue en polonais, par un accent aigu sur la consonne.
Ce mode d'écriture ne nous a pas paru adapté, parce qu'inhabituel, pour les consonnes. C'est pourquoi nous avons préféré recourir à des lettres existantes ; par contre pour les voyelles, du fait que l'accent existe déjà en français, ce mode d'écriture peut certainement être utilisé.

I - Les CONSONNES

A - Le MORVANDIAU est une LANGUE "MOUILLEE"

    Il se caractérise par rapport au français par l'existence de consonnes "mouillées", comme dans les langues slaves en particulier. Cette mouillure est difficile à rendre dans l'écriture ; par convention, et pour distinguer la mouillure du "i" normal, il est proposé de recourir à la lettre "y".

    1 - La manifestation la plus courante de cette mouillure, comme dans d'autres parlers de langue d'oïl est la transformation des "eau" et "iau", ou plutôt, selon la convention en "yau" : syau, vyau, byau...

    2 - Cette mouillure devient pratiquement une règle lors qu’elle se substitue à "l" après une autre consonne. : byanc, byot (blet), fyau (fléau), pyaice (place), pyance (planche), pyante (plante), pyein, pyeu (pluie), pyeume... En fin de mots la transformation par "y" apparait pure convention, car aucun équivalent ne peut rendre de façon précise la mouillure : sabyë (sable), ensembyë et tous les adjectifs en ble ou pie : aimabyë, simpyë...Mais le son "pl" ne disparaît pas dans tous les cas. Il subsiste dans des mots français non transformés, mais aussi dans des mots typiquement morvandiaux, tels plaiyon (bâton), plaiyouner... Des mots sont à la limite : plâgi, pyâgi ou pyâyi (plaisir).

    3 - Dans certains cas la mouillure transforme la consonne elle-même, notamment après c et g.

      Le "c" mouillé devient "tchy" ou "ty" : Tchyeudré (coudrier, noisetier), etchyeule (écuelle), tchyi-don (qui donc). Ce "tch" se retrouve dans le cri d'appel des "couessots" : "tchyut, tchyut, tchuy". Là aussi, des cas à la limite, avec différences régionales ; le curé peut être le tchyeuré ou le queuré, mais curer est queuer (avec un son "k" dur). Quand le "c" est suivi de "l", le son "k" se mouille : en "quy" (quyar, quyou, quyé, quyaiquer), en "ty" (tyaper). Mêmes difficultés pour les "cl" en fin de mots que pour "bl" : onquyë (oncle), mirâquyë (miracle), çarquyë (cercle). Parfois le "c" peut devenir "t" : reutler (racler). De même, les mouillures du "c" se rapprochent dans certains cas de celles qui suivent un "t" : tchyuer (tuer), ratchyau [râteau), tchyordë (tordre). A titre de référence, en polonais, le "t" se mouille en "c".

      Le "g" mouillé devient "djy" ou "dy", comme d : djyé (guère) ; djyeu (dieu), djyabyë, djyor (dehors), djyôrer (chasser, mettre dehors), morvandjyau... "Gl" devient carrément "y" : épin-yë (épingle), san-yer (sanglier), èyan (gland), yaice (glace), yeuner (glaner)... Mais dans égli- (église), "gl" reste.

      Le "l" seul se transforme aussi en "y" : en début de mot : yein (lieu), yève (lièvre), yeu-x (leurs, mais loeutë pour leur) ; à l'intérieur des mots : escayé- (escalier), souyé- (soulier), ateyé- (atelier)...

      "R" et "s" à l’intérieur de certains mots deviennent également "y" : pour "r" : queuyeux (curieux), hiyeux (heureux), mailhiyeux (malheureux), tiyer (tirer), viyer [virer), moÿ (mûre, le fruit) ; pour "s" : ciyau {ciseau), diyant (disant), écrâyer (écraser).

