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...L'espèce du bétail est petite mais d'une qualité supérieure et dès que le printemps arrive, il se tient dans beaucoup d'endroits des foires fréquentes qui favorisent ce genre de commerce. Du reste point de débouché, ny de communications établies; la poste ne parvient de Nevers à Château-Chinon que tous les quinze jours, avec incertitude, et par le moyen de messagers que les inconvénients de la saison arrêtent souvent pendant l'hiver; la route d'Autun est plus fréquentée; c'est de cette ville que l'on tire les ressources de la vie et il y a lieu de croire que lorsque la communication projetée de Châlon à Nevers passant par Autun et Château-Chinon sera ouverte en entier, le passage du Nivernois dans la Bourgogne sera fréquenté et mettra le pays du Morvand plus à portée des secours dont il a souvent besoin; cette route n'est encore tracée que par parties; elle ne l'est pas dans les environs de la terre de la Tournelle, et c'est ce qui fait que les sujets de cette terre sont forcés d'aller faire leurs corvées au loin; il est à désirer que Mrs les intendants de Dijon et de Moulins s'entendent pour qu'elle le soit dans toute sa direction afin de pouvoir solliciter l'employ des habitants à portée de leurs foyers.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la seule voie de communication utilisée pour se rendre en Morvan était la grand'route de Paris à Lyon qui écornait le massif ancien entre Avallon et Saulieu.
En 1790, la diligence partait cinq fois par semaine, à minuit, de la rue Notre-Dame-des-Victoires. On dînait à Montereau et l'on s'arrêtait à Sens pour coucher ; le lendemain matin, dîner à Auxerre, coucher à Lucy-aux-Bois ; le troisième jour, dîner à Saulieu, coucher à Autun.
En 1852, au moment où se construisit le réseau routier. Dupin, qui fut son créateur, pouvait écrire : « Le Morvan si l'on formait une enceinte de territoire compris entre Château-Chinon, Autun, Saulieu. Avallon et Lormes, compose un massif d'environ douze lieues de côté, à travers lequel, il y a quarante ans, on ne trouvait ni une route royale, ni une route départementale, ni même un chemin de grande vicinalité en bon état. Point de ponts, quelques arbres bruts à peine équarris jetés sur les cours d'eau, ou, plus ordinairement, les pierres disposées çà et là pour passer les ruisseaux. Ainsi, cette contrée au cœur de la France était une véritable impasse pour les pays voisins, une sorte d’épouvantail pour le froid, la neige, les aspérités du terrain, la sauvagerie des habitants, un vrai pays de loups dans lequel le voyageur craignait de s'égarer... Qu'on se représente un chemin pierreux, tortueux, montant ou descendant sans cesse, traversé à chaque pas par des ruisseaux venant du faite des montagnes, bordé de haies vives ou creusé comme un ravin, et l'on aura ainsi une idée de l'un des meilleurs chemins du Morvan. Que l’on juge d'après cela de l'état où devait être un chemin que les habitants appelaient eux-mêmes un chtif (chétif) chemin...
Un pays qui pouvait offrir un transit court et facile de l'Est à l'Ouest de la France n'était qu'une impasse impénétrable pour tout autre roulage que celui des voitures à bœufs »
En 1830, le Morvan nivernais ne possédait que 156 kilomètres de routes pour 1 800 kilomètres carrés : en 1889, il en comptait 1 564, soit dix fois plus.
Les galvachers étaient des agriculteurs originaires du Morvan qui partaient "se louer" avec leurs bœufs afin de réaliser des travaux de hâlages requérant une forte puissance de traction. Il s'agissait essentiellement du débardage des forêts. Ce métier a pris une forte expansion au XIXème siècle pour s'éteindre après la Seconde Guerre mondiale.
Traditionnellement les galvachers quittaient leurs villages après avoir planté les pommes de terre (au printemps) et revenaient à la Saint-Martin (en automne). Ils restaient donc absents durant à peu près six mois.
L'aire géographique de l'action des galvachers est grande, puisqu'elle s'étend au nord jusqu'à la région parisienne et la Champagne.
Le bœuf est au cœur du métier de galvacher à tel point que l'on peut parler d'une "civilisation du bœuf". À l'origine ils utilisaient la race "barrée", maintenant éteinte, une espèce petite, rousse, avec une barre blanche sur le poitrail, puis la salers, enfin la charolaise. De l'achat de la bête lors des grandes foires comme la Saint Ladre à Autun jusqu'à son utilisation dans les forêts, c'était tout une éducation complexe qu'il fallait mettre en œuvre afin de faire obéir et travailler un animal qui pouvait peser jusqu'à une tonne.
Les techniques employées étaient variées et ont évoluées avec le temps. Elles permettaient de charger sur les charettes des grumes d'une dimension parfois extraordinaire et pesant plusieurs tonnes. Le spectacle de la lente traction des grumes au rythme chaloupé des bœufs encouragé par les galvachers au son d'un chant très particulier appelé "tiaulage" était fort impressionnant.
Par delà l'intérêt financier indéniable de cet "exil" de plusieurs mois, la galvache a permis à une part de la population morvandelle, au même titre que l'industrie des nourrices, d'entrer en contact avec d'autres territoires et d'autres mœurs.
