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Sans communication avec l'extérieur,
le Morvan est longtemps demeuré la terre des légendes,
des sorciers et des croque-avoine.

Mémoire sur la Terre de la Tournelle. 1er Mars 1771

Les Galvachers

...L'espèce du bétail est petite mais d'une qualité supérieure et dès que le printemps arrive, il se tient dans beaucoup d'endroits des foires fréquentes qui favorisent ce genre de commerce. Du reste point de débouché, ny de communications établies; la poste ne parvient de Nevers à Château-Chinon que tous les quinze jours, avec incertitude, et par le moyen de messagers que les inconvénients de la saison arrêtent souvent pendant l'hiver; la route d'Autun est plus fréquentée; c'est de cette ville que l'on tire les ressources de la vie et il y a lieu de croire que lorsque la communication projetée de Châlon à Nevers passant par Autun et Château-Chinon sera ouverte en entier, le passage du Nivernois dans la Bourgogne sera fréquenté et mettra le pays du Morvand plus à portée des secours dont il a souvent besoin; cette route n'est encore tracée que par parties; elle ne l'est pas dans les environs de la terre de la Tournelle, et c'est ce qui fait que les sujets de cette terre sont forcés d'aller faire leurs corvées au loin; il est à désirer que Mrs les intendants de Dijon et de Moulins s'entendent pour qu'elle le soit dans toute sa direction afin de pouvoir solliciter l'employ des habitants à portée de leurs foyers.

LE MORVAN - Étude de Géographie humaine - Capitaine J. LEVAINVILLE. 1909

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la seule voie de communication utilisée pour se rendre en Morvan était la grand'route de Paris à Lyon qui écornait le massif ancien entre Avallon et Saulieu.

En 1790, la diligence partait cinq fois par semaine, à minuit, de la rue Notre-Dame-des-Victoires. On dînait à Montereau et l'on s'arrêtait à Sens pour coucher ; le lendemain matin, dîner à Auxerre, coucher à Lucy-aux-Bois ; le troisième jour, dîner à Saulieu, coucher à Autun.

En 1852, au moment où se construisit le réseau routier. Dupin, qui fut son créateur, pouvait écrire : « Le Morvan si l'on formait une enceinte de territoire compris entre Château-Chinon, Autun, Saulieu. Avallon et Lormes, compose un massif d'environ douze lieues de côté, à travers lequel, il y a quarante ans, on ne trouvait ni une route royale, ni une route départementale, ni même un chemin de grande vicinalité en bon état. Point de ponts, quelques arbres bruts à peine équarris jetés sur les cours d'eau, ou, plus ordinairement, les pierres disposées çà et là pour passer les ruisseaux. Ainsi, cette contrée au cœur de la France était une véritable impasse pour les pays voisins, une sorte d’épouvantail pour le froid, la neige, les aspérités du terrain, la sauvagerie des habitants, un vrai pays de loups dans lequel le voyageur craignait de s'égarer... Qu'on se représente un chemin pierreux, tortueux, montant ou descendant sans cesse, traversé à chaque pas par des ruisseaux venant du faite des montagnes, bordé de haies vives ou creusé comme un ravin, et l'on aura ainsi une idée de l'un des meilleurs chemins du Morvan. Que l’on juge d'après cela de l'état où devait être un chemin que les habitants appelaient eux-mêmes un chtif (chétif) chemin...

Un pays qui pouvait offrir un transit court et facile de l'Est à l'Ouest de la France n'était qu'une impasse impénétrable pour tout autre roulage que celui des voitures à bœufs »

En 1830, le Morvan nivernais ne possédait que 156 kilomètres de routes pour 1 800 kilomètres carrés : en 1889, il en comptait 1 564, soit dix fois plus.

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Les galvachers étaient des agriculteurs originaires du Morvan qui partaient "se louer" avec leurs bœufs afin de réaliser des travaux de hâlages requérant une forte puissance de traction. Il s'agissait essentiellement du débardage des forêts. Ce métier a pris une forte expansion au XIXème siècle pour s'éteindre après la Seconde Guerre mondiale.
Traditionnellement les galvachers quittaient leurs villages après avoir planté les pommes de terre (au printemps) et revenaient à la Saint-Martin (en automne). Ils restaient donc absents durant à peu près six mois.
L'aire géographique de l'action des galvachers est grande, puisqu'elle s'étend au nord jusqu'à la région parisienne et la Champagne.
Le bœuf est au cœur du métier de galvacher à tel point que l'on peut parler d'une "civilisation du bœuf". À l'origine ils utilisaient la race "barrée", maintenant éteinte, une espèce petite, rousse, avec une barre blanche sur le poitrail, puis la salers, enfin la charolaise. De l'achat de la bête lors des grandes foires comme la Saint Ladre à Autun jusqu'à son utilisation dans les forêts, c'était tout une éducation complexe qu'il fallait mettre en œuvre afin de faire obéir et travailler un animal qui pouvait peser jusqu'à une tonne.
Les techniques employées étaient variées et ont évoluées avec le temps. Elles permettaient de charger sur les charettes des grumes d'une dimension parfois extraordinaire et pesant plusieurs tonnes. Le spectacle de la lente traction des grumes au rythme chaloupé des bœufs encouragé par les galvachers au son d'un chant très particulier appelé "tiaulage" était fort impressionnant.
Par delà l'intérêt financier indéniable de cet "exil" de plusieurs mois, la galvache a permis à une part de la population morvandelle, au même titre que l'industrie des nourrices, d'entrer en contact avec d'autres territoires et d'autres mœurs.

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Que veut dire "Galvacher" ?

Paul Delarue et Achille Millien

Qu'était-ce donc que ces galvachers au nom étrange ? C'étaient des charretiers du Morvan qui, durant la belle saison, entreprenaient dans des contrées éloignées des charrois qu'ils exécutaient avec des bœufs amenés de chez eux. Trompés par le rapprochement facile du mot avec gallus, gaulois, certains auteurs locaux ont voulu voir dans le nom du galvacher morvandiau le souvenir du bouvier gaulois alors que, selon de Chambure, la particule gal aurait un sens péjoratif que l'on retrouve en vieux français et dans nombre de mots du terroir. Et, si les chercheurs qui ont tenté d'expliquer plus scientifiquement l'origine du mot ne sont pas d'accord sur son étymologie, tous, du moins Bogros dans son Histoire de Château-Chinon, Jaubert dans son Glossaire du Centre et de Chambure dans son Glossaire du Morvan, sont unanimes à affirmer que la galvache implique une idée de vie errante et relâchée.

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Jean Drouillet

On fit venir le nom de Galvacher de gallus = gaulois, aussi de galvaudeux, la particule gal prise avec un sens péjoratif. Ne pourrait-on retenir galt (de gaut, germanique wald = forêt), nos hommes étant alors des vachers des bois ? Un rapprochement ne serait-il pas à faire, plutôt, avec gavaches, non pas dans le sens de fainéant ou canaille, mais comme qualificatif d'étrangers, de "gens d'ailleurs" : le "Larousse" voit en gavache un "nom dédaigneux qu'on donne, dans la Gironde, à des personnes d'une origine étrangère, et en Espagne aux Français mal vêtus". Ne dit-on pas, par plaisanterie, d'un Auvergnat que c'est un gavache ?
A noter que le terme gavatx désigne, pour les Catalans, les habitants de l'Aude : encore des étrangers victimes du "blason populaire" !
Ne serions-nous pas tentés, alors, de nous en remettre au sanskrit nommant vaches et nuages d'après le même attribut, gavas ceux qui marchent ? Pierre Guiraud, dans ses "Locutions françaises" (Que sais-je ? n° 903) écrit que "de cette homonymie serait née la légende d'Hercule et du bouvier Cacus, gardien des vaches du ciel"

- Galvacher -

Qu'il nous suffise de dire que les galvachers, entrepreneurs de charrois exécutés avec leurs bœufs, partaient en mai pour ce qu'ils appelaient les "pays bas" (Yonne, Côte-d'Or, Allier, Loiret) où ils transportaient principalement les produits des exploitations forestières jusqu'aux points d'utilisation ou d'expédition ; ils revenaient au pays à la Saint-Martin et passaient une partie de l'hiver à réviser les chars et réparer les harnais. La galvache "qui enlevait la plus grande partie de la population masculine valide de certaines localités, Arleuf, Gien-sur-Cure, Saint-Brisson" n'est plus qu'un souvenir bien qu'elle se soit maintenue jusqu'à la guerre de 1914 à Gien-sur-Cure et Anost. Nous reste de ce métier rude et peu rémunérateur, un chant dont les paroles ont été écrites par Sauron, en 1847, sur l'air d'une vieille complainte lyrico-épique.

- Boeutier -

Le travail des boeutiers différait sensiblement de celui des galvachers, les propriétaires et fermiers des pays betteraviers du nord de la France venaient en Nivernais acheter de robustes bœufs blancs ; pour les mener, ils louaient des domestiques en Morvan, surtout. Ces départs dits "pour la Picardie", étaient parfois définitifs, les salaires élevés retenant les boeutiers.

- Toucheur -

Une troisième forme de la migration des meneurs de bœufs était la conduite des bestiaux du Bazois ou des Vaux d'Yonne pour le ravitaillement de Paris. "Avant la construction des voies ferrées, les toucheurs menaient à pied leurs bestiaux jusqu'aux marchés de Sceaux ou de Poissy où venaient s'approvisionner les bouchers parisiens. Ils conduisaient quatorze bœufs à la fois et le trajet durait douze à quinze jours."

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Marcel Vigreux (La Galvache et les Galvachers)

D'où vient ce mot curieux de "Galvacher" ?
Est-ce le "vacher gaulois", successeur moderne du bouvier antique, comme l'affirment certains, faisant de "gal" - gallus -, gaulois ?
Dès 1878 pourtant, Eugène de Chambure, dans son Glossaire du Morvan, écrivait que "la galvache implique l'idée d'une vie errante et relâchée". Il citait même le mot "galvachou", "coureur de grands chemins, vagabond".
Le sens et l'origine du mot "galvacher" ont été définitivement donnés, par un Morvandiau authentique, le meilleur spécialiste des patois du Morvan et de l'ancien Français, Claude Régnier, Professeur à la Sorbonne :

Les "galvachers" sont bien des "voituriers morvandiaux qui descendent de leurs montagnes pour exercer leur profession de petits entrepreneurs de transport". Le mot n'est pas d'origine morvandelle, mais berrichonne : galvache est une déformation de "galouache" ou "galouage", le fait de "courir les chemins".
"En fait, il s'agit bien de termes péjoratifs au départ. Les surnoms ne sont jamais élogieux, même à l'intérieur du même groupe humain. Voici des exemples morvandiaux : les habitants de Saint Léger-de-Fougeret, qui passent pour vaniteux, ont reçu de leurs voisins le nom de "dresse- oreilles" et les gens d'Arleuf sont les rô d'Arleuf. On a soutenu qu'ils devaient ce surnom au fait qu'ils se précipitaient comme des rô (des éperviers) sur les jolies filles de Château-Chinon ; la bonne blague! Ils le doivent à l'emploi fréquent qu'ils font de rô, soit pour "le" (celà) - I vâ rô i dire - "je vais le lui dire" soit pour "leur" - I atât reû se rô - "j'avais été chez eux" : les habitants des villages qui n'emploient pas "rô" se figurent qu'ils parlent mieux !...
A plus forte raison les appellations seront-elles dénigrantes lorsqu'elles sont données par des hommes de la plaine à des hommes de la montagne, par des sédentaires à des travailleurs ambulants. "
II faut donc renoncer à trouver une origine noble à galvacher ; mais les descendants de ces vaillants ne s'en porteront pas plus mal".