    4 - Le "n"' se mouille de plusieurs manières : en début de mot : nyué (nuit) ; en milieu de mot : çâgne (chêne), frâgne (frêne) ou selon la règle de la mouillure par "y" : çânyë, frânyë... ; en fin de mot : par palatalisation des terminaisons en "in", "ain", "ein", "un"... Mais cette palatalisation étant à peine marquée dans certaines parties du Morvan, le problème se pose de savoir si l'on supprime toute nasalisation ou non dans l'écriture.
    Si l'on retient uniquement la palatalisation, souvent transcrite par egne (pegne, vegne, bodègne, megne), celle-ci apparaît exagérée et source de confusions à la lecture. Dans la logique de transcription de la mouillure par yë et pour prendre en compte ces différences de prononciation, on peut écrire pain-yë, vin-yë, bôodin-yë, main-yë, cëmin-yë (chemin), un-yë (un). Autres possibilités, le son "gne" (paingne, vingne) ou la tilde espagnole : pain (mais le clavier français ne l'a pas), ou le "nh" des langues d'oc (mainhë).
    Autre forme de palatalisation : ël seine (le sien). Mais la palatalisation n'est pas générale ; la nasalisation subsiste dans : rîn ou ran (rien), transcrit par raîn et, plus ou moins marquée, dans bîn ou bé (bien), transcrit par beîn, voire beînyë. Enfin, la nasalisation existe en morvandiau et pas en français pour certains mots écrits avec deux "n" ou deux "m" : ân-née, tân-ner (tanner, mais surtout frapper fort, battre), cân-ner, hôn-mes (homme) (mais aussi houme), pôn-me, mîn-nyué (minuit).

B - Le MORVANDIAU TRANSFORME les CHUINTANTES en SIFFLANTES et INVERSEMENT

    1 - "Ch" devient "s" ou "ç" : en début de mot : çaiyot (chariot), çarme, camp, çarcer, çeumënée (cheminée), çâtyau, çaud, çâtainyë ; dans certains cas, avec durcissement (renforcement du "s" ou allongement) + mouillure : sçyein {chien) ; dans d'autres cas avec maintien d'un certain chuintement : sçeu ou scheu (chez), schmyi (chemise) ; à l’intérieur des mots : ëçolle (échelle), mâçouëe (mâchoire) ; en fin de mot, tout spécialement pour ceux en "che" : byance, pyance, pieuce (pioche), vaice (vache).

    2 - "S" devient "ch" : en début de mot : chu (si ou sur) , choeur (soeur) ; à l’intérieur, des mots : baicher (baisser), bicher ("biser"), ichi (ici), laicher (laisser). La différence de prononciation pour le "s" chuinté n'est pas toujours évidente : marschedon ou marsse-don (marche don).

    3 - Cas particulier de "s" et de "ch" devant "t" devenant "z" : aiz'ter ou aizeuter (acheter), réseuter (rester, habiter). Par contre "st" en début de mot a tendance à devenir "est" : estatchyue (statue), estâchyon (station).

    4 - Par extension de "che" devient "s" ou "ç" : pour des raisons souvent étymologiques, "c" (k) devient aussi "c" (s) ou "sch" : mâceuer ou mâscheuer (maculer, tacher).

    5 - La différence entre "z" et j " (ou "ge") est incertaine : âze (âge), zaiper, zambe, zôor, tôozôor, zôornau, auzëdé ou auzôordé (aujourd'hui), zaune, zeusser (jûcher), zeuer (jûrer), zënôo (genou), zu (joug), zéler, zeindë (gendre), linze, sanzer, beurzer (berger), mëzer (manger), frôomaize ou fôormaize, neize...
    La prononciation "j", même quand elle subsiste n'est pas toujours très nette ; parfois elle tient un peu du "gi" italien. Elle se rapproche : tant de "z", mais moins marqué que dans les mots ci-dessus :
    jaîmâ ou zaîmâ, zardîn-yë ou jyardîn-yë, naiger pour le distinguer de neizer et de naiyer (noyer) ; tantôt de "ch" avalé : tâche touai (tais toi).
    Par contre "j" subsiste dans le bas-Morvan nivernais : dans des mots typiquement morvandeaux : jouper (sauter), braîjer (enfoncer dans la boue), pôojer (mettre le pied dans l'eau involontairement), ôortijer (fouetter avec des orties) ; en remplacement de "y" : joux (yeux), noûjer (noyer, l'arbre) ; dans des mots contenant des "s" ("z"- en français) : âjé (aisé), âyé dans le Haut-Morvan, aigueujer (aiguiser), aibeujer ou aibeuyer (amuser), mâjon ou mâyon, râjon (raison), oûjeau (oiseau), oûjon (oison), teujon (tison), râjin (raisin)...

C- Le M0RVANVIAU TRANSFORME parfois la GUTTURALE "c" (k)

    Notamment devant "r" ou "l", en "g" : grâpyau, grouler (secouer), Gyaude (Claude), égoûsser (écosser), goûsse (cosse)...