Qu'était-ce donc que ces galvachers au nom étrange ? C'étaient des charretiers du Morvan qui, durant la belle saison, entreprenaient dans des contrées éloignées des charrois qu'ils exécutaient avec des boeufs amenés de chez eux. Trompés par le rapprochement facile du mot avec gallus, gaulois, certains auteurs locaux ont voulu voir dans le nom du galvacher morvandiau le souvenir du bouvier gaulois alors que, selon de Chambure, la particule gal aurait un sens péjoratif que l'on retrouve en vieux français et dans nombre de mots du terroir. Et, si les chercheurs qui ont tenté d'expliquer plus scientifiquement l'origine du mot ne sont pas d'accord sur son étymologie, tous, du moins Bogros dans son Histoire de Château-Chinon, Jaubert dans son Glossaire du Centre et de Chambure dans son Glossaire du Morvan, sont unanimes à affirmer que la galvache implique une idée de vie errante et relâchée.
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On fit venir le nom de Galvacher de gallus = gaulois, aussi de galvaudeux, la particule gal prise avec un sens péjoratif. Ne pourrait-on retenir galt (de gaut, germanique wald = forêt), nos hommes étant alors des vachers des bois ? Un rapprochement ne serait-il pas à faire, plutôt, avec gavaches, non pas dans le sens de fainéant ou canaille, mais comme qualificatif d'étrangers, de "gens d'ailleurs" : le "Larousse" voit en gavache un "nom dédaigneux qu'on donne, dans la Gironde, à des personnes d'une origine étrangère, et en Espagne aux Français mal vêtus". Ne dit-on pas, par plaisanterie, d'un Auvergnat que c'est un gavache ?
A noter que le terme gavatx désigne, pour les Catalans, les habitants de l'Aude : encore des étrangers victimes du "blason populaire" !
Ne serions-nous pas tentés, alors, de nous en remettre au sanskrit nommant vaches et nuages d'après le même attribut, gavas ceux qui marchent ? Pierre Guiraud, dans ses "Locutions françaises" (Que sais-je ? n° 903) écrit que "de cette homonymie serait née la légende d'Hercule et du bouvier Cacus, gardien des vaches du ciel"
Qu'il nous suffise de dire que les galvachers, entrepreneurs de charrois exécutés avec leurs boeufs, partaient en mai pour ce qu'ils appelaient les "pays bas" (Yonne, Côte-d'Or, Allier, Loiret) où ils transportaient principalement les produits des exploitations forestières jusqu'aux points d'utilisation ou d'expédition ; ils revenaient au pays à la Saint-Martin et passaient une partie de l'hiver à réviser les chars et réparer les harnais. La galvache "qui enlevait la plus grande partie de la population masculine valide de certaines localités, Arleuf, Gien-sur-Cure, Saint-Brisson" n'est plus qu'un souvenir bien qu'elle se soit maintenue jusqu'à la guerre de 1914 à Gien-sur-Cure et Anost. Nous reste de ce métier rude et peu rémunérateur, un chant dont les paroles ont été écrites par Sauron, en 1847, sur l'air d'une vieille complainte lyrico-épique.
Le travail des boeutiers différait sensiblement de celui des galvachers, les propriétaires et fermiers des pays betteraviers du nord de la France venaient en Nivernais acheter de robustes boeufs blancs ; pour les mener, ils louaient des domestiques en Morvan, surtout. Ces départs dits "pour la Picardie", étaient parfois définitifs, les salaires élevés retenant les boeutiers.
Une troisième forme de la migration des meneurs de boeufs était la conduite des bestiaux du Bazois ou des Vaux d'Yonne pour le ravitaillement de Paris. "Avant la construction des voies ferrées, les toucheurs menaient à pied leurs bestiaux jusqu'aux marchés de Sceaux ou de Poissy où venaient s'approvisionner les bouchers parisiens. Ils conduisaient quatorze boeufs à la fois et le trajet durait douze à quinze jours."
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D'où vient ce mot curieux de "Galvacher" ?
Est-ce le "vacher gaulois", successeur moderne du bouvier antique, comme l'affirment certains, faisant de "gal" - gallus -, gaulois ?
Dès 1878 pourtant, Eugène de Chambure, dans son Glossaire du Morvan, écrivait que "la galvache implique l'idée d'une vie errante et relâchée". Il citait même le mot "galvachou", "coureur de grands chemins, vagabond".
Le sens et l'origine du mot "galvacher" ont été définitivement donnés, par un Morvandiau authentique, le meilleur spécialiste des patois du Morvan et de l'ancien Français, Claude Régnier, Professeur à la Sorbonne :
Les "galvachers" sont bien des "voituriers morvandiaux qui descendent de leurs montagnes pour exercer leur profession de petits entrepreneurs de transport". Le mot n'est pas d'origine morvandelle, mais berrichonne : galvache est une déformation de "galouache" ou "galouage", le fait de "courir les chemins".
"En fait, il s'agit bien de termes péjoratifs au départ. Les surnoms ne sont jamais élogieux, même à l'intérieur du même groupe humain. Voici des exemples morvandiaux : les habitants de Saint Léger-de-Fougeret, qui passent pour vaniteux, ont reçu de leurs voisins le nom de "dresse- oreilles" et les gens d'Arleuf sont les rô d'Arleuf. On a soutenu qu'ils devaient ce surnom au fait qu'ils se précipitaient comme des rô (des éperviers) sur les jolies filles de Château-Chinon ; la bonne blague! Ils le doivent à l'emploi fréquent qu'ils font de rô, soit pour "le" (celà) - I vâ rô i dire - "je vais le lui dire" soit pour "leur" - I atât reû se rô - "j'avais été chez eux" : les habitants des villages qui n'emploient pas "rô" se figurent qu'ils parlent mieux !...