"Galvacher" est un surnom, donné, par moquerie, aux charretiers morvandiaux, par les Berrichons, chez qui ils venaient faire des charrois : le Galvacher, montagnard jugé et un peu méprisé par les gens de la plaine, est un "traîneur de chemins".

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Philippe Berte-Langereau (Les Galvachers et Charretiers du Morvan)

Il m'est toujours un peu gênant d'utiliser le terme de Galvacher qui ne correspond pas à grand chose. On a épilogué sur ce mot qui serait d'origine berrichone, avec une connotation péjorative pour parler de ces "étrangers" venus d'une région plus pauvre.
Néanmoins, administrativement, ce métier est celui de "charretier", de "voiturier" ou "voiturier par terre" ; c'est ce qu'on retrouve dans les actes de mariage ou de décès notamment.

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Philippe Berte-Langereau - A propos des GALVACHERS (L'ALMANACH DU MORVAN - 1979 - page 38)

Galvacher, galvachers ... Pour les Morvandiaux et les vieux surtout qui n'ont pas lu tous les livres sur le Morvan, ce mot ne signifie pas grand'chose. Seul le groupe folklorique des Galvachers * popularise encore le mot ainsi qu'une chanson dont l'origine est incertaine.
Mais ceux qui ont connu ou entendu parler des hommes qui partaient travailler avec des bœufs à l'extérieur du Morvan, ceux là ne disent pas "galvachers". Ils parlent tous des charretiers, ceux qui partaient se louer pour mener les bœufs comme aujourd'hui le font les routiers avec les camions de transports. Et ces charretiers, le plus souvent, n'étaient pas propriétaires des bœufs c'est un gros entrepreneur qui les embauchait comme à Corcelles (Anost) où un dénommé Ravier avait 60 paires de bœufs.
On peut penser que le mot "galvacher" leur a été donné par les gens de l'extérieur qui, voyant venir les gars du Morvan étaient sur la défensive et le doute. Il y en a assez en France et dans le Morvan qui voient les travailleurs ( bûcherons ou autres ) du Portugal ou de l'Afrique du Nord d'un oeil méfiant si ce n'est hostile sous prétexte qu'ils ne sont pas du pays. Alors l'effet était le même pour les Morvandiaux qui débarquaient dans le Berry, la vallée de la Saône ou ailleurs , on se moquait de leur parler, on les taxait de vantards et de courandiers. Ma foi, on en prend et on en laisse, il y en avait des bons et des ch'tis, comme partout.
En tout cas, c'est fort probable qu'on leur a donné un nom et ça pourrait bien être "galvacher".
Pourquoi "galvacher" ?
Parce que dans le sud de la France, un phénomène semblable se produisait. Les Montagnards des Cévennes et de la Lozère qui descendaient dans les plaines de vignobles et de culture étaient appelés les "gavatches" ou "gavaches" par les gens du pays où ils allaient travailler. Et les Alpins qui descendaient en Provence étaient appelés les "gavots".
Tout ceci n'est pas certain, ce n'est pas une affirmation mais ce qui est sûr c'est que le mot "galvacher", est très peu employé par les vieux agriculteurs du Morvan qui disent "charretiers".

* Groupe folklorique de Château-Chinon - 58

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Henri Vincenot - Les paysans bourguignons

Enfin il y avait la "galvache" ! Des Morvandiaux encore, qui se louaient, eux et leur couple de bœufs, enjougués pour faire les grands charrois forestiers, ou les transports de pierre de taille.
En mai ils quittaient le Morvan pour ce qu'ils appelaient les Pays-bas : Beauce, Brie, Yonne, Côte-d'Or, Loiret, Saône-et-Loire, Allier, Rhône ; ils ne rentraient qu'à la Saint-Martin et passaient leur hiver à faire les débardages forestiers chez eux et à réviser leur attelage, leurs harnais, les jougs et les fers de leurs bêtes.
On les voyait passer au pas lent des bœufs, marchant devant le joug, l'aigulon en travers des cornes, chantant à mi-voix la complainte qui charme.
Si on avait une coupe de bois à débarder, un lot de troncs de châgnes à descendre vers les usines de meubles d'Autun ou, plus tard, vers les gares, on leur faisait signe, on discutait des conditions, on topait et l'homme et ses bêtes commençaient le travail : il était à vous, lui et son attelage.
Certains villages du Haut-Morvan étaient presque vides pendant quatre ou cinq mois de leur population masculine valide ; c'étaient, il faut le dire, les paroisses les plus pauvres. Ces gens dont la "biaude" était longue jusqu'aux dessous du genou (elle leur servait d'imperméable alors que le grand chapeau-coulemelle leur tenait lieu de parapluie) chantaient sans arrêt tant que les bœufs devaient marcher ; s'ils se taisaient, les bœufs s'arrêtaient...
...On pense bien que, lorsque s'ouvrirent les grands chantiers de construction de la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée, ils furent les premiers à s'engager pour charrier les montagnes de terre et de pierre qu'il fallait déplacer ("déblai égale remblai") pour faire passer le rail par-dessus les vallées. C'est ainsi qu'à partir de 1848 et surtout après le coup d'État de 51, lorsque Napoléon III fit entreprendre la réalisation du programme ferroviaire de 1842, la "galvache" connut une période de prospérité soudaine.
Mais que l'on ne confonde pas les "galvachers" avec les rouliers qui faisaient les transports à longue distance sur les routes alors que les "galvachers" ne faisaient que les charrois lourds et courts : l'argile des carrières jusqu'à la tuilerie, les pierres de taille de la carrière au chantier de construction, la houille de la mine de Blanzy à l'usine du Creusot par exemple, ou encore les traverses de chemin de fer depuis la coupe où l'on dégrossissait les grumes jusqu'à la ligne, où ils ouvraient des yeux ronds devant ce "'ch'mi de far", cette route d'acier sur laquelle s'avançait un monstre palpitant, plus chaud qu'une jument, plus ardent qu'un étalon, plus puissant que dix paires de bœufs et surtout plus rapide que les chevaux de poste, les "postiers d'Auxois", et même que les demi-sangs du coche, ou que les purs-sangs de môssieu le comte !

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Dictionnaire Étymologique de l'Occitan

Au XVe siècle il y a des attestations de l'occitan gavag ou gavach "ouvrier étranger". Le mot est même passé dans le dictionnaires français gavache "injure que les Espagnols adressent aux Français des Pyrénées et du Gévaudan, qui vont exercer en Espagne les emplois les plus vils".

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Ardouin-Dumazet : Voyage en France - Le Morvan bourguignon

"... Ainsi, en dépit des grands chemins, la corporation des galvachés a survécu, ce sont des gens des environs d'Anost faisant le service de convoyeurs et de commissionnaires au moyen de chars traînés par des bœufs."

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Lucien Hérard : Sur les galvachers

"Comme toutes les fois que l'étymologie d'un vocable demeure obscure, les explications proposées pour l'origine du mot "Galvacher" sont si abondantes qu'il faudrait un volume pour les recenser et les commenter.
Je me bornerai donc à rejeter la version courante et particulièrement erronée : Galvacher - gars vacher (traduction Cow-Boy).
Dans "Galvacher", l'idée dominante est celle de "Galer", vagabonder, courir les chemins, mener une existence libre et même dissolue. On sent la nuance dépréciative même péjorative.
Le galvacher était un roulier (en termes d'aujourd'hui, un routier) indépendant. Pas un galvaudeux, mais un travailleur itinérant désireux de s'évader quelques mois par an de la monotonie si pesante du village.
Métier pénible, mais quoi ! Il buvait parfois un bon coup et à l'occasion troussait des jupons, sans encourir les reproches de sa femme.
La chanson, par son caractère mélancolique et un peu traînant (au lent pas des bœufs) ne doit pas nous conduire à plaindre le galvacher.
Relisez les couplets. Son départ est une fête (les copains, les rubans, la goutte). Il va voir du pays. Que l'épouse se console : il écrira et enverra de l'argent. Mais il veut un peu d'air neuf.
L'auteur sentencieux du dernier couplet s'apitoie sur :
"...le pauvre bouvier quittant son pays, son foyer " Il constate cependant que dans ce village morvandiau…. "...l’ouvrage ne manque pas aux bras " et de s’interroger : " Est-il donc sage d’aller au pays bas ?
"Sage" ? Etre sage, voilà bien le cadet des soucis du galvacher en route pour ce Pays Bas, entendez la Bourgogne, le Bourbonnais, la Picardie.
Voyons, voyons ! Ce n'est pas à la sagesse qu'il obéit, mais à l'impérieux, à l'irrésistible appel de l'aventure !...
"- Ti-â, Corbin ! Rossigneux ! Mes jolis !..."

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M. le comte Jaubert - Glossaire du centre de la France - 1856/1858

Galvacher, s. m. (Sans doute pour gallouacher : voy. Gallouage.) Voiturier morvandiau; entrepreneur de transports, principalement pour le service des usines à fer, dans le Nivernais et une partie du Berry; ce sont des gens laborieux et économes. Les galvachers descendent vers le mois de mai de leurs montagnes (environs d'Anneau, Arleuf, etc.), avec leurs bœufs et leurs charrettes; ils afferment des herbes pour la nourriture de leurs animaux.

Galvache (Aller en, faire la), loc. se dit des voituriers Morvandiaux lorsqu'ils descendent de leurs montagnes pour exercer leur profession de petits entrepreneurs de transports.

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Du berger au Galvacher

Dès l'enfance, le morvandiau est berger d'aumailles et avec d'autres gamins de sa classe d'âge, garde les troupeaux du hameau, car ici, c'est le système clanique qui prévaut et encore aujourd'hui, les patronymes familiaux représentent la majorité des lieux dits. Puis, ses forces étant venues, vers sa douzième année, il mène la charrue, devenant à 16 ans un bouvier achevé.

Là, il peut s'il le veut, sous la conduite d'aînés, pratiquer le premier métier des hommes du bœuf, menant à pied, les bêtes rouges du Morvan destinées à la boucherie, jusqu'aux abattoirs de Lyon, de Besançon et plus encore de Sceaux ou de Poissy, près de Paris. On lui confie alors 14 animaux non liés, qu'il doit convoyer aidé de son chien, en évitant les villes, les bourgs et même les écarts proches de ces derniers, couchant à la belle étoile par tous les temps, ayant des provisions de bouche pour 12 journées. On a du mal à imaginer désormais ce que représentait la grande caravane de ces toucheurs, ainsi nommés, menant des bêtes par dizaines, voire d'avantage, chaque groupe étant espacé du précédant et du suivant d'une centaine de mètres, afin de garantir un minimum de sécurité car un grand troupeau ne peut être pleinement dominé et devient en cas de panique, un réel danger. Déjà, ils faisaient peur et certaines régions traversées ont conservé la mémoire de ces "bou aux bœufs farouches, qui entre chiens et loups s'approchaient des villages avec leurs équipages..." pour disait-on, emporter les enfants peu sages.

Vers sa vingtième année, l'adolescent cédait la place à l'homme et le toucheur devenait bœutier car sa renommée de bouvier lui permettait de s'embaucher aux labours des terres à blés de Brie, de Beauce ou de Picardie. Il effectuait alors des migrations saisonnières où ses bœufs rouges faisaient merveille dans ces contrées céréalières réputées.