D - Le MORVANVIAU INVERSE les LETTRES INITIALES

    - à l’intérieur d'une syllabe initiale pratiquement toutes celles en "re" deviennent "air", "ar" ou "er" selon les pays : ervoué, erveni, erfé ; mais aussi : èltié (litière). La prononciation de "le" se rapproche de ce phénomène dans la mesure où le "l" initial est aspiré en morvandiau pour devenir pratiquement "ël" ;

    - à l'intérieur des mots : queurier (crier), teurier (trier), queurtien (chrétien), peurier (prier), peurièle (prière), gueurnier (grenier), gueurne (graine), gueurzi (grésil), gueurnouille (grenouille), peurne (prune), peurmier (premier)...
    Mais là aussi la règle accepte son contraire : dreumi (dormir), fromer (fermer).

E - Le MORVANVIAU SUPPRIME "r", "s", ("z"), "v", "d", DANS BEAUCOUP de MOTS

    - "r" : spécialement dans la dernière syllabe, pour des mots en ir et re, surtout les verbes : fé (faire), pren (prendre), rende (rendre), vende (vendre), crai (croire), voué (voire), écri (écrire), vëni (venir), tëni, alfé, pé, mé, fré, barrié, passé-ël, rivié (ou riyé ou ervyé), pôo (pour), bounheu (bonheur)... Mais aussi à l'intérieur des mots : âbre (arbre), pieu-er, coui (courir), étchyu-ië ou équeu-ië (écurie)...

    - "s" : égli, cau-er, ché, choue (chose), béeti, pôoer (poser), erpôoer (reposer), fu-i (fusil) ;

    -"v" : couer, pôore yieux (pauvre vieux), chouau (cheval). Dans trôouer (trouver), le "v" devient pratiquement l'équivalent du w anglais ;

    "d" : ven'redi, verbes au conditionnel régulier, fauraut (faudrait), vouraut (voudrait).

F - Le MORVANDIAU SUPPRIME des CONSONNES en FIN de MOTS

    neu, boeu, soué (soif), bé (bec), soi ou sâ (sac), mié (miel), tôoseu (employé pour, seul).

G - Le MORVANVIAU AJOUTE des CONSONNES en DEBUT de MOT

    " v " : vou beîn (ou bien), vu pour "eu" mais il s'agit-là d'une, contraction de "ai vu" (verbe avoir), si bien que "vu" peut signifier "eu" du verbe avoir (dans d'autres pays du Morvan on dit : ru), vu (du verbe voir) ou aller au passé (y seus vu aî . . . je suis allé à...) ; "m" : mainder pour ainder (aider) (vîn don mëmainder) ; "d" : doûter pour oûter (ôter) (doûte touai dëlai), doûvri pour oûvri (I peux pas loi douvri-e), d'ëveni, deudëpleî (depuis).

H - Le MORVANVIAU TRANSFORME le FINAL "al" en "au" :

    animau, mau, zôornau, chouau...

I - REMARQUES DIVERSES sur les CONSONNES

Il est des mots qui, cumulant plusieurs de ces transformations ressemblent bien peu au français : maiyssau (maréchal ferrant), quit choue (quelque chose). Dautres sont très simplifiés : chëtel, en-loupé (enveloppé). Il reste enfin des consonnes difficilement prononçables : deux exemples (ce mot "exemple" fait penser que "x" n'existe pas en morvandiau, il devient "z" ou "s" : ezempyë ou espyiquer) :

    - un "peu" (alors que "peut" existe dans le sens de laid ou de diable) devient pso, mso, pcho, mcho... ; pour ne pas trop s'éloigner de l’étymologie et des analogies (racine paucdonnant, poco en espagnol, po en italien), mais également marquer la mouillure, nous suggérons d'écrire "pschô".

    - l'œuf couvé mais non fécondé et pourri qui sent si mauvais quand on le casse est un "oeu pnâ" ou "knâ". Comment traduire le petit coup de glotte nasalisé du début ? Là un exercice collectif de prononciation (non morvandiau élevé au pays s'abstenir !) s'impose pour choisir l'écriture.