A plus forte raison les appellations seront-elles dénigrantes lorsqu'elles sont données par des hommes de la plaine à des hommes de la montagne, par des sédentaires à des travailleurs ambulants. "
II faut donc renoncer à trouver une origine noble à galvacher ; mais les descendants de ces vaillants ne s'en porteront pas plus mal".
"Galvacher" est un surnom, donné, par moquerie, aux charretiers morvandiaux, par les Berrichons, chez qui ils venaient faire des charrois : le Galvacher, montagnard jugé et un peu méprisé par les gens de la plaine, est un "traîneur de chemins".
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Il m'est toujours un peu gênant d'utiliser le terme de Galvacher qui ne correspond pas à grand chose. On a épilogué sur ce mot qui serait d'origine berrichone, avec une connotation péjorative pour parler de ces "étrangers" venus d'une région plus pauvre.
Néanmoins, administrativement, ce métier est celui de "charretier", de "voiturier" ou "voiturier par terre" ; c'est ce qu'on retrouve dans les actes de mariage ou de décès notamment.
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Galvacher, galvachers ... Pour les Morvandiaux et les vieux surtout qui n'ont pas lu tous les livres sur le Morvan, ce mot ne signifie pas grand'chose. Seul le groupe folklorique des Galvachers * popularise encore le mot ainsi qu'une chanson dont l'origine est incertaine.
Mais ceux qui ont connu ou entendu parler des hommes qui partaient travailler avec des boeufs à l'extérieur du Morvan, ceux là ne disent pas "galvachers". Ils parlent tous des charretiers, ceux qui partaient se louer pour mener les boeufs comme aujourd'hui le font les routiers avec les camions de transports. Et ces charretiers, le plus souvent, n'étaient pas propriétaires des boeufs c'est un gros entrepreneur qui les embauchait comme à Corcelles (Anost) où un dénommé Ravier avait 60 paires de boeufs.
On peut penser que le mot "galvacher" leur a été donné par les gens de l'extérieur qui, voyant venir les gars du Morvan étaient sur la défensive et le doute. Il y en a assez en France et dans le Morvan qui voient les travailleurs ( bûcherons ou autres ) du Portugal ou de l'Afrique du Nord d'un oeil méfiant si ce n'est hostile sous prétexte qu'ils ne sont pas du pays. Alors l'effet était le même pour les Morvandiaux qui débarquaient dans le Berry, la vallée de la Saône ou ailleurs , on se moquait de leur parler, on les taxait de vantards et de courandiers. Ma foi, on en prend et on en laisse, il y en avait des bons et des ch'tis, comme partout.
En tout cas, c'est fort probable qu'on leur a donné un nom et ça pourrait bien être "galvacher".
Pourquoi "galvacher" ?
Parce que dans le sud de la France, un phénomène semblable se produisait. Les Montagnards des Cévennes et de la Lozère qui descendaient dans les plaines de vignobles et de culture étaient appelés les "gavatches" ou "gavaches" par les gens du pays où ils allaient travailler. Et les Alpins qui descendaient en Provence étaient appelés les "gavots".
Tout ceci n'est pas certain, ce n'est pas une affirmation mais ce qui est sûr c'est que le mot "galvacher", est très peu employé par les vieux agriculteurs du Morvan qui disent "charretiers".
* Groupe folklorique de Château-Chinon - 58
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Enfin il y avait la "galvache" ! Des Morvandiaux encore, qui se louaient, eux et leur couple de boeufs, enjougués pour faire les grands charrois forestiers, ou les transports de pierre de taille.
En mai ils quittaient le Morvan pour ce qu'ils appelaient les Pays-bas : Beauce, Brie, Yonne, Côte-d'Or, Loiret, Saône-et-Loire, Allier, Rhône ; ils ne rentraient qu'à la Saint-Martin et passaient leur hiver à faire les débardages forestiers chez eux et à réviser leur attelage, leurs harnais, les jougs et les fers de leurs bêtes.
On les voyait passer au pas lent des boeufs, marchant devant le joug, l'aigulon en travers des cornes, chantant à mi-voix la complainte qui charme.
Si on avait une coupe de bois à débarder, un lot de troncs de châgnes à descendre vers les usines de meubles d'Autun ou, plus tard, vers les gares, on leur faisait signe, on discutait des conditions, on topait et l'homme et ses bêtes commençaient le travail : il était à vous, lui et son attelage.
Certains villages du Haut-Morvan étaient presque vides pendant quatre ou cinq mois de leur population masculine valide ; c'étaient, il faut le dire, les paroisses les plus pauvres. Ces gens dont la "biaude" était longue jusqu'aux dessous du genou (elle leur servait d'imperméable alors que le grand chapeau-coulemelle leur tenait lieu de parapluie) chantaient sans arrêt tant que les boeufs devaient marcher ; s'ils se taisaient, les boeufs s'arrêtaient...