Les archives nous indiquent qu'il y eut une époque où la race morvandelle se vendait là, à des centaines d'exemplaires dressés et où ces gens gagnaient en deux saisons ce qu'ils pouvaient gagner en Morvan en une année. C'est dire assez l'importance de cet usage spécifique, puisque les gains acquis dans ces conditions permettaient en quelque sorte de s'installer à son propre compte et l'on affirmait volontiers à tous les célibataires désireux de convoler en justes noces : "fais d'abord ta Picardie !".
Sage conseil en vérité car pour devenir enfin galvacher, il fallait être marié et posséder non seulement un toit, mais également le bien propre à la coterie, à savoir : des bœufs à l'étable, aptes à affronter toutes les difficultés de ce type de métier. Lorsqu'enfin ces conditions étaient remplies, le plus dur restait à faire, puisqu'on allait connaître une vie de galère.

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Une spécialité du Haut-Morvan

Un attelage

Les parties basses du massif ne fournissaient pas de galvachers ; c'est le Haut-Morvan qui a donné naissance à la galvache, c'est la partie la plus pauvre qui a exporté son abondante population sur les chemins du "pays bas". La migration saisonnière des galvachers est due à la nécessité, plus forte encore sur le haut massif, de trouver des ressources de complément.
Au début du XIXème siècle, c'est l'arrondissement de Château-Chinon qui fournissait la centaine de galvachers du Morvan, charroyeurs de bois pour le chauffage de Paris. Dans le canton central, au milieu du siècle, Montsauche avait 35 paires de bœufs pour la galvache; Alligny 19; Moux 51; Saint-Brisson 104. Anost comptait près de 700 Galvachers venant du bourg et surtout des hameaux environnants

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Transformation de l'excellente race bovine du Morvan

Le Morvan, dont la capitale était autrefois Château-Chinon, chef-lieu actuel de l'arrondissement de ce nom, est un pays montagneux, couvert de bois aux pentes abruptes et aux vallées étroites et profondes; sa température participe de celle des montagnes de l'Auvergne, et les variations de l'atmosphère y sont brusques et fréquentes. Ce sont ces conditions sans doute qui ont donné à ces races d'animaux une rusticité, une énergie, une aptitude peu communes à supporter la fatigue des plus rudes travaux.
Les petits chevaux du Morvan, si sobres et si vigoureux, ont eu une grande et légitime réputation pour leur fonds inépuisable: j'en ai vu moi-même faire à la chasse des choses extraordinaires, montés par les piqueurs de M. de Mac-Mahon, de si regrettable mémoire.
Ils les préféraient toujours aux chevaux anglais que leur généreux maître mettait à leur disposition. Malheureusement cette race de chevaux n'avait ni assez de taille ni assez de poids pour rendre des services à l'agriculture et racheter ainsi, par son travail, une partie de son prix de revient ; elle s'est peu à peu transformée, a été bientôt remplacée par une race de trait mélangée de Francs-Comtois, de Boulonnais et de Percherons, et à l'heure qu'il est on ne trouve presque plus de chevaux de la petite et vigoureuse race des montagnes du Morvan.
Nous allons voir qu'une même transformation menace l'excellente race bovine du Morvan, et les raisons économiques en seront faciles à saisir.

Race morvandelle
Race morvandelle
L'Art du vétérinaire mis en pratique - F. de La Brugère - 1877

La race morvandelle qui peuplait autrefois presque tout le Nivernais, est peut-être la meilleure race de travail qui existe au monde ; elle est sobre, vigoureuse, légère, bien prise dans ses membres et près de terre, mais de petite taille. Sa couleur est acajou clair ou café au lait, et une large raie blanche sur les reins et les fesses qui se reproduit à la tête, comme dans la race anglaise de Hereford, lui donne un caractère tout particulier. Ses cornes sont assez longues mais fines et bien placées. L'aptitude des bœufs du Morvan pour la marche est vraiment extraordinaire, et ils sont capables de traîner des poids considérables :
une charge de 1,500 à 1,700 kilogr. sur une charrette est dans les usages ordinaires.
Une paire de bœufs coûte de 500 à 600 fr.; elle ne représente certainement pas ce poids en viande; mais leurs services sont fort recherchés pour les parties montagneuses du Morvan, et les rouliers les préfèrent d'ordinaire, à égalité de prix, à des bœufs d'un poids plus grand, à cause de la supériorité de leur marche. Dans le Morvan, plus que dans aucune autre partie de la France, les charrois sont faits par les bêtes à cornes, et l'on aura une idée du commerce des bœufs de transport par le nombre des animaux qui couvrent les champs de foire d'Autun ou de Château-Chinon. Il n'est pas rare de voir à la fois en vente, à l'une de ces foires, 2,500 paires de bœufs.

Lorsque les travaux agricoles du printemps sont terminés dans les parties élevées et montagneuses du Morvan, presque tous les bœufs attelés à de petites charrettes émigrent vers les lieux où il y a de nombreux charrois à faire pour le transport des merrains, des bois et des charbons, du minerai et des fontes, aux bords des rivières flottables, et dans les usines importantes de ce pays. Depuis peu d'années seulement, les bœufs charollais viennent leur faire concurrence, concurrence si redoutable, que, sur 11,000 ou 12,000 bœufs qui font les charrois de l'usine de Fourchambault, plus des deux tiers appartiennent déjà à la race charollaise ou aux métis de cette race.

Depuis l'invention du flottage (1547) , dit M. Delafond, jusqu'en 1830 à peu près, les transports du bois avaient été faits exclusivement par le bœuf morvandeau. C'est que, en effet, la sobriété, la force, le courage, l'adresse, la patience, la docilité et, je ne dois point l'oublier, la souplesse, l'épaisseur, la dureté el la solidité de l'ongle du bœuf du Morvan, le faisaient considérer a juste titre comme l'animal seul capable d'exécuter ces charrois dans des lieux souvent très-escarpés, à travers les bois ou en suivant des chemins peu fréquentés, défoncés, boueux et presque impraticables, notamment dans les années humides. Dans le Bazois, les vaux d'Yonne et de Montenoison, ces transports se faisaient en concurrence avec les bœufs du Morvan élevés dans le pays. A l'automne, ces charrois étant terminés, bœufs et conducteurs regagnaient leurs montagnes pour y passer l'hiver. Les plus âgés de ces bœufs restaient dans le Bazois pour y être engraissés.
Mais à dater de 1830, époque à laquelle la Nièvre fut sillonnée par de bonnes routes arrivant à peu de distance des rivières flottables ; à dater surtout de la communication de l'Yonne avec la Loire par l'ouverture, sur toute la ligne, du canal du Nivernais, qui raccourcit considérablement les distances des lieux d'exploitation aux lieux de navigation, les transports devinrent plus faciles, moins longs et surtout moins pénibles. A dater de ce moment, le bœuf du Morvan ne fut plus considéré comme l'animal rigoureusement indispensable pour faire les transports des produits sylvicoles. Le bœuf charollais, déjà très-répandu dans tout le nord de la Nièvre, excepté le Morvan, réunissant à la qualité d'excellent travailleur celle aussi de s'engraisser vite et bien, soit à l'herbage, soit à l'étable, et par cela même d'être vendu plus cher aux herbagers du pays que le bœuf morvandeau, fut bientôt utilisé très-avantageusement, et en commun avec le bœuf du Morvan, au transport des bois, par tous les petits cultivateurs.
Mais cette cause ne fut pas la seule.

A la même époque, je dois le rappeler, la race chevaline légère du Morvan avait disparu et était remplacée par la grosse race franc-comtoise propre au travail de traits. Or, cette race fut utilisée aussi, concurremment avec les bœufs, et l'est encore aujourd'hui, pour le transport du bois des vaux d'Yonne, de Montenoison et du Bazois aux ports du canal du Nivernais particulièrement.
L'ouverture du canal du Nivernais dans l'Yonne, le percement des routes, furent le signal de la coupe des grandes forêts de Vincence, de Biches, de la Gravelle, et surtout de la destruction des hautes futaies conservées intactes jusque-là. Les coups de hache y retentirent surtout depuis la construction des chemins de fer, que l'on pourrait aussi nommer des chemins de bois.
Ces ventes procurèrent de nombreux capitaux, qui furent reportés vers l'agriculture et concoururent aux perfectionnements que j'ai signalés dans les cultures. Or, ces circonstances diverses contribuèrent évidemment à l'abandon du bœuf de travail du Morvan et à son remplacement par le bœuf charollais, bon travailleur aussi, mais qui réunissait à cet avantage celui d'être très-bon consommateur.

Bœuf charolais
Bœuf charolais
L'Art du vétérinaire mis en pratique - F. de La Brugère - 1877

Aujourd'hui donc les bœufs charollais des vaux d'Yonne, de Montenoison et du Bazois sont utilisés aussi bien que les bœufs morvandeaux, aux transports des produits sylvicoles sur les ports du canal, comme aussi, mais en moins grand nombre cependant, aux ports flottables de la Cure, de l'Yonne, du Beuvron et du Sozay. Il y a plus : dans tous les bas étages du Morvan, comprenant les cantons de Lormes, de Châtillon et de Moulins-Engilbert, les vaches morvandelles sont livrées au taureau charollais, et les descendants de ce croisement , déjà très-appréciés pour le travail et l'engrais, sont en grand nombre employés aux charrois, jusqu'à ce qu'ils soient remplacés à leur tour par la race charollaise dans tous les lieux où l'agriculture recevra un notable perfectionnement. Il est donc plus que probable que, dans un temps peu éloigné peut-être, tous les transports des versants nord et nord - est de la Nièvre seront presque entièrement exécutés par des bœufs charollais et par des chevaux.

On le voit donc, par toutes ces causes, l'élevage de la race morvandelle est refoulé dans les montagnes granitiques du haut Morvan, où sa rusticité, sa sobriété et son adresse rendent des services incomparables, et une autre race, qui, à ces qualités, joint un plus grand poids, plus de précocité et d'aptitude à l'engraissement, tend à la remplacer partout ailleurs.
Un grand défaut est, en effet, reproché à la race du Morvan : elle est lente à se former. Ses bœufs n'ont acquis toute leur force pour le travail qu'à quatre ans et demi et cinq ans, et ce n'est que beaucoup plus tard qu'ils deviennent aptes à être engraissés. Plus le Morvan se rapprochera, par les voies de fer, des grands centres de consommation, plus ce défaut paraîtra considérable et plus elle tendra à disparaître. Plus aussi la culture des fourrages artificiels fera de progrès, plus l'entretien d'une race de plus haut poids deviendra possible.
On le voit donc, tout tend à faire bientôt disparaître, malgré ses qualités, la race bovine du Morvan, comme a disparu déjà la race de ses braves et infatigables petits chevaux.

E. De Dampierre - Représentant du peuple.
Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie domestique - 5 mai 1851.

Sommaire

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Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie domestique - Avril 1853

On nous écrit du Morvan que les bœufs de travail sont hors de prix, et que la principale cause de cette hausse est l'extension qu'a prise, cette année, la galvache, industrie des gens qui font le roulage avec des bœufs. Le développement de la galvache est considéré, dans le pays, comme un signe certain de l'agrandissement des affaires et de la prospérité de l'industrie.

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La race du Morvan

Presque disparue aujourd'hui, la race du Morvan, nous semble descendre en ligne droite de l'aubrac. Son pelage est roux fauve avec une raie blanche tout le long des reins, et une tache blanche sur le chanfrein ; son front est garni d'un toupet frisé comme celui de l'aubrac; ses cornes blanches, assez minces sont courbées en avant puis en haut; l'encolure est courte et forte, le fanon flottant, les épaules obliques et musclées; les reins droits; les membres courts, grossiers et larges, avec le jarret crochu; le cuir à la fois épais et souple. Ce sont d'excellents animaux de trait, mais c'est là leur seule aptitude.