II - Les VOYELLES

Si pour les consonnes, le recours à des signes diacritiques peut être évité, il ne parait pas en aller de même pour les voyelles ou diphtongues, essentiellement en raison des différences de prononciations locales. Ainsi à "pauvre" correspond poor, paure, poûr (son "ou" long comme poor anglais), pôô ; de même, pour "pour" ou "par" : pou(r), poo, pô...
La meilleure transcription de ce son long et diphtongue paraissait être un trait sur la voyelle pour l'allonger, mais le clavier des machines à écrire ne le permet pas ; d'où la proposition de retenir "ôo", qui pour certains traduira aussi le son "ooû". Par contre pour les voyelles allongées é et i , qui correspondent à la disparition des consonnes "z", "s", "v", "d",.., plus ou moins marquées selon les parties du Morvan, un code devenait nécessaire ; nous proposons le tiret accolé au mot (plutôt que les deux points suggérés par certains) : pé- représentera pour les uns péée, pour les autres péé(r)e, fé- équivaudra à féée, fée(r)e, aivenir- à aiveniie, aiveni (r)...
Enfin certaines diphtongues plus marquées en morvandiau qu'en français, à l'intérieur des mots, se transcriront par un recours à l'accent circonflexe : noûchëté-ël (noisetier).
Par ailleurs, les différences de prononciation des "an", "in", nasalisées, nécessitent un signe commun ; nous suggérons "aîn" entre "in, "ouin" et "an" : airaînzer (arranger pour airinzer, airanzer, airanjer, airouinzer) ; ainsi que raîn pour rîn et ran (rien). Pour les autres mots en "ien" nasalisés, nous proposons "eîn" : veîns (viens). Pour l'ensemble des voyelles, il apparaît difficile d'édicter des règles tant les variantes sont grandes.

A - Le "A" FRANÇAIS EQUIVAUT SOUVENT en MORVANVIAU à :
    "ai", "aî" : aitaicer (attacher), aipren (apprendre), aipré-, painé, aî (à), lai (la) ; mais à l'inverse le "â" morvandiau correspond à "ai" français : quyâr (clair), mâté- mâtrosse ; "eu" dans certains cas et certaines régions : treuveil ou traiveil (travail) ; "o" : se toler (se taler : se faire mal), loper (laper) ; "au" notamment pour les verbes à l'imparfait singulier : c'étaut (c'était), i vënaux ; "eint" (ou einyë) pour l’imparfait pluriel : ê tiyeint ou tiyeinyë (ils tiraient).
B - Le "E" FRANÇAIS CORRESPOND à PLUSIEURS LETTRES en MORVANVIAU

    1 - Tout d'abord à "e" muet, très largement utilisé en morvandiau et que l'on transcrit souvent par une apostrophe. Afin d'éviter la multiplication de ce signe et pour résoudre des problèmes de prononciation de consonnes, déjà examinés, il est proposé d'utiliser "e" avec tréma "ë".

    2 - "o", "eu", "on", "ou", "a" pour ê, e-, é (ou certains "a") : pour les mots en êt, ette (r), ele (r-), elle(r-) ; "o" : ot (est), prot, çarrotte (charrette), noûjotte ou noûyotte (noisette.), tôter (têter) ; "eu" : aipeule (appelle)... ; mais souvent, les correspondances ne sont pas aussi nettes, et selon les régions du Morvan, elles diffèrent : déteule-lu (ou leu), détole-lu (ou leu) (détèle le). Pour les sons se situant entre "o", "e", "oe" et "a", recours préconisé à la transcription "oe" ou "aë" : baëlle (belle), paëlle (pelle).

    Devant d'autres lettres "r" en particulier, mêmes difficultés : peurmier, beurzer ou borzer, fromer, gueurne (graine) ; mais le plus souvent, équivalence "a" en morvandiau : tarre, var, piarre, forme, fiar, aiparçu (exemple d'inversion "ai", "a" entre le français et le morvandiau, tout comme "Ihivar airrive" (l'hiver arrive), "o" également pour le "e" français correspondant à "a" : fonne (femme) ; "oué" pour "ei" ou "ê", poueiner (peiner), révouèiller, dépouèsser (dépêcher).

    Dans le Haut-Morvan, le son français "é" des pronoms et articles correspond également à "â" : là (les) ; ailleurs il est plus fermé et plus allongé : lé- ou lai-. Pour rapprocher la seconde phonétique de la première, nous proposons la transcription par "laî", distinct de "lai" (son plus court qui correspond à "la"). De même, pour les verbes commençant par "dé" daîfé- (défaire).