...On pense bien que, lorsque s'ouvrirent les grands chantiers de construction de la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée, ils furent les premiers à s'engager pour charrier les montagnes de terre et de pierre qu'il fallait déplacer ("déblai égale remblai") pour faire passer le rail par-dessus les vallées. C'est ainsi qu'à partir de 1848 et surtout après le coup d'État de 51, lorsque Napoléon III fit entreprendre la réalisation du programme ferroviaire de 1842, la "galvache" connut une période de prospérité soudaine.
Mais que l'on ne confonde pas les "galvachers" avec les rouliers qui faisaient les transports à longue distance sur les routes alors que les "galvachers" ne faisaient que les charrois lourds et courts : l'argile des carrières jusqu'à la tuilerie, les pierres de taille de la carrière au chantier de construction, la houille de la mine de Blanzy à l'usine du Creusot par exemple, ou encore les traverses de chemin de fer depuis la coupe où l'on dégrossissait les grumes jusqu'à la ligne, où ils ouvraient des yeux ronds devant ce "'ch'mi de far", cette route d'acier sur laquelle s'avançait un monstre palpitant, plus chaud qu'une jument, plus ardent qu'un étalon, plus puissant que dix paires de boeufs et surtout plus rapide que les chevaux de poste, les "postiers d'Auxois", et même que les demi-sangs du coche, ou que les purs-sangs de môssieu le comte !
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Au XVe siècle il y a des attestations de l'occitan gavag ou gavach "ouvrier étranger". Le mot est même passé dans le dictionnaires français gavache "injure que les Espagnols adressent aux Français des Pyrénées et du Gévaudan, qui vont exercer en Espagne les emplois les plus vils".
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"... Ainsi, en dépit des grands chemins, la corporation des galvachés a survécu, ce sont des gens des environs d'Anost faisant le service de convoyeurs et de commissionnaires au moyen de chars traînés par des boeufs."
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"Comme toutes les fois que l'étymologie d'un vocable demeure obscure, les explications proposées pour l'origine du mot "GALVACHER" sont si abondantes qu'il faudrait un volume pour les recenser et les commenter.
Je me bornerai donc à rejeter la version courante et particulièrement erronée : GALVACHER - GARS VACHER (traduction COW-BOY).
Dans "GALVACHER", l'idée dominante est celle de "GALER", vagabonder, courir les chemins, mener une existence libre et même dissolue. On sent la nuance dépréciative même péjorative.
Le galvacher était un roulier (en termes d'aujourd'hui, un routier) indépendant. Pas un galvaudeux, mais un travailleur itinérant désireux de s'évader quelques mois par an de la monotonie si pesante du village.
Métier pénible, mais quoi ! Il buvait parfois un bon coup et à l'occasion troussait des jupons, sans encourir les reproches de sa femme.
La chanson, par son caractère mélancolique et un peu traînant (au lent pas des boeufs) ne doit pas nous conduire à plaindre le galvacher.
Relisez les couplets. Son départ est une fête (les copains, les rubans, la goutte). Il va voir du pays. Que l'épouse se console : il écrira et enverra de l'argent. Mais il veut un peu d'air neuf.
L'auteur sentencieux du dernier couplet s'apitoie sur :
" ……………………….le pauvre bouvier quittant son pays, son foyer " Il constate cependant que dans ce village morvandiau…. " ………………l’ouvrage ne manque pas aux bras " et de s’interroger : " Est-il donc sage d’aller au pays bas ?
"SAGE" ? Etre sage, voilà bien le cadet des soucis du galvacher en route pour ce Pays Bas, entendez la BOURGOGNE, le BOURBONNAIS, la PICARDIE.
Voyons, voyons ! Ce n'est pas à la sagesse qu'il obéit, mais à l'impérieux, à l'irrésistible appel de l'aventure !...
"-Ti-â, Corbin ! Rossigneux ! Mes jolis !..."

La relation entre l'homme et l'animal, jadis privilégiée au sein du monde rural, pris ici, chez les bouviers du Morvan, une étrange dimension tout à la gloire de la civilisation pastorale. La totalité des textes écrits par des observateurs étrangers, le plus souvent lettrés, évoquent l'habileté de ces animaux athlétiques, comme leur étrange complicité vis à vis du maître qui, usant le plus souvent de sa seule voix, mène son charroi. Ils sont disposés naturellement à oeuvrer sur les plans inclinés, dans les chemins difficiles et pénibles, au travers des terrains abruptes comme des ravins les plus dangereux. Tous ces auteurs qui pensaient de semblable façon, notaient en conclusion : "c'est qu'en effet, aucune race sans doute, ne peut égaler l'adresse de ces boeufs Morvandiaux, petits, sobres, intelligents et travailleurs !".
La race bovine morvandelle a un type particulier, c'est un pur sang ; elle se distingue par la largeur du coffre, la beauté régulière des cornes, les jambes grosses et courtes, et la distribution franche et vive des couleurs. Ces animaux sont adroits et vigoureux, de taille moyenne, et très-propres aux charrois.