Traité de l'économie du bétail : physiologie, races, amélioration, alimentation, spéculations, par Alphonse Gobin - 1862

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Les Primes d'honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux en 1866

La race morvandelle existe encore dans les parties montagneuses de l'Autunois. Cette race est sobre, travailleuse, et résiste très-bien aux intempéries. Ses formes ne sont pas très-gracieuses, mais il n'existe aucune autre race bovine qu'on puisse lui comparer quand il est question d'exécuter des transports sur des terrains abrupts ou dans les chemins difficiles et pénibles des montagnes. Son principal défaut consisté à lancer un coup de pied ou à donner un coup de corne au moment où l'on ne s'y attend pas.

Sommaire


Les bœufs des galvachers

La race morvandelle se distingue par la largeur du coffre, la beauté des cornes, la régularité des formes et la distribution franche et vive des couleurs. Elle a généralement les jambes grosses et courtes, mais elle est forte et vigoureuse; c'est un type particulier, un pur-sang.
Les bœufs, presque exclusivement employés dans l'agriculture et le service rural, sont forts et adroits, et, par conséquent, très-propres aux charrois auxquels se livrent la plupart des habitants. Il est beau de les voir cheminant lentement et mesurant leur démarche sur la voix chevrotante et le chant langoureux particulier aux gens du pays; prenant leurs précautions dans les descentes roides et abruptes; s'avançant plus hardiment à ces mots prononcés avec assurance: « Va toujours, n'aie pas peur! » et enfin luttant, admirables de patience, de force et de courage, contre les difficultés presque insurmontables d'un chemin étroit et escarpé.

La relation entre l'homme et l'animal, jadis privilégiée au sein du monde rural, pris ici, chez les bouviers du Morvan, une étrange dimension tout à la gloire de la civilisation pastorale. La totalité des textes écrits par des observateurs étrangers, le plus souvent lettrés, évoquent l'habileté de ces animaux athlétiques, comme leur étrange complicité vis à vis du maître qui, usant le plus souvent de sa seule voix, mène son charroi. Ils sont disposés naturellement à oeuvrer sur les plans inclinés, dans les chemins difficiles et pénibles, au travers des terrains abruptes comme des ravins les plus dangereux. Tous ces auteurs qui pensaient de semblable façon, notaient en conclusion :

"c'est qu'en effet, aucune race sans doute,
ne peut égaler l'adresse de ces bœufs Morvandiaux,
petits, sobres, intelligents et travailleurs !".

L'habileté des bouviers morvandiaux s'était forgée sur le massif : sur les pentes raides de leur montagne, les galvachers étaient devenus d'extraordinaires conducteurs d'attelages. Ils utilisèrent d'abord des vaches, puis des bœufs au XIXème siècle, ce qui les distinguaient des charretiers locaux, bœufs roux de race dite morvandelle - ou "bétail rouge" -, courts et trapus, forts et courageux, dociles au bouviers.

Chanson du laboureur ou "Je préfère le rouge au blanc"


Enregistré en 1913 par Ferdinand Brunot (1860-1938) pour l'Université de Paris - Archives de la parole.
Enquête phonographique dans le Berry : 1913 - Chanteur : Jean Berger, 26 ans, garçon de ferme
Enregistrement : (France) Saint-Chartier, Indre, 30-06-1913 - Sur la page du site "Gallica"

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Sherlock Holmes et la Morvandelle

Sherlock Holmes et la Morvandelle : histoire d'une vache mythique

Ce n'est pas une race de grande taille (1,30 à 1,35 m au garrot). Les animaux ont la tête large, le front droit, le chignon proéminent, l'encolure forte, le corps court, le dos droit, la croupe plutôt large. Les membres sont réduits, courts, parfois déviés ; les fesses pointues, les cuisses minces et rapprochées, l'ensemble des formes anguleuses peu gracieuses avec l'épine dorso-lombaire mal soutenue. Le fanon est ample et pendant. Le genou de bouf très prononcé, l'ossature peu volumineuse. Bref, ce ne sont pas des bovins très bien conformés.
Ce qui les distingue avant tout des Charolais c'est leur robe : celle-ci est pie-rouge ; le rouge se dégradant vers le jaune, mais aussi souvent assez foncé. Le blanc se trouve localisé sur le dos, la croupe ainsi que sous le ventre et à la face interne des membres et rappelle fortement la race autrichienne Pinzgauer de la région de Salzbourg. Cela tranche évidemment avec le blanc du Charolais !
De même, les cornes sont fines et longues, verdâtres, bien plantées sur le crâne.

La race bovine Morvandelle a disparu depuis plus d'un siècle. Comme son nom l'indique, elle est originaire du Morvan. Dans cet univers bovin désormais totalement blanc ou presque, à cause de l'omniprésence de la Charolaise, la Morvandelle tranche singulièrement. Au XIXe siècle, on rencontre la Morvandelle, dans une région à cheval sur l'Yonne, la Nièvre, la Côte d'Or et la Saône-et-Loire (Avallon, Clamecy, Semur et Autun). Au tout début du XXe siècle, alors que la race est sur le point de s'éteindre, on ne la rencontre plus que dans le Haut-Morvan, autour de Quarré-les-Tombes, Semur-en-Auxois, Flavigny-sur-Ozerain et Montbard.

Dans les années 1870-1880, la race Morvandelle est déjà très rare, au début du XXe siècle elle a quasiment disparu. Elle est alors largement croisée avec la Charolaise et l'on voit ainsi des animaux au pelage pie-café au lait ou pie-rouge clair avec taches blanches aux endroits du pelage primitif de la Morvandelle (parfois encore le fanon épais). C'est donc probablement dans les années 1910 que disparait la Morvandelle, même si certains auteurs font état d'animaux encore présents dans le Haut-Morvan dans les années 1940.

Naissance d'un mythe

Le sombrage
Le Labourage Nivernais - 1849 - Auteur : Rosa BONHEUR (1822-1899)

La disparition de la Morvandelle correspond à l'émergence de la. photographie. Donc de portrait officiel de la race, point. Il existe pourtant un vrai portrait, une peinture exécutée par la peintre naturaliste Rosa bonheur. On y voit 6 paires de bœufs en deux attelages. Sur les 10 animaux visibles, 7 ou 8 d'entre eux sont des Charolais, au moins 3 ou 4 sont de couleur café au lait et pourrait être des animaux croisés, enfin le bœuf de droite de la troisième paire du premier attelage apparait comme un parfait bœuf de race Morvandelle.

Bœuf du Morvan

L'autre document d'époque, c'est le dessin au train qui figure dans l'ouvrage de Moll et Gayot, publié en 1860 et qui montre un « bœuf du Morvan ». Là encore, la robe de l'animal est identique à celui de Rosa Bonheur et à ce qui est décrit dans la littérature du XIXe siècle. Hormis ces deux documents, rien n'est connu d'un point de vue iconographique.


A la recherche du Graal
Lors des recherches pour le livre " A nos vaches. ", un grand nombre de revues et de fonds photographiques ont été consultées. Malheureusement, pas la moindre photo de Morvandelle. Dès lors la question était : existe-t-il une photo de la race bovine Morvandelle ? Nous nous sommes alors tournés vers les cartes postales anciennes, notamment les photos prises dans des foires. Et c'est là que nous avons trouvé ce que nous cherchions.

Enfin la carte montrant une foire à Quarré-les-Tombes, Yonne, vers 1907, au coeur même du dernier bastion de la race Morvandelle est peut-être le « Graal » de cette quête.

Quarré-les-Tombes - Un jour de foire

En effet, au centre de la photo, mais un peu au fond, on distingue nettement une vache accompagnée de son veau (visiblement une velle), apparemment de couleur rouge. En grossissant, on peut noter les caractères suivants, repris ici :

Quarré-les-Tombes - Un jour de foire
1 - les deux animaux ont une ligne blanche sur le dos.
2 - le ventre de la génisse est en partie blanc (non visible sur la vache).
3 - le bas du fanon est blanc chez les deux animaux.
4 - la tête de la velle - et sans doute celle de sa mère - est entièrement sombre.
5 - les cornes de la vache sont longues.

Certes il pourrait y avoir un peu plus de blanc sur le haut des membres, mais n'oublions pas la variété de robes quasiment permanente chez les races bovines. Il faut également noter sur cette dernière photo d'un animal « sombre » à gauche de la charrette de droite. Cependant, on ne distingue aucune ligne dorsale blanche.

Ainsi, après de longues recherches nous avons une idée de ce pouvait être la Morvandelle et sans doute quelques-uns des clichés présentés ici nous renseignent-ils assez précisément sur cette race disparue et mythique.

Moll et Gayot (1860) citent une vache de couleur noire, parfois ardoise ou pie, qui vivait jusqu'au début du XIXe siècle dans le sud de la Côte d'Or. Un rapport possible avec la Morvandelle ?
Affaire à suivre ...

Publié le 1 septembre 2013 par lesbiodiversitaires. Pour lire l'article en entier c'est ici

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Avec l'introduction progressive de la race nivernaise en Morvan, les bœufs des galvachers, croisés avec la race locale, sont devenus des "bœufs barrés", c'est-à-dire roux et blancs, enfin totalement blancs à la fin du siècle dernier : ce sont ces grands bœufs blancs nivernais, aux longues cornes, que nous montrent les plus anciennes photographies et cartes postales.


Paire de bœufs blancs

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Le nom des bœufs

Les anciens noms avaient généralement un sens précis. On appelait :

Jolivet, nom réservé à l'animal le plus aimable de l'étable
Barbançon : gaillard, rude, hardi. En souvenir de certains pillards du moyen-âge, dont beaucoup étaient originaires du Brabant
Gayer : gaillard, à l'air décidé, est porteur de deux superbes cornes, gracieusement courhées et relevées. Il est des gayers d'un aspect magnifique de force et de fierté. On dirait qu'ils ont conscience de leur belle prestance.
Corbin, Corbinon un bœuf à cornes recourbées vers le sol,
Rondeau celui qui avait des formes rondes, ramassées,
Rassigneau ou Rossigneau celui qui avait la robe rousse, rouge,
Nobiau celui qui était noble, de belle allure,
Chaveau ou Chauveau, chauvet ou chavet celui qui avait le poil ras,
Gaillard celui qui était vigoureux, hardi, vif.

Comme ceux-ci, les autres noms étaient tirés :
de la forme des cornes - Ramagé, qui a de longues cornes - Ramé, dont les cornes puissantes et étendues offrent de l'espace entre elles, au-dessus de la tète, et comme une sorte de belle ramure - Camus, au contraire, dont les cornes se trouvées recourbées vers la terre, un peu comme celles du bélier ;
d'une particularité de la robe - Barré, bariolé - Beurnot, Beurne, robe brune - Blondeau, Blondet, Blondiau, blond - Chapé, qui a une chape (Le chapé porte sur le front une tache blanche, en guise de chaperon) - Chamoué, blanc à petites taches brunes - Chavan, blanc à petites taches brunes comme le chavan ou hibou - Moucher, jaune avec chapes à la tête - Feuillot, couleur de feuille sèche - Grivot, Grive, de couleur rouge avec quelques parties blanches, grivelé ou moucheté comme le plumage de la grive - Miré, porte sur son pelage, comme autant de miroirs, des taches blanches, jaunes, rouges, cendrées ou d'autres couleurs. On l'appelle aussi papillon - Papillon, tacheté de diverses couleurs comme certains papillons ;
de la forme du corps - Moulé, Jol, Joli, Joûli, Mignon ;
de l'allure - Résolu, Raveillé, Digoué, lourd.
Quelquefois on donnait le nom du vendeur - Gustin - ou de la foire ou l'animal avait été acheté - Châtillon.