    3 - "ou" pour "eu" ou "oeu" : nou, quoue (queue), et certains noms en "eur" pou- (peur)...

C - Le "I" FRANÇAIS EQUIVAUT SOUVENT à "I" en MORVANVIAU

    Mais ce son peut glisser vers "ei" plus ou moins marqué selon les régions :feille (fille). A l'inverse, peigne devient pratiquement pigne ; "u" glissement, qui peut être également plus ou moins net : chu (si, mais aussi sur). A l’inverse "i" morvandiau correspond à : "ul" ou à "ueil" français : quiller (cuiller ou cueillir). Le "i" français disparaît dans les mots en "ier" : pon-mer (pommier), pouai-er (poirier).

D - Le "O" FRANÇAIS équivaut à

    plusieurs voyelles morvandelles : "eu" : pieuce (pioche) ; "ou" le plus souvent : moucyau (morceau), coûtchyé (côté), voûler (voler avec des actes), et pratiquement dans tous tes mots en "omme", "onne", "onner" : coume, coumencer, douner, touner... A l’inverse, "a" dans certains cas : artaut (orteil).

    Le "Oi" FRANÇAIS EQUIVAUT à "ou" très souvent : mounyau (moineau), pouchon (poisson), mouchon (moisson) ; "ouai", "ai" ou "oué", selon les régions touai (ou tai) (toi), endrouait (ou endrait), mouaitchyé (moitié), touët (toit), fraid (froid), armouér-, poué (poire). Dons certaines parties du Morvan "oi" correspond à "a". Pour transcrire ces différences, nous proposons le son "ouaî" nouaîr (noir), souaîrée...

    Le "OU" FRANÇAIS PEUT EQUIVALOIR à : "ô", "ôo", "eu" : côper, tôosser, teucer (toucher), peuvons (pouvons) ; "oué" : mouésse (mouche) ; ou encore à "ë" correspondant à une disparition de voyelle : vëlons (voulons), de même pour "oi" : vëlai (voilà).

E - Le "U" FRANÇAIS EQUIVAUT le PLUS SOUVENT à "EU" MORVANVIAU
    Beuce (bûche), feuser ("fuser", aller vite), heuler (hurler), queume (écume), leune. De même, pour "ui" : queuche (cuisse), (mais cuisser correspond à coucher - droit de cuissage), treue, pyeus (pluie)...
    Mais il existe en morvandiau un son dur entre eu, i et u qui n'a pas d'équivalent en français et qui se prononce la bouche à peine ouverte, en venant de la gorge, à la différence de "i" et "u". Il est utilisé en particulier pour transcrire "înne" ou "eune" dans le sens de "une" ou bien pour "pï-" ou "peu" (étymologiquement puis - en fait, traduction de "et"). Il est proposé de rendre ce son par eî : "eînë", peî, à défaut de mieux (dans les langues slaves c'est à peu de chose près le son dur "y").
F - DISPARITION des VOYELLES
    Aux cas déjà vus, ajoutons les contractions comme : mlalde, à rapprocher de la transformation du son "mala" ou "male" dans les langues slaves en "mla" ou "mle". Proposition d'écriture : mëlalde ou mlalde ; de même : mënager ou mnager (réaliser, organiser, "manager" en franglais)...

III – APPENDICE

    Les mots qui ont servi de référence sont des vocables morvandiaux qui ont suivi leur évolution propre, parallèle à celle du français. Par contre, certains mots, français ont été "déformés" par la prononciation morvandelle. C'est un phénomène que l’on peut qualifier de morvandellisation. En appliquant quelques règles édictées précédemment à ce terme lui-même, on peut le transcrire par "morvan djolli yaichon".
    A titre d'exemple, la mouillure des mots en "tion" et"ction" donnant en morvandiau "chyon" et "tchyon", fonction devient "fontchyon", fonctionner "fontchyonner" et fonctionnaire "fontchyonnâr". Même les noms propres subissent ces modifications. Hitler était devenu Hickler !
    La référence à des langues slaves était tout à fait volontaire, car les problèmes de prononciation voisins de ceux du morvandiau y ont été réglés par l’écriture, contrairement à ce qui se passe en anglais, par exemple, pourtant proche dans bien des cas du morvandiau. A titre d'exemple, d'ailleurs, le mot "culture" anglais est plus proche du "queultchyeure" morvandiau que du "culture" français.
    Transition voulue, pour écrire que :
"Fé vivë lai queulchyeure dë son pays, ç'ot treuveiller pôo soun aiveni-, peî... cau-er morvandjyau, raîn de pyu byau-.