L'habileté des bouviers morvandiaux s'était forgée sur le massif : sur les pentes raides de leur montagne, les galvachers étaient devenus d'extraordinaires conducteurs d'attelages. Ils utilisèrent d'abord des vaches, puis des boeufs au XIXème siècle, ce qui les distinguaient des charretiers locaux, boeufs roux de race dite morvandelle - ou "bétail rouge" -, courts et trapus, forts et courageux, dociles au bouviers. Avec l'introduction progressive de la race nivernaise en Morvan, les boeufs des galvachers, croisés avec la race locale, sont devenus des "boeufs barrés", c'est-à-dire roux et blancs, enfin totalement blancs à la fin du siècle dernier : ce sont ces grands boeufs blancs nivernais, aux longues cornes, que nous montrent les plus anciennes photographies et cartes postales.

Ces dernières témoignent aussi de l'utilisation du chariot. Ce long char à quatre roues, avec quatre montants - en patois "effroinces" ou "effronches", parfois enlevés - bien adaptés au transport des gros fûts, n'est devenu l'outil du charroyeur que très tard, à la fin du XIXème siècle.

Les procédés de chargement d'une grume sur un chariot relevaient d'une technique bien au point.
"On chargeait à la déverse; on mettait le chariot sur champ, les roues étaient solides, ça ne cassait pas. On faisait ça quand on avait à charger un gros pied". Quand l'avant et l'arrière train du char étaient collés contre la grume qui reposait sur le sol, on relevait le premier, puis le second, "les deux boeufs déversaient le char avec un trait (chaîne). Quand ils sont habitués, ils obéissent bien : vous demandez un pas à un boeuf, il fait un pas. C'est le dressage qui fait ça, ce sont les boeufs qui font la grume en général. C'est toujours les deux mêmes qui chargeaient; quand la pièce était sur le chariot, on met tait des aifouinces, des bouts de bois ajuste pour la maintenir en place et l'empêcher de rouler".

En Haut-Morvan, le char est un instrument importé, venu de l'Avallonnais, où il avait remplacé la charrette depuis le milieu du XIXème siècle.


Les galvachers avaient d'abord formé leurs boeufs à conduire la charrette - ou "çarotte", en patois -, très bien adaptée aux charrières et fondrières des forêts morvandelles.

Les parties basses du massif ne fournissaient pas de galvachers ; c'est le Haut-Morvan qui a donné naissance à la galvache, c'est la partie la plus pauvre qui a exporté son abondante population sur les chemins du "pays bas". La migration saisonnière des galvachers est due à la nécessité, plus forte encore sur le haut massif, de trouver des ressources de complément.
Au début du XIXème siècle, c'est l'arrondissement de Château-Chinon qui fournissait la centaine de galvachers du Morvan, charroyeurs de bois pour le chauffage de Paris. Dans le canton central, au milieu du siècle, Montsauche avait 35 paires de boeufs pour la galvache; Alligny 19; Moux 51; Saint-Brisson 104.
Cette migration semble ancienne.
Il est guère facile cependant d'en situer l'origine et Dupin, en 1853, en parle déjà comme d'une chose bien établie à Anost et en général, pour le transport des vins de Bourgogne, des jougs, des pelles en bois, etc.
La mémoire humaine, quant à elle, remonte donc à la première moitié du XIXème siècle avec des souvenirs précis qui se sont transmis.
Si ces hommes, dans une première étape et ces familles ensuite pour quelques-uns, ont quitté le Morvan, c'est que, d'une part, la population y devenait trop nombreuse pour nourrir des familles conséquentes, que d'autre part, certains ont éprouvé le besoin de tenter l'aventure pour une vie meilleure et qu'enfin, on a éprouvé le besoin d'améliorer l'ordinaire, d'agrandir un patrimoine foncier, de faire ou refaire une maison et des bâtiments. Il faut donc partir; mais ce n'est pas donné à tout le monde, et tous les Morvandiaux n'ont pas eu cet esprit d'aventure. Ce sont les plus hardis qui lèvent l'ancre, attirés par des gains plus élevés ailleurs que dans le Morvan.
Les préoccupations ont été semblables pour les nourrices. Mais alors que les femmes étaient liées au pays par leur enfant, les jeunes commis charretiers ou un entrepreneur célibataire n'ont pas hésité à tout quitter pour s'installer ailleurs et y faire souche.

Et puis, il y a "la révolution industrielle" en ce XIXème siècle.
Les mines sont de véritables fourmilières dans lesquelles s'engouffrent des millions de "bois de mine"; la ville de Paris, sous l'impulsion du baron Hausmann, préfet de 1853 à 1870, est un gigantesque chantier. La banlieue, elle, commence à bourgeonner et à dépasser "les fortifs"; les chemins de fer lancent leurs lignes comme des toiles d'araignées à partir de la capitale; les travaux de canaux s'achèvent, commencés au XVIIème, sous Henri IV, même.
Ce sont des millions de m3 de pierre qu'il faut, de charpentes, d'étais, de chevrons, de traverses. La moitié nord de la France et notamment vers l'Est est un immense chantier dont les forêts immenses (Reims, Orient, Othe, Châtillonnais, etc.) font les frais.
Il faut des ouvriers pour exploiter ces bois, ces mines, ces carrières; il en faut pour le transport. Et il s'avère que des Morvandiaux sont là qui proposent leurs services : des hommes vaillants, déterminés, habitués à des conditions de travail difficiles, sachant diriger des bêtes dressées au doigt et à l'oeil, peu exigeants, habitués à des salaires bas ou inexistants et venus là pour travailler à des taux un peu plus élevés.