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Le chant aux bœufs

Dupin, en 1853, notait : "Le Morvandiau fait entendre à ses bœufs des sons retentissant d'une longue tenue, lorsqu'il se met à kioler."
Ces chants n'accompagnent pas seulement les attelages au labour, mais aussi dans le charrois
En 1873, le docteur Bogros signale les « tiaulements » qui permettent de régler la marche des attelages nonchalants :

Écoutez, par un soir d'été, quand la charrette, criant sous le poids des gerbes, regagne lentement la ferme, ces mélopées traînantes qu'allonge indéfiniment une note tenue à pleine voix, ces tiaulements qui semblent régler la marche du nonchalant attelage, et qu'accompagne si bien le sourd mugissement des bœufs. Ce chant bizarre, empreint d'une mélancolie pénétrante, ne se marie-t-il pas admirablement avec l'aspect de notre rude nature ? Ne dirait-on pas, à entendre ces airs, qu'ils ont été faits pour être chantés au milieu des bois, pour se mêler à leurs frémissements mystérieux, pour être répercutés par leurs sauvages échos ?

De Chambure : Tiauler, Tiâler : se dit du chant particulier que les laboureurs ou les charretiers chantent à plein poumons pour charmer l'oreille de leurs bœufs.

Le véritable tiaulement, pour le laboureur, le charretier, le boeutier, le toucheur ou le galvacher fait la part belle à la libre improvisation d'une manière continue pour guider, encourager, accélerer, ralentir ou tout simplement pour charmer ses bœufs.

Ci-dessous un air recueilli et noté par Garsonnin, ami de d'Achille Millien, auprès d'Aignan Picard, dit le père Gnan, laboureur né à Bulcy en 1826. Manuscrits de Millien.

Tiaulage

Holà ! Holà ! mes cadets.
Holà ! là, mes cadets.
Holà ! oh ! mes bœufs blancs !
Oh ! mes bœufs blancs.
Oh ! mes amis.
Holà ! Holà ! ma ben gente.
Holà ! mes beaux bœufs blancs.
Holà ! Holà ! ma ben gente.
V'là qu'ça me r'vient dans le coeur.
Hie !
Holà ! Holà ! mes cadets.
Holà ! là, mes bœufs blancs.
Holà ! oh ! mes amis.
Holà Chaveau !
Oh ! Papillon !
Holà ! Holà ! mes mignons.
Holà ! ça monte ici.
Tirez tout doux, ça ira mieux.
Blanchot, Griveau, holà !
Hie !

Marcel Corneloup
La chanson populaire en Morvan - 25 juin 1988

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Transport

Emile Bailly : Dix jours d'automne dans le Morvan en 1881

"Je me reposais depuis quelques instants sur l'ados d'un fossé, les yeux tournés vers le paysage très agrandi au sein duquel j'allais pénétrer, quand vint à passer un grand char morvandiau trainé par quatre bœufs et chargé de bois de moule. J'admirai beaucoup la construction économique de cet appareil si primitif, mais en même temps si bien adapté à la nature et aux besoins du pays. Figurez-vous, mon cher ami, deux paires de roues reliées par des perches coupées dans le premier bois venu et au-dessus desquelles on dresse de chaque côté un cadre à claire-voie, soutenu par des montants fixés aux essieux ; le tout assemblé avec des rouettes de genet ou de chêne ; voilà le char construit. Toute ces pièces jouent les une sur les autre, crient, se tordent à la moindre inégalité du terrain, mais en même temps donnent à l'ensemble une souplesse merveilleuse, et la machine roulante, ondulant comme un serpent, franchit fondrières et rochers sans crainte d'aucun bris, comme on en verrait indubitablement se produire avec des pièces rigides et bien ajustées. C'est incroyable quels résultats ces industrieux convoyeurs du Morvan obtiennent avec presque rien.
...Ces bois du Beuvray s'exploitent par la méthode du furetage et a de longs intervalles, à cause des difficultés et des frais énormes de l'exploitation. Le transport des coupes aux rivières de flottage s'effectue uniquement par des bœufs qui, sur les versants nord de la montagne, ne peuvent descendre leur charge sur la route que par le chemin de l'Echenault. Pour qui a vu le Beuvray, c'est un tour de force incompréhensible que de faire mouvoir sur ces pentes une voiture chargée, et l'on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, de l'adresse du conducteur ou de la puissance et de la docilité de l'attelage. Celui-ci se compose de bœufs blancs, blonds ou encore roux ; cette dernière robe est très générale dans le Morvan pour les bœufs indigènes, et les animaux de travail blancs qu'on y voit ont tous été importés du Nivernais, où la race charolaise prédomine aujourd-hui.

Les galvachers avaient d'abord formé leurs bœufs à conduire la charrette - ou "çarotte", en patois -, très bien adaptée aux charrières et fondrières des forêts morvandelles.

Une belle çarotte

Les plus anciennes photographies et cartes postales témoignent aussi de l'utilisation du chariot. Ce long char à quatre roues, avec quatre montants - en patois "effroinces" ou "effronches", parfois enlevés - bien adaptés au transport des gros fûts, n'est devenu l'outil du charroyeur que très tard, à la fin du XIXème siècle.

Le char à quatre roues

En Haut-Morvan, le char est un instrument importé, venu de l'Avallonnais, où il avait remplacé la charrette depuis le milieu du XIXème siècle.

Chariot à grume
Chariot à bois en grume

Grand Triqueballe
Grand Triqueballe à 4 roues

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Le foudre Mercier

La construction du foudre : seize années d'un travail acharné.

Eugène Mercier souhaite mettre sur le marché des vins d'une qualité homogène et suivie. Pour cela, il doit pouvoir disposer d'un contenant qui permette de réaliser des assemblages à grande échelle. Le projet de la construction d'un gigantesque tonneau débute en 1870. L'étude des plans et des difficultés techniques dure deux années entières et est menée par un tonnelier du nom prédestiné de Jolibois. C'est en Hongrie que l'on trouvera les 150 chênes nécessaires à la construction du foudre. L'abattage commence en 1872 et dure cinq automnes.

Le foudre Mercier
En route pour l'Exposition Universelle de 1889
En 1879, le squelette du foudre est achevé. Onze énormes chariots transportent le précieux chargement jusqu'à Strasbourg, où il est mis sur un train jusqu'à Epernay. Le 11 septembre 1881, Eugène Mercier l'accueille sur le quai de la gare d'Epernay. Le 7 juillet 1885, la Maison Mercier inscrit sur son livre d'inventaire: "Un fût de 200.000 bouteilles, jaugé par la Régie pour 1.600 hectolitres, pesant 20.000 kilos et contenant 800 pièces d'assemblage". Reste à vérifier l'étanchéité. Aux vendanges 1887, enfin, 1.600 hectolitres de vin remplissent le foudre pour le plus grand assemblage jamais réalisé.

L'Exposition Universelle de 1889 : l'épopée du foudre.

Homme de communication, Eugène Mercier n'a de cesse de montrer ce foudre géant construit en seize années d'un labeur constant. L'Exposition Universelle se tiendra à Paris en 1889. Eugène décide de profiter de l'occasion pour s'assurer d'une publicité sensationnelle et annonce que son foudre sera l'un des clous de l'Exposition. Le 17 avril 1889, une équipe d'ouvriers démolit en partie les murs de l'immense cellier où repose le foudre, pour le faire sortir. Quatre énormes roues, spécialement construites par les chemins de fer de l'Est, supportent les vingt tonnes du foudre.

L'ensemble est tiré par douze paires de bœufs du Morvan. Dix-huit chevaux les suivent, pour prêter main forte dans la montée des côtes les plus rudes. La foule accompagne bientôt l'immense tonneau. Les instituteurs donnent une heure de congé à leurs élèves. Le travail s'arrête dans les usines. Le foudre crée l'évènement sur son passage! Il faut souvent contourner villes ou bourgades qui ne peuvent l'accueillir. Parfois, il n'y a pas d'autres solutions que d'abattre des arbres ou des murs. Après huit jours de cette folle équipée, le foudre est aux portes de Paris. Pour permettre le passage du géant Porte de Pantin, il faut acheter à prix d'or cinq immeubles qui gênent dans les virages et les "raboter".

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Chargement

Selon la nature du terrain, la pente, la disposition d'une grume, deux techniques ont été utilisées principalement :
- La déverse
- La coulisse ou la déroule

- La déverse :

Une fourchette
M. Grimont (Corcelles)
à conservé une fourchette
Un des trains de roues est renversé contre la grume, une pièce de bois (la fourchette) est prise entre les rayons. Cette fourchette à deux fonctions : faire levier pour la chaîne tirée par les bœufs et stabiliser les roues lorsque l'ensemble se remet brutalement en place afin qu'elles ne se brisent pas.

Chargement à la déverse
Maquette de M. Vincent (Pouques-Lormes 1990)

"On chargeait à la déverse; on mettait le chariot sur champ, les roues étaient solides, ça ne cassait pas. On faisait ça quand on avait à charger un "gros pied". Quand l'avant et l'arrière train du char étaient collés contre la grume qui reposait sur le sol, on relevait le premier, puis le second, les deux bœufs déversaient le char avec un trait (chaîne). Quand ils sont habitués, ils obéissent bien : vous demandez un pas à un bœuf, il fait un pas. C'est le dressage qui fait ça, ce sont les bœufs qui font la grume en général. C'est toujours les deux mêmes qui chargeaient; quand la pièce était sur le chariot, on mettait des "aifouinces", des bouts de bois ajustés pour la maintenir en place et l'empêcher de rouler".

Chargement à la déverse
Croquis Jean Perrin

- La coulisse ou la déroule :
Il s'agit de placer une coulisse (madrier) au sommet d'une des roues d'un train et d'y faire tirer la grume par des bœufs à l'aide d'une chaîne en rappel, attachée à la jante, passant sous le tronc et revenant vers le chariot.

Chargement à la deroule
Maquette de M. Vincent (Pouques-Lormes 1990)

Illustations issues du livre : Les Galvachers & Charretiers du Morvan - Philippe Berte-Langereau

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Pour quoi sont-ils partis ?

Cette migration semble ancienne.
Il est guère facile cependant d'en situer l'origine et Dupin, en 1853, en parle déjà comme d'une chose bien établie à Anost et en général, pour le transport des vins de Bourgogne, des jougs, des pelles en bois, etc.
La mémoire humaine, quant à elle, remonte donc à la première moitié du XIXème siècle avec des souvenirs précis qui se sont transmis.
Si ces hommes, dans une première étape et ces familles ensuite pour quelques-uns, ont quitté le Morvan, c'est que, d'une part, la population y devenait trop nombreuse pour nourrir des familles conséquentes, que d'autre part, certains ont éprouvé le besoin de tenter l'aventure pour une vie meilleure et qu'enfin, on a éprouvé le besoin d'améliorer l'ordinaire, d'agrandir un patrimoine foncier, de faire ou refaire une maison et des bâtiments. Il faut donc partir; mais ce n'est pas donné à tout le monde, et tous les Morvandiaux n'ont pas eu cet esprit d'aventure. Ce sont les plus hardis qui lèvent l'ancre, attirés par des gains plus élevés ailleurs que dans le Morvan.

Les préoccupations ont été semblables pour les nourrices. Mais alors que les femmes étaient liées au pays par leur enfant, les jeunes commis charretiers ou un entrepreneur célibataire n'ont pas hésité à tout quitter pour s'installer ailleurs et y faire souche.