Le langage de Fretoy

Le langage du Morvan en général s'est épuré depuis les émigrations à Paris des nourrices et des ouvriers. Il se rapprochera de plus en plus de la langue maternelle, dont il n'est qu'une branche d'ailleurs, selon que l'instruction primaire pénétrera et s'établira dans les campagnes, et par ce côté aussi consolidera l'unité nationale.
Aux yeux de l'étranger, l'idiome morvandeau a toutes les apparences d'une langue barbare et inintelligible, mais ce n'est qu'une apparence, en effet, car ce patois, pauvre de signes mais riche d'expression et de mimique, n'est que le français de nos pères, un français défiguré par le temps, recouvert des terres d'alluvion des âges, mais ce n'en est pas moins un bon vieux français. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire le Glossaire du Morvan publié, en 1878, par M. Eugène de Chambure, propriétaire à la Chaux...

...Cet idiome se distingue par une foule de nuances locales qu'il serait fort intéressant d'étudier et qu'on pourrait représenter par une carte teintée. On sait avec quelle foi, quelle persévérance le peuple ignorant conserve ses habitudes, ses mœurs et sa langue, même au milieu de gens ayant d'autres mœurs et à un langage différent. Ainsi, Fretoy, Planchez, Corancy, Chaumard peuvent former une nuance , un groupe : Arleuf, Fâchin, Villapourçon, Préporché un autre ; etc.

Principales règles grammaticales

Les principales règles grammaticales de notre idiome, qui a aussi son attirail de règles et d'exceptions tout comme les grandes langues nationales sont :

    A se prononce ai dans les noms : ami, adieu, amour, agneau, aimi, aidieu, ainzour, aigneau ; et dans les verbes : arriver, allonger, apprendre, airiver, ailonger, aiprendre, etc.

    L'article se place devant les noms propres de personnes : le Jean, la Marie.

    Il n'y a pas d'ê ouvert, il est remplacé par l'é fermé : tête, bête, fête, père, mère, frère, règle, guère, font téte, béte, féte, pére, mére, frére, régle, guére ; et par analogie : claire, plaire, notaire, font cliére, pliére, notére.

    L's entre deux voyelles s'élide ; ainsi maison, toison, poison, prison, saison, cerise, fraise, font maïon, touïon, pouïon, priion, saïon, ceréïe, froïe.

    Re se change en er dans reporter, reprendre, revivre, retirer, etc. ; erporter, erprendre, ervivre, ertirer.

    Ce qui défigure tant le langage morvandeau, c'est l'omission des liaisons. Ainsi on dit : lée enfants, lée années, lée hommes, lée œufs, mé haibits, ou bien encore : las renfants, las rœufs, las rhoumes, etc., selon les localités.

    In, ain se prononcent ingne, aingne ; pain, raisin, main, cousin, républicain, font paingne, rasingne, maingne, cousingne, republicaingne.

    Comme se, sp, st sont difficiles à prononcer, on fait précéder ces articulations d'un e, ainsi scandale, spirituel, scorbut, font escandale, espirituel, escorbut.

    Le ch disparaît presque toujours : Château-Chinon, chien, chemin, charpentier, acheter, boucher ; Çateau-Cignon, Cien, Cemingue, Çançon, Çarpenté, aiceter, bouécer.

    Par contre, où il y a deux ss ou même un s dans le français on les remplace par ch dans le morvandeau : moisson, poisson, suif, sourd, six, cidre, scie, font mouchon, pouchon, chui, chourd, chie, chitre, chie. Il y a beaucoup d'exceptions, il est vrai, mais cette anomalie n'en est pas moins curieuse.

    Le z remplace souvent le j : jour, jars, jardin, joie, jeune, déjà, font zor, zars, zardin, zoie, zeune, dézè ; jurer, jeûner, zeurer, zeuner, etc.

    Les noms et adjectifs en eur se changent en ou : menteur, fumeur, chanteur, faucheur, font mentou, fumou, çantou, foissou ; le féminin fait oure, mentoure, çantoure.
Nous laisserons de côté les nombreuses règles secondaires et les non moins nombreuses exceptions pour renvoyer le lecteur désireux de connaître ce dialecte plus à fond aux ouvrages spéciaux.

Statistique de la commune de Fretoy - Jean Simon - 1883