Les entrepreneurs de coupes, les marchands de bois, les exploitants de carrière ne s'y sont pas trompés et ont trouvé là des ouvriers compétents et peu regardants sur la tâche, encouragés qu'ils étaient par des gains que jamais ils n'auraient espérés dans leur région.
Les "voituriers" venus du Morvan ont donc contribué à cette immense entreprise que fut "la révolution industrielle". Loin d'être d'archaïques bouviers comme quelques-uns les ont montrés, ils ont au contraire, su s'adapter avec un matériel simple mais robuste, des animaux lents mais efficaces.
"Ils sont fort recherché dans les grandes usines de Seine et Oise, du Nord et du Soissonnais. Souppes, Senlis, Gonesse, Coubert sont peuplés de Morvandeaux. Le valet de boeufs qui gagne 500 francs sur place, se loue 700 à 800 francs quand il s'expatrie. C'est ce qu'ils appellent aller en Picardie avant de prendre femme, de se mettre en ménage. La Picardie ou Pays-Bas, pour l'habitant du Haut-Pays commence là où finit le Morvan : Auxerre, Troyes, Laon, Melun, les environs de Paris, comme la Picardie elle-même, sont la Picardie. Ce mot Picardie usité dans tout le pays est une des conséquences de la visite annuelle des marchands d'Amiens qui viennent en Morvan acheter de gros boeufs charretiers à destination du pays des betteraves et qui profitent de la louée du 1er mars pour y retenir quelques domestiques." (Abbé Charrault)
On l'a vu, ces gens sont allés travailler dans des endroits où il y avait des coupes ou des chantiers importants qui les ont occupés souvent plusieurs années sur le même site.
A Varin (Anost), Jean Chapelon (1855-1942) est parti avec son frère dans les années 1890 travailler à St Claude (Jura) avec leurs boeufs pour charrier du bois. Au retour ils prenaient des chantiers de grumes et de chaux sur plusieurs étapes.
Les lieux où ont travaillé les charretiers du Morvan sont variés et plus ou moins éloignés du pays.
Deux pôles se distinguent nettement
— les forêts d’Orient et d’Othe dans l’Aube et le nord de l’Yonne (Brévonnes, Lusigny/Barse, Les Riceys, La Loge Pomblin, etc.)
— la vallée de la Marne (Dormans, Vauciennes, Le Chêne La Reine, Epernay, Dizy, Saint Martin d’Ablois, Mareuil en Brie, etc.).
Economiquement, cela s’explique les forêts d’Othe et d’Orient sont parmi les plus importantes du sud-est de Paris. Les scieries fixes ou volantes battaient leur plein avec notamment des parquetteries comme "la Société champenoise", dont M. Revelin, originaire de Luzy, était directeur. C’est lui qui fit monter de nombreux Morvandiaux, souvent jeunes et célibataires, pour y travailler au débardage vers 1920-25.
Dans la Marne, les activités sont variées : bois, pierre. La vallée de la Marne est alors en pleine activité et Epernay devient une ville très active : le canal, la Marne navigable, les ateliers ferroviaires, le champagne qui coule à flot sous le Second Empire. C’est un bassin propice à l’emploi et de nombreux Morvandiaux s’y retrouvent définitivement ou saisonnièrement.
Les pièces d’archives du commencement du XIXème siècle montrent qu’il existait dans l’arrondissement de Château-Chinon environ 90 individus qui allaient annuellement travailler hors du département avec une voiture et deux bœufs. 80 d’entre eux entreprenaient des transports, notamment de bois de chauffage, pour l’approvisionnement de Paris. Ils s’absentaient 6, 7, 8 mois de l’année, du printemps à l’automne. Ils se dirigeaient sur les ports de bois et le plus souvent à Dormans, Mussy et Crissée (Marne) ; Montereau, Brisson, Saint Fargeau, Saint Sauveur (Yonne) ; Saint Germain des Bois, Dijon (Côte d’Or) ; Autun (Saône et Loire) ; Bourbon l’Archambault (Allier) ; Châtillon sur Loire (Loiret). Chacun d’eux pouvait rapporter dans une campagne environ 400 francs, tous frais payés.
On arrive à destination; en général, on connaît son monde, souvent on est allé avant pour se rendre compte sur place du travail à effectuer, on sait à quoi s'en tenir ou l'on reprend un chantier inachevé de l'année précédente.
La maison est la même, on la reloue. Sinon, on en cherche une ou le marchand de bois s'en est occupé... Il faut en tout cas, un ou deux prés à proximité pour les bêtes. Comme avril ou mai ne sont pas toujours trop bons, on a besoin parfois d'un peu de foin pour faire la soudure avec la poussée de l'herbe.
La vie s'organise ; mais elle tourne essentiellement autour du chantier et sur le trajet de transport des bois à la scierie, au canal ou à la gare ou de la carrière à la péniche, etc.
D'autres partaient deux ou trois ans sans revenir suivant l'importance de la coupe et emmenaient le ou les enfants avec eux.
En 1897, Gaston Gauthier écrivait pour la région de Decize où se rendaient des charretiers du Morvan :
"On les voit, l'aiguillon sur l'épaule et la pipe à la bouche, suivre lentement leurs lourds chariots attelés de boeufs amaigris par la fatigue.