Transport

Au milieu du XIXème siècle, commence pour les Morvandiaux, une migration qui allait connaître, par la suite, un certain succès : celle des boeutiers ou conducteurs de bœufs.
L'origine de cette migration vient de la démarche, vers 1850, d'un membre de la Société d'Agriculture d'Autun, de Comeau, qui entre en relations avec de riches cultivateurs de betteraves à sucre de Picardie, manquant d'attelages résistants pour la culture et le transport de ces racines. Ces betteraviers du Nord de la France sont vite convaincus de l'aptitude des bœufs de trait autunois, du reste facilement nourris par les pulpes de betteraves. Venus à la foire de la Saint-Ladre à Autun, le 1er septembre, les "Picards" - très vite, les fermiers de la Brie et de la Beauce les y accompagnent - achètent des centaines de paires de bœufs. Le problème, pour eux, est de compléter cet achat par la location de bouviers : ils découvrent la main-d'oeuvre morvandelle, disponible à la louée du 1er mars à Autun.
C'est ainsi que les conducteurs de bœufs sont loués temporairement pour le labourage des terres lourdes du Nord de Paris, la culture des betteraves et leur transport. La formation de ces bouviers morvandiaux chez eux en fait une excellente main d'oeuvre pour les fermiers des riches plaines de Picardie, du Soissonnais et de Brie. Or, les salaires versés par ces riches cultivateurs sont plus élevés que ceux que les valets de ferme peuvent percevoir en Morvan: partir "pour la Picardie" pendant plusieurs mois signifie pour le domestique morvandiau gagner deux fois plus que dans son pays, soit 300 F environ vers 1850 au lieu de 150 F en moyenne. On imagine le succès de cette migration, qui s'est amplifiée sous le Second Empire.

Et puis, il y a "la révolution industrielle" en ce XIXème siècle.
Les mines sont de véritables fourmilières dans lesquelles s'engouffrent des millions de "bois de mine"; la ville de Paris, sous l'impulsion du baron Hausmann, préfet de 1853 à 1870, est un gigantesque chantier. La banlieue, elle, commence à bourgeonner et à dépasser "les fortifs"; les chemins de fer lancent leurs lignes comme des toiles d'araignées à partir de la capitale; les travaux de canaux s'achèvent, commencés au XVIIème, sous Henri IV, même.

Ce sont des millions de m3 de pierre qu'il faut, de charpentes, d'étais, de chevrons, de traverses. La moitié nord de la France et notamment vers l'Est est un immense chantier dont les forêts immenses (Reims, Orient, Othe, Châtillonnais, etc.) font les frais.
Il faut des ouvriers pour exploiter ces bois, ces mines, ces carrières; il en faut pour le transport. Et il s'avère que des Morvandiaux sont là qui proposent leurs services : des hommes vaillants, déterminés, habitués à des conditions de travail difficiles, sachant diriger des bêtes dressées au doigt et à l'oeil, peu exigeants, habitués à des salaires bas ou inexistants et venus là pour travailler à des taux un peu plus élevés.
Les entrepreneurs de coupes, les marchands de bois, les exploitants de carrière ne s'y sont pas trompés et ont trouvé là des ouvriers compétents et peu regardants sur la tâche, encouragés qu'ils étaient par des gains que jamais ils n'auraient espérés dans leur région.

Les "voituriers" venus du Morvan ont donc contribué à cette immense entreprise que fut "la révolution industrielle". Loin d'être d'archaïques bouviers comme quelques-uns les ont montrés, ils ont au contraire, su s'adapter avec un matériel simple mais robuste, des animaux lents mais efficaces.

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Où sont-ils partis ?

Ce phénomène migratoire étonnant, qui consistait à abandonner son foyer durant six mois de l'année, afin de se louer sur les chantiers forestiers proposés par d'autres terroirs, proches ou éloignés, entraîna ces gens au pas de leurs bœufs rouges, sur les chemins de 23 départements, concernant 8 de nos actuelles régions; de l'Auvergne aux Ardennes, de la Normandie à la Lorraine ou à la Franche-Comté, sans oublier la région parisienne.

"Ils sont fort recherché dans les grandes usines de Seine et Oise, du Nord et du Soissonnais. Souppes, Senlis, Gonesse, Coubert sont peuplés de Morvandeaux. Le valet de bœufs qui gagne 500 francs sur place, se loue 700 à 800 francs quand il s'expatrie. C'est ce qu'ils appellent aller en Picardie avant de prendre femme, de se mettre en ménage. La Picardie ou Pays-Bas, pour l'habitant du Haut-Pays commence là où finit le Morvan : Auxerre, Troyes, Laon, Melun, les environs de Paris, comme la Picardie elle-même, sont la Picardie. Ce mot Picardie usité dans tout le pays est une des conséquences de la visite annuelle des marchands d'Amiens qui viennent en Morvan acheter de gros bœufs charretiers à destination du pays des betteraves et qui profitent de la louée du 1er mars pour y retenir quelques domestiques." (Abbé Charrault)

On l'a vu, ces gens sont allés travailler dans des endroits où il y avait des coupes ou des chantiers importants qui les ont occupés souvent plusieurs années sur le même site.
A Varin (Anost), Jean Chapelon (1855-1942) est parti avec son frère dans les années 1890 travailler à St Claude (Jura) avec leurs bœufs pour charrier du bois. Au retour ils prenaient des chantiers de grumes et de chaux sur plusieurs étapes.
Les lieux où ont travaillé les charretiers du Morvan sont variés et plus ou moins éloignés du pays.

Carte de déplacements des Galvachers au XIXème siècle

Bien sûr ceux qui figurent dans le "chant des galvachers" et qui sont finalement à proximité, dans le Cher, l'Yonne, la Nièvre.
Par contre certain sont allés beaucoup plus loin : dans le nord de la Côte d'Or, l'Aube, La Marne, la Haute-Marne, en Normandie même, à Thury-Arcourt (Calvados), le Nord, la Lorraine, les Ardennes. Bref des distances de 250-350 kilomètres ; ce qui était une expédition pour atteindre les coupes au pas des bœufs.
En effet, les témoignages concordent fidèlement : on comptait 25 kilomètres par jour. Les plus longs voyages duraient 10 à 12 jours.
Plus tard, à la fin du XIXème et au XXème siècle, on a souvent eu recours au chemin de fer mais beaucoup sont restés fidèles à la marche. Par économie sans doute, mais également parce que le matériel aurait été beaucoup trop encombrant.

Deux pôles se distinguent nettement

— les forêts d’Orient et d’Othe dans l’Aube et le nord de l’Yonne (Brévonnes, Lusigny/Barse, Les Riceys, La Loge Pomblin, etc.).
— la vallée de la Marne (Dormans, Vauciennes, Le Chêne La Reine, Epernay, Dizy, Saint Martin d’Ablois, Mareuil en Brie, etc.).

Economiquement, cela s’explique les forêts d’Othe et d’Orient sont parmi les plus importantes du sud-est de Paris. Les scieries fixes ou volantes battaient leur plein avec notamment des parquetteries comme "la Société champenoise", dont M. Revelin, originaire de Luzy, était directeur. C’est lui qui fit monter de nombreux Morvandiaux, souvent jeunes et célibataires, pour y travailler au débardage vers 1920-25.
Dans la Marne, les activités sont variées : bois, pierre. La vallée de la Marne est alors en pleine activité et Epernay devient une ville très active : le canal, la Marne navigable, les ateliers ferroviaires, le champagne qui coule à flot sous le Second Empire. C’est un bassin propice à l’emploi et de nombreux Morvandiaux s’y retrouvent définitivement ou saisonnièrement. Ci-après, une étude très précise : A la rencontre des voituriers bourguignons, « les galvachers », près de la vallée de la marne - Bernard MATTHIEU

Les pièces d’archives du commencement du XIXème siècle montrent qu’il existait dans l’arrondissement de Château-Chinon environ 90 individus qui allaient annuellement travailler hors du département avec une voiture et deux bœufs. 80 d’entre eux entreprenaient des transports, notamment de bois de chauffage, pour l’approvisionnement de Paris. Ils s’absentaient 6, 7, 8 mois de l’année, du printemps à l’automne. Ils se dirigeaient sur les ports de bois et le plus souvent à Dormans, Mussy et Crissée (Marne) ; Montereau, Brisson, Saint Fargeau, Saint Sauveur (Yonne) ; Saint Germain des Bois, Dijon (Côte d’Or) ; Autun (Saône et Loire) ; Bourbon l’Archambault (Allier) ; Châtillon sur Loire (Loiret). Chacun d’eux pouvait rapporter dans une campagne environ 400 francs, tous frais payés.

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* * * * *

Concurrence ? - Les Thiérachiens ou Tirachiens

Le pays de Thiérache

La Thiérache appartenait autrefois à la Picardie, dont elle était une des subdivisions.

"Les Thiérachiens, les Bourguignons qui font cent lieues pour venir avec leurs bœufs débarder nos ventes de bois à la barbe des Laboureurs..." Vues patriotiques d'un laboureur

Patois du pays de Provin - Félix Bourquelot - 1869
Tirachiens : charretiers qui mènent à Provins le bois de la forêt de Chenoise dans de longues voitures traînées par de petits chevaux à demi sauvages, vivant dans la forêt et ne connaissant guère l'écurie. - Ce nom vient de la petite province de Thierache, Tierache ou Tirache, située entre le Vermandois, le Laonnais, la Champagne, le Hainaut et le Cambrésis, d'où sortent les charretiers dont il s'agit ici, ou qui les fournissait autrefois. Les enfants chantent la chanson :

Tirachiens,
Tiraloups,
Tire la queue du loup.

Un peu à toutes les époques, les Thiérachiens furent connus comme des routiers au long cours. On les représente vêtus de longues blouses bleues, au col brodé d'un liseré blanc, et coiffés d'un bonnet de laine. Ils partaient aux premiers beaux jours, alors que les chemins étaient un peu raffermis, avec d'immenses voitures chargées de vannerie ou de boissellerie, qu'ils allaient vendre sur les foires et marchés. Ils s'aventuraient très loin, jusque dans le midi et dans la vallée du Rhône. C'étaient de rudes compagnons, menant joyeuse vie, et qui se considéraient comme les rois de la route; ils avaient fini par s'arroger de réels privilèges qui furent plus tard consacrés par des édits royaux.
Le type Thiérachien - Eugène Creveaux - 1909

On pourrait penser que Tirachiens et Galvachers se sont succédés, dans le temps:
"à partir de 1848 et surtout après le coup d'État de 51, lorsque Napoléon III fit entreprendre la réalisation du programme ferroviaire de 1842, la "galvache" connut une période de prospérité soudaine."
Henri Vincenot.

Partage des territoirs

On trouve des Galvachers débardeurs de bois, loin de leur foyer, dès le début du XVIII° siècle, comme les Thiérachiens :

"Pierre Matthieu, voiturier par terre, né le 1er juillet 1736, venait de Quarré les Tombes dans le Morvan. Il s'était installé à Courmont dans le Tardenois, au sud de l'Aisne."

Quelquefois, des Thiérachiens venaient frôler les terres du Morvan :

"Dans d'autres régions, l'Yonne moyenne, la forêt d'Othe en particulier, mais aussi dans les bois d'Aube, les voituriers venaient de beaucoup plus loin : de Thiérache aux environs de Vervins dans l'Aisne."

Tiré du site : La Chapelle Rabelais (L'histoire d'un petit village sans histoires retrouvée dans les archives de la commune. Les migrants en Brie découverts dans une collection de passeports pour l'intérieur.) à la page La vie retrouvée des voituriers tirachiens - Tirachiens et galvachers

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La vie sur place

On arrive à destination; en général, on connaît son monde, souvent on est allé avant pour se rendre compte sur place du travail à effectuer, on sait à quoi s'en tenir ou l'on reprend un chantier inachevé de l'année précédente.
La maison est la même, on la reloue. Sinon, on en cherche une ou le marchand de bois s'en est occupé... Il faut en tout cas, un ou deux prés à proximité pour les bêtes. Comme avril ou mai ne sont pas toujours trop bons, on a besoin parfois d'un peu de foin pour faire la soudure avec la poussée de l'herbe.
La vie s'organise ; mais elle tourne essentiellement autour du chantier et sur le trajet de transport des bois à la scierie, au canal ou à la gare ou de la carrière à la péniche, etc.