De temps en temps, les bouviers piquent leurs animaux en les appelant par leur nom (car chacun a le sien : Chavan, Corbin, Frisé, Rassignot) et leur geste est souvent accompagné d'un juron retentissant "tounarre me breûle !" qui fait hâter le pas à l'attelage.
Quelquefois, ils tirent avec précaution de leur poche la dernière lettre du pays qui leur donne des nouvelles de la famille et du bestiau. Après une lecture laborieuse, ils portent à leurs lèvres la feuille de papier avant de la remettre dans l'enveloppe.
Quand ces hommes laborieux arrivent dans le Decizois, ils cherchent dans le voisinage de la coupe dont ils doivent transporter les produits, une maison hospitalière où l'on consent, moyennant une faible redevance, à les coucher sur la paille et à leur préparer la soupe soir et matin.
Ils louent également à proximité un pré (ils appellent cela "louer las harbes" où les animaux paîtront et se reposeront pendant la nuit. Celle-ci est courte, d'ailleurs, car les bouviers rentrent souvent fort tard et partent de grand matin.
En effet, levés dès l'aube, ils mangent hâtivement la soupe, mettent du pain dans leur sac ou dans leur poche et vont au pré chercher les boeufs pour les courber sous le joug. Alors, les chariots rangés la veille sur les banquettes des routes, partent en tous sens les uns, chargés, sont dirigés vers Decize, tandis que les autres, vides, prennent le chemin du bois.
Le travail achevé, les animaux mangent et soufflent un peu pendant que les conducteurs prennent sur le chariot même ou à son ombre leur frugal repas de midi pain et fromage arrosés d'eau, rarement d'un verre de vin.
Bois d'équarrissage, charbonnette, moulée, charbons, perches et étais de mine sont voiturés ainsi par les bouviers morvandeaux dont les chariots se croisent sans cesse sur les routes et les chemins qui relient Decize aux coupes exploitées à plusieurs lieues à la ronde".
Et tous ces déplacements, ces bouleversements familiaux, toute cette vie rythmée suivant les mois, que rapportaient-ils ?
Si l'on en juge par les témoignages des enfants ou des descendants, une chose paraît claire : on a gagné de l'argent. Aujourd'hui, les photos, les maisons, les propriétés sont là pour l'attester.
Bien sûr, on n'a pas fait fortune. Mais par rapport à ceux restés au pays, on a pu se permettre des dépenses qui n'auraient jamais été possibles sans cet apport d'argent.
Armand Tazare habite la maison que son grand'père avait fait monter avec les gains de ses charrois, typiquement morvandelle, cette maison en cette fin XIXème siècle, devait trancher avec beaucoup d'autres toujours couvertes en paille et aux ouvertures réduites, au sol de terre battue ; à l'intérieur, celle-ci a trois chambres individuelles et un plafond en lambris qui n'est plus à la française. Enfin, au mur, le papier peint de 1910 est toujours là en mars 1995. Du papier peint en 1910, on ne devait pas en trouver dans toutes les maisons du Morvan !
Pierre Guyollot, gendre de Léon Geoffroy, à Bussières a charrié de la pierre aussi à Dormans.
C'est lui qui a eu la première moissonneuse-lieuse du secteur vers 1914.
Une bonne partie des Galvachers doit attendre le retour pour vendre les boeufs amaigris à la foire du 1er Décembre à Anost qui marque la fin de la migration des Galvachers ; au début de notre siècle, les paires de boeufs s'alignaient depuis la route de Bussy jusqu'au milieu du bourg d'Anost! Les emboucheurs du Bazois proche achetaient les boeufs maigres des Galvachers pour les mettre à l'engrais dans leurs prés de qualité (1).
Peut-on estimer les revenus d'une campagne de galvache ? Au début du XIXème siècle, le galvacher nivernais pouvait rapporter, bon an mal an, quelques 400 F. nets. A la fin du siècle, les avis sur les gains des galvachers sont très différents.
Jean Simon, instituteur et maire de Lavaut de Frétoy, écrivait en 1883 dans ses "Statistiques de Lavaut de Frétoy"
"Bien peu y font fortune; beaucoup même y ont mangé leur petite aisance et auraient mieux fait de rester cultiver leurs terres mais une fois endurcis à ce métier, les charretiers n'ont plus de goût à la culture.
Il n'est pas difficile d'être galvacher il suffit d'acheter deux ou trois paires de boeufs à crédit, de faire construire un ou deux chariots et d'aller entreprendre de l'ouvrage. A la Saint Martin, on revend les boeufs avec deux ou trois cents francs de perte par paire il faut aussi payer pâture, foin, charron, maréchal, boulanger ; et si le charretier a quelques centaines de francs de bénéfice, il s'estime très heureux."
A Anost, les revenus de la galvache semblent meilleurs à la fin du XIXème et au début du XXème siècles ; les galvachers louaient leur attelage 12 à 15 F. par jour en Lorraine. S'ils le pouvaient, ils vendaient leurs boeufs pendant leur retour, pour un bénéfice de 800 à 1000 F. par attelage. Ceux qui ont plusieurs paires de boeufs peuvent faire une bonne année. Mais rares sont ceux qui ont fait fortune un seul, à Anost, propriétaire de 40 paires de boeufs vers 1890, achète un petit domaine et bâtit une maison bourgeoise
(1) Témoignage de M. R. à Bussy Anost.