D'autres partaient deux ou trois ans sans revenir suivant l'importance de la coupe et emmenaient le ou les enfants avec eux.

En 1897, Gaston Gauthier écrivait pour la région de Decize où se rendaient des charretiers du Morvan :

"On les voit, l'aiguillon sur l'épaule et la pipe à la bouche, suivre lentement leurs lourds chariots attelés de bœufs amaigris par la fatigue.
De temps en temps, les bouviers piquent leurs animaux en les appelant par leur nom (car chacun a le sien : Chavan, Corbin, Frisé, Rassignot) et leur geste est souvent accompagné d'un juron retentissant "tounarre me breûle !" qui fait hâter le pas à l'attelage.
Quelquefois, ils tirent avec précaution de leur poche la dernière lettre du pays qui leur donne des nouvelles de la famille et du bestiau. Après une lecture laborieuse, ils portent à leurs lèvres la feuille de papier avant de la remettre dans l'enveloppe.
Quand ces hommes laborieux arrivent dans le Decizois, ils cherchent dans le voisinage de la coupe dont ils doivent transporter les produits, une maison hospitalière où l'on consent, moyennant une faible redevance, à les coucher sur la paille et à leur préparer la soupe soir et matin.
Ils louent également à proximité un pré (ils appellent cela "louer las harbes" où les animaux paîtront et se reposeront pendant la nuit. Celle-ci est courte, d'ailleurs, car les bouviers rentrent souvent fort tard et partent de grand matin.
En effet, levés dès l'aube, ils mangent hâtivement la soupe, mettent du pain dans leur sac ou dans leur poche et vont au pré chercher les bœufs pour les courber sous le joug. Alors, les chariots rangés la veille sur les banquettes des routes, partent en tous sens les uns, chargés, sont dirigés vers Decize, tandis que les autres, vides, prennent le chemin du bois.
Le travail achevé, les animaux mangent et soufflent un peu pendant que les conducteurs prennent sur le chariot même ou à son ombre leur frugal repas de midi pain et fromage arrosés d'eau, rarement d'un verre de vin.
Bois d'équarrissage, charbonnette, moulée, charbons, perches et étais de mine sont voiturés ainsi par les bouviers morvandeaux dont les chariots se croisent sans cesse sur les routes et les chemins qui relient Decize aux coupes exploitées à plusieurs lieues à la ronde".

Ils partaient dès le 1er du mois de mai et jusqu'à la St Martin, nul ne les revoyait. Une fois arrivés, après de longues journées d'une marche forcée, ils louaient un pré pour mettre leurs animaux et pour le reste, travaillaient sans trêve ni repos, dormant dans la hutte du charbonnier ou sous le chariot, solitaires mais jamais oubliés par ceux qu'ils avaient laissés. Du lever du soleil à son coucher, ils chargeaient le bois de moulée, débardaient les billes, les grumes et les billots, jusqu'à des troncs énormes que personnes n'auraient pu transporter, puis leur chantier achevé, alors que la forêt d'automne rougissait de nouveau, ils prenaient le chemin de leurs huis lointains, cheminant devant leurs rougeauds.

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Fortune ou pas ?

Et tous ces déplacements, ces bouleversements familiaux, toute cette vie rythmée suivant les mois, que rapportaient-ils ?

Si l'on en juge par les témoignages des enfants ou des descendants, une chose paraît claire : on a gagné de l'argent. Aujourd'hui, les photos, les maisons, les propriétés sont là pour l'attester.
Bien sûr, on n'a pas fait fortune. Mais par rapport à ceux restés au pays, on a pu se permettre des dépenses qui n'auraient jamais été possibles sans cet apport d'argent.

Armand TazareArmand Tazare habite la maison que son grand'père avait fait monter avec les gains de ses charrois, typiquement morvandelle, cette maison en cette fin XIXème siècle, devait trancher avec beaucoup d'autres toujours couvertes en paille et aux ouvertures réduites, au sol de terre battue ; à l'intérieur, celle-ci a trois chambres individuelles et un plafond en lambris qui n'est plus à la française. Enfin, au mur, le papier peint de 1910 est toujours là en mars 1995. Du papier peint en 1910, on ne devait pas en trouver dans toutes les maisons du Morvan !

Pierre Guyollot, gendre de Léon Geoffroy, à Bussières a charrié de la pierre aussi à Dormans.
C'est lui qui a eu la première moissonneuse-lieuse du secteur vers 1914.

Une bonne partie des Galvachers doit attendre le retour pour vendre les bœufs amaigris à la foire du 1er Décembre à Anost qui marque la fin de la migration des Galvachers ; au début de notre siècle, les paires de bœufs s'alignaient depuis la route de Bussy jusqu'au milieu du bourg d'Anost! Les emboucheurs du Bazois proche achetaient les bœufs maigres des Galvachers pour les mettre à l'engrais dans leurs prés de qualité (1).

Peut-on estimer les revenus d'une campagne de galvache ? Au début du XIXème siècle, le galvacher nivernais pouvait rapporter, bon an mal an, quelques 400 F. nets. A la fin du siècle, les avis sur les gains des galvachers sont très différents.

Jean Simon, instituteur et maire de Lavaut de Frétoy, écrivait en 1883 dans ses "Statistiques de Lavaut de Frétoy"

"Bien peu y font fortune; beaucoup même y ont mangé leur petite aisance et auraient mieux fait de rester cultiver leurs terres mais une fois endurcis à ce métier, les charretiers n'ont plus de goût à la culture.
Il n'est pas difficile d'être galvacher il suffit d'acheter deux ou trois paires de bœufs à crédit, de faire construire un ou deux chariots et d'aller entreprendre de l'ouvrage. A la Saint Martin, on revend les bœufs avec deux ou trois cents francs de perte par paire il faut aussi payer pâture, foin, charron, maréchal, boulanger ; et si le charretier a quelques centaines de francs de bénéfice, il s'estime très heureux."

A Anost, les revenus de la galvache semblent meilleurs à la fin du XIXème et au début du XXème siècles ; les galvachers louaient leur attelage 12 à 15 F. par jour en Lorraine. S'ils le pouvaient, ils vendaient leurs bœufs pendant leur retour, pour un bénéfice de 800 à 1000 F. par attelage. Ceux qui ont plusieurs paires de bœufs peuvent faire une bonne année. Mais rares sont ceux qui ont fait fortune un seul, à Anost, propriétaire de 40 paires de bœufs vers 1890, achète un petit domaine et bâtit une maison bourgeoise

(1) Témoignage de M. R. à Bussy Anost.

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La fin de la galvache

Le nombre des migrants diminuera avec régularité jusqu'à la Grande Guerre et l'année 1920, verra le dernier grand départ à l'ancienne mode. Après cette date on s'aperçoit que les zones de charroi se sont considérablement réduites, tout comme la durée des travaux réalisés. Le charretier à la louée a désormais remplacé définitivement le Galvacher. Il est utile toutefois de préciser que toucheur, boeutier, charretier et Galvacher sont les diverses facettes d'un même homme au cours de son existence et sont parfois alternées en fonction de la durée de l'absence, celle-ci restant intimement liée aux conditions de survie de la maisonnée. Ces charretiers morvandiaux transportèrent tout ce qui put être chargé; des pavés de granit pour les grandes percées parisiennes du baron Hausmann, aux vins de Bourgogne, en passant par les pierres meulières des banlieues, sans oublier les éléments nécessaires à la construction des voies de ce chemin de fer qui, un jour prochain, mettrait à mal cette pratique ancestrale.

Ce métier a pris une forte expansion au XIXe siècle pour s'éteindre après la seconde Guerre Mondiale avec l'arrivée des tracteurs

* * * * *

Le dernier Galvacher est revenu sur un passé pas si lointain que celà.

Au XIXe siècle Anost (71) comptait jusqu'à 700 Galvachers. Aujourd'hui (19/11/2011), il n'en reste qu'un seul.

Issue d'une tradition lointaine (on parle de plus de 160 années), la célèbre « foire des Galvachers » du petit village d'Anost était un moment fort dans la vie de ces hommes qui sillonnaient les routes de France avec leurs bœufs. Les Galvachers rentraient spécialement le 1er décembre afin de pouvoir vendre ou racheter des bœufs pour la prochaine saison de galvache. Aujourd'hui, cette vente n'a plus le même intérêt qu'au début du siècle. Il s'agit là davantage d'une foire mettant en valeur les bestiaux.
A la fin des années 50, les Galvachers ont basculé dans le domaine folklorique mais restent très présents dans la mémoire des Morvandiaux très attachés à leur tradition. Anost conserve donc son titre de capitale des Galvachers grâce à cette foire qui perpétue la tradition.

Afin de nous éclairer sur ce qu'était réellement cette profession et témoignant sur son propre ressenti, André Grimont demeurant à Corcelles, un hameau de la commune d'Anost, dernier galvacher, a accepté très gentiment de nous livrer ses souvenirs d'un temps révolu mais dont il parle toujours avec autant d'émotion et de passion.

Un style de vie

« Mon père était galvacher et mon grand-père l'était aussi. Mais pour bien comprendre, il faut se rendre compte que ce n'était pas simplement un métier, c'était un style de vie. Être galvacher, cela voulait dire quelque chose. Lorsque l'on arrivait au bout d'une tâche, il y avait toujours la fierté d'un travail bien fait ».

Mais malgré cette vision des choses, être galvacher n'était pas un métier enviable. Partis du 1er mai pour ne revenir que le 11 novembre, ces charretiers spécialisés mettaient très souvent plusieurs jours pour se rendre sur leurs lieux de travail. Accompagnés de leurs célèbres bœufs dressés, les hommes partaient souvent en convoi pour intervenir là où beaucoup d'autres capitulaient.

Les origines du galvacher

Car lorsque l'on pose la question sur ce qu'était réellement le travail des galvachers, André Grimont a toujours la même réponse :

« Les vrais galvachers étaient ceux qui débardaient du bois ou qui transportaient des grumes. En fait, un galvacher était un spécialiste du transport de bois. Au fil du temps, les techniques s'étaient affinées et il n'était pas rare que les galvachers soient appelés de très loin pour sortir des pièces de bois très particulières ».

Véritable mémoire de cette époque, l'homme nous confie ensuite quelques souvenirs personnels et anecdotes apportant un nouvel éclairage sur les galvachers. En effet, contrairement aux idées reçues, les hommes ne partaient pas toujours seuls.

Des gens du voyage

« Lorsque j'ai commencé en 1941, j'avais 13 ans. À cette époque, il fallait environ six jours pour rallier le Cher et entre sept et huit pour aller en Haute-Marne. Durant le voyage et une fois sur place, les hommes se logeaient comme ils pouvaient. Puis, petit à petit, quelques femmes commencèrent à accompagner leur mari. J'ai même le souvenir de couples partis sur les routes et qui se sont installés définitivement dans d'autres régions. Finalement, si l'on y réfléchit, les galvachers étaient ni plus ni moins que les gens du voyage de l'époque ».

Conscient qu'il est aujourd'hui le dernier témoin d'une époque perdue à jamais, André Grimont souhaite simplement que la mémoire de tous ces pionniers reste toujours aussi vivante auprès des jeunes générations.

Le journal de Saône et Loire - Editions d'Autun du 27/11/2007 et 19/11/2011 - Norbert Etienne (CLP)

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Chant des Galvachers

Chanté par Zipp (Henri Morineau) - Disque : Vielles danses du Morvan - Les maîtres sonneurs du Morvan sous la direction de Marc Chevrier - 1963

Partition des galvachers

Clément Sauron (1826-1901) compose en 1847 une première ébauche de la chanson qui compte cinq couplets et le début d'un sixième, sur l'air En rêvant de m'y marier. Puis il en améliore la forme et porte la chanson à dix couplets à une date que ses manuscrits ne permettent pas de préciser. Il serait intéressant de mettre en parallèle les deux versions de Sauron, celle de Simon et celle de Blin, pour faire constater l'effort de réfection de la chanson vers une perfection de plus en plus grande, en adoptant le dispositif imaginé par P. Coirault et suivi depuis par d'autres folkloristes.

En 1883, Jean SIMON rechercha les paroles pour les publier, mais il ne put retrouver que les couplets 1 à 7 et 9 qui lui parurent insuffisants. Alors il compléta la chanson en ajoutant d'autres couplets.

Paroles de la première version imprimée, publiée par Jean SIMON, dans "Statistique de la commune de Frétoy", 1883, page 285-288, avec les quelques corrections apportées ensuite aux couplets patois par BLIN dans "Les chants du Morvan", page 23. Musique notée par Paul Delarue sur l'air qu'il a maintes fois entendu pendant son séjour dans le canton de Montsauche de 1913 à 1928.


CD - "Chansons du Morvan"
Chanteurs et musiciens de l'U.G.M.M.
Chantée par différentes voix du Morvan
Musique par le groupe "Les Ragouts"

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1 - Adieu, notre pays chéri,
Amis, partons pour le Berry.
Adieu, Corcelles,
Anost, Verreins, le Creux
Que l’on attelle
La charrette et les bœufs.

2 - Allons, galvachers, en avant !
Il faut quitter votre Morvan !
Montons la route,
Et chassons le souci;
Buvons la goutte
Chez le Cô à Bussy.

Les tenanciers de l'auberge du Cô
Dominique Garnier et son épouse à Bussy (Début XXe)
"Les tenanciers de l'auberge du Cô"
Collection Philippe Berte-Langereau

3 - Bonjour à notre ami Cô,
As-tu pour nous du bon fricot ?
Dans la galvache,
Tu le sais par ma foi,
On n’est point lâche
De boire un coup chez toi.

4 - Hommage aussi au bon Sauron,
C’est lui qui fit cette chanson,
Assis à table,
Ayant le verre en main,
Il est bon diable,
Chante soir et matin.

5 - N’oublions pas Monsieur Berger,
Car c’est l’ami du galvacher
Il boit, il chante,
Il a les larm’s aux yeux,
Ce qui l’enchante,
C’est de nous voir heureux.

6 - Les uns s’en vont à Commentry,
Les autres à Bourges en Berry,
Puis à la Guerche,
Nevers et autres lieux,
Car là l’ouvrage
Ne manque pas aux bœufs.

7 - D’autres s’en vont à Saint-Fargeau,
Toucy, Saint-Sauveur et Bléneau,
Conduir’ la corce,
Charbons et bois carrés,
On voit la force
Là de leurs bœufs barrés.

8 - Planchez, Montsauche et Saint-Brisson,
Au premier mai tous nous partons.
Ouroux, Gâcogne,
Frétoy, Gien puis Arleuf,
Pour la Bourgogne,
Allons, piquez vos bœufs !

9 - En avant donc les deux corbins,
Vous savez déjà les chemins.
Chers camarades,
Ornons leurs fronts puissants
D’une cocarde
Et de deux beaux rubans.

10 - Chère Fanchon, assuie tas yeux,
Voichi le moument des r’aidieux,
Ailons, mai belle,
Aidoucis ton chaigrin,
Souais-mouai fidèle
Jusqu’ai lai Saint-Martin.

11 – Tâss’ de bin engraîcher l’coiçot,
A l’ouvraize erzipp’toi in p’sot,
Soign’ bin lai vesse,
Ell’ nous fèré d’ l’arzent,
Remplis sai crèce,
Ne lai laich’ manquer d’ran.

12 - Tée bin das treufes et du bié nar,
O’ t’reste encor un quarté d’lard,
Dans lai feuillotte.
Quand o gn’airé pus ran,
Chitôt p’lai poste
I t’envîrai d’ l’arzent.

13 - Allons, vais-t’en, ne rébole pas,
I t’écriré du pays bas.
Envie en classe
Le p’tiot sans l’fére manquer,
Et pour tè, tâce
De ne pas m’oublier.

14 - Chu le chairiot é-tu mis 1’saic ?
Doun’ moué mai pipe et mon taibaic,
Mai limousine,
Et mon grand aiguïon,
Ne te chaigrine
Pas, mai boune Fanchon.

15 - Puis il s’en va, pauvre bouvier,
Abandonnant son vieux foyer,
Quittant sa femme
Et ses enfants aussi,
Pour être esclave
Dans les bois de Toucy.

16 - Ne peut-il donc, dans son Morvan,
Vivre aussi bien en travaillant ?
Quand là l’ouvrage
Ne manque pas au bras,
Est-il donc sage
D’aller aux pays bas ?

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Le P'tiot Toène

Dessin de Jean Perrin
Dessin de Jean Perrin

Montons la côte et chassons le souci.
Le P'tiot Toène chantait. L'attelage suivait (mais peut-être était-ce le chant qui suivait le pas des bœufs ?).
Homme et bêtes partaient en Galvache.
Adieu notre pays chéri !
Ils sabotaient en choeur sur des chemins caillouteux, des routes difficiles et mesuraient le monde de leurs pas comme des balanciers d'horloges.
Le Toène devait charrier dans les plaines picardes, dans l'Aisne plus précisément.
Il charria. L'horizon de ces pays était comme le bord de son chapeau.
Le chant de l'homme en devenait plus ample, les routes plus larges.
Allons Fanchon ne rébole pas !
Il fit écrire quelques lettres à sa famille par le curé de l'endroit puis, un matin, attela ses bœufs et partit vers l'Est.
Il traversa d'autres plaines, des collines, des forêts, des rivières, des villages.
Les gens de ces pays parlaient d'autres "patois". Le P'tiot Toène évitait le plus possible les conversations. Heureusement pour lui, les hommes de la terre de l'époque se comprenaient sans trop parler. Le contact était d'autant plus facile que le Toène et ses bœufs ne manquaient pas de courage.
Il se loua une semaine dans une région montagneuse pour débarder des arbres énormes, une autre fois, ils étaient au bord d'une mer transportant des caisses de poisson, une autre fois encore, on le vit charrier le blé au mitan d'immenses plaines.
Ainsi pendant des jours, des mois, des années, ils marchèrent à travers le monde.
Au pays, nul ne revit le P'tiot Toène, le galvacher errant.
Beaucoup plus tard, au milieu du 20e siècle, on raconta qu'un jour un jeune homme descendit d'un car de touristes étrangers et photographia les ruines de ce qui avait été la maison du Toène.
Faut-il croire ceux qui prétendent qu'il fredonna l'Hymne des galvachers ?
Allons vais-t-en ne rébole pas !.

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Le couteau des galvachers

Le couteau des galvachers

Avec sa grande lame courte, tranchante et trapue, une serpette pour greffer, tailler l'osier des paniers ou couper le raisin, une alène pour pointer ou tracer le bois, percer les harnais, il était le compagnon de tous les jours.

Située en zone piétonne d'Autun, l'Armurerie Coutellerie James a été fondée en 1824 et n'a cessée d'évoluer depuis, toujours dans le respect de la tradition armurière, pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui avec notamment le couteau emblématique "le Galvacher".

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La fontaine aux bœufs

La fontaine aux bœufs

Qui mieux que Saint Grégoire - dit "Le Grand" - était habilité à soigner la cocotte et autres sales denrées qui pouvaient s'abattre sur le bétail ? Peu de monde, en vérité, mis à part quelques "endev'deux" aux formules magiques et aux incantations sulfureuses.
A vrai dire, c'est à la chapelle de ce saint guérisseur qu'on se rendait jadis pour exorciser la maladie de son bétail à cornes.
Le 12 mars, force pèlerins allaient en procession sur les rives de la Romanée, invoquer Saint Grégoire en sa chapelle bâtie dans le nord des Morvans, près de Villeneuve-les Presles.
En 1746, on vit ainsi plus de 10.000 pèlerins venir implorer le saint alors qu'une redoutable épizootie décimait bœufs et vaches.
Près de la chapelle se tient une modeste source dite « la Fontaine aux bœufs ». Autrefois, une niche y abritait la statuette de Saint Grégoire le Grand. Et une étrange histoire s'y rapporte.

La fontaine aux bœufs

Un jour, un charretier des environs débardait du moule avec deux bœufs rouges de l'ancienne race d'ici. L'homme connaissait les attributions du Saint et l'avait déjà sollicité contre la maladie d'une bête. Mais ce jour-là, occupé à terminer une coupe, il passa plusieurs fois devant la statue sans se découvrir.
On entendit l'angélus tinter au clocher de Villeneuve et les deux bœufs s'arrêtèrent devant le bon saint figé dans sa niche. Le charretier jura comme il se doit, piqua les bêtes, piétina son bonnet, s'en prit finalement au saint qui resta de marbre. Rien n'y fit, l'attelage ruminant demeura en place.
- Ah! c'est ça ? dit-il, vous voulez que je salue le saint ? Attendez voir.
Et hors de lui en voyant le jour s'éteindre alors qu'il avait un voyage à faire, il brandit son aiguillon, en piqua la statue en criant : - Allons, mon Grégoire, marche donc ! Et, repiquant ses bœufs, il leur intima une dernière fois l'ordre d'avancer. Mais les deux rouges, à l'instant, s'écroulèrent morts à ses pieds.
Philippe Berte-Langereau - Illustrateur : Jean-Marc Stalner

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Sources

Dessin de Catherine Goxe

Extraits de :
Folklore du Nivernais et du Morvan - Jean Drouillet
Bulletin de la Société d'études d'Avallon. Tissier - Curé de Saint-Germain-des-Champs - 1908
LE MORVAN - Étude de Géographie humaine - Capitaine J. LEVAINVILLE - Docteur de l’université de Bordeaux. 1909
Recueil de Chants populaires du Nivernais - Troisième Série et Sixième Série - Paul Delarue et Achille Millien
Les Galvachers et Charretiers du Morvan (Phillipe Berte-Langereau) - Editions "Nourrices du Morvan"
La Galvache et les Galvachers (Marcel Vigreux)
La vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine - Henri Vincenot
Pour en savoir plus : Au temps des Galvachers (Alain Vieillard-Pasquelin) aux éditions de l'Armançon
L'ALMANACH DU MORVAN - Lai Pouèlée - 1979 - 1981
SUR LES GALVACHERS par LUCIEN HERARD (Bulletin des Enfants du Morvan N° 14 - Avril 1975)
Dix jours d'automne dans le Morvan en 1881 - Dr Emile Bailly - 1882
Le P'tiot Toène - Texte : Pierre Léger / Dessin : Jean Perrin - Vents du Morvan N° 50
Armurerie James - 55 rue aux Cordier - 71400 Autun
La vie retrouvée des voituriers tirachiens - Tirachiens et galvachers
Le journal de Saône et Loire - Editions d'Autun du 27/11/2007 et 19/11/2011 - Norbert Etienne (CLP)
Union des Maisons de Champagne - Le foudre Mercier
Cassette : La chanson populaire en Morvan (Chansons de métier - Chansons de la terre) - Marcel Corneloup et son ensemble vocal - Académie du Morvan - 1988
La fontaine aux bœufs - Philippe Berte-Langereau - Les faiseurs de nuées, ERC EditionS
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