Clément Sauron (1826-1901) compose en 1847 une première ébauche de la chanson qui compte cinq couplets et le début d'un sixième, sur l'air En rêvant de m'y marier. Puis il en améliore la forme et porte la chanson à dix couplets à une date que ses manuscrits ne permettent pas de préciser. Il serait intéressant de mettre en parallèle les deux versions de Sauron, celle de Simon et celle de Blin, pour faire constater l'effort de réfection de la chanson vers une perfection de plus en plus grande, en adoptant le dispositif imaginé par P. Coirault et suivi depuis par d'autres folkloristes.
En 1883, Jean SIMON rechercha les paroles pour les publier, mais il ne put retrouver que les couplets 1 à 7 et 9 qui lui parurent insuffisants. Alors il compléta la chanson en ajoutant d'autres couplets.
Paroles de la première version imprimée, publiée par Jean SIMON, dans "Statistique de la commune de Frétoy", 1883, page 285-288, avec les quelques corrections apportées ensuite aux couplets patois par BLIN dans "Les chants du Morvan", page 23.
1 - Adieu, notre pays chéri,
Amis, partons pour le Berry.
Adieu, Corcelles,
Anost, Verreins, le Creux
Que l’on attelle
La charrette et les bœufs.
2 - Allons, galvachers, en avant !
Il faut quitter votre Morvan !
Montons la route,
Et chassons le souci;
Buvons la goutte
Chez le Cô à Bussy.
3 - Bonjour à notre ami Cô,
As-tu pour nous du bon fricot ?
Dans la galvache,
Tu le sais par ma foi,
On n’est point lâche
De boire un coup chez toi.
4 - Hommage aussi au bon Sauron,
C’est lui qui fit cette chanson,
Assis à table,
Ayant le verre en main,
Il est bon diable,
Chante soir et matin.
5 - N’oublions pas Monsieur Berger,
Car c’est l’ami du galvacher
Il boit, il chante,
Il a les larm’s aux yeux,
Ce qui l’enchante,
C’est de nous voir heureux.
6 - Les uns s’en vont à Commentry,
Les autres à Bourges en Berry,
Puis à la Guerche,
Nevers et autres lieux,
Car là l’ouvrage
Ne manque pas aux bœufs.
7 - D’autres s’en vont à Saint-Fargeau,
Toucy, Saint-Sauveur et Bléneau,
Conduir’ la corce,
Charbons et bois carrés,
On voit la force
Là de leurs bœufs barrés.
8 - Planchez, Montsauche et Saint-Brisson,
Au premier mai tous nous partons.
Ouroux, Gâcogne,
Frétoy, Gien puis Arleuf,
Pour la Bourgogne,
Allons, piquez vos bœufs !
9 - En avant donc les deux corbins,
Vous savez déjà les chemins.
Chers camarades,
Ornons leurs fronts puissants
D’une cocarde
Et de deux beaux rubans.
10 - Chère Fanchon, assuie tas yeux,
Voichi le moument des r’aidieux,
Ailons, mai belle,
Aidoucis ton chaigrin,
Souais-mouai fidèle
Jusqu’ai lai Saint-Martin.
11 – Tâss’ de bin engraîcher l’coiçot,
A l’ouvraize erzipp’toi in p’sot,
Soign’ bin lai vesse,
Ell’ nous fèré d’ l’arzent,
Remplis sai crèce,
Ne lai laich’ manquer d’ran.
12 - Tée bin das treufes et du bié nar,
O’ t’reste encor un quarté d’lard,
Dans lai feuillotte.
Quand o gn’airé pus ran,
Chitôt p’lai poste
I t’envîrai d’ l’arzent.
13 - Allons, vais-t’en, ne rébole pas,
I t’écriré du pays bas.
Envie en classe
Le p’tiot sans l’fére manquer,
Et pour tè, tâce
De ne pas m’oublier.
14 - Chu le chairiot é-tu mis 1’saic ?
Doun’ moué mai pipe et mon taibaic,
Mai limousine,
Et mon grand aiguïon,
Ne te chaigrine
Pas, mai boune Fanchon.
15 - Puis il s’en va, pauvre bouvier,
Abandonnant son vieux foyer,
Quittant sa femme
Et ses enfants aussi,
Pour être esclave
Dans les bois de Toucy.
16 - Ne peut-il donc, dans son Morvan,
Vivre aussi bien en travaillant ?
Quand là l’ouvrage
Ne manque pas au bras,
Est-il donc sage
D’aller aux pays bas ?
Dessin de Catherine Goxe
Extraits de :
Folklore du Nivernais et du Morvan - Jean Drouillet
LE MORVAN - Étude de Géographie humaine - Capitaine J. LEVAINVILLE - Docteur de l’université de Bordeaux. 1909
Recueil de Chants populaires du Nivernais - Paul Delarue et Achille Millien
Les Galvachers et Charretiers du Morvan (Phillipe Berte-Langereau) - Editions "Nourrices du Morvan"
La Galvache et les Galvachers (Marcel Vigreux)
La vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine - Henri Vincenot
Pour en savoir plus : Au temps des Galvachers (Alain Vieillard-Pasquelin) aux éditions de l'Armançon
L'ALMANACH DU MORVAN - Lai Pouèlée - 1979 - 1981
SUR LES GALVACHERS par LUCIEN HERARD (Bulletin des Enfants du Morvan N° 14 - Avril 1